Crée 4 activités très créatives pour l’été

Ou comment faire beaucoup avec très peu

création à partir d’une photo du Pixclub (12 Juillet 2016)

Convaincu que la créativité devient une compétence indispensable pour les kids, j’ai animé cet été des stages de créativité d’une journée pour les enfants de 7 à 13 ans, mélangés.

Chaque journée comptait 4 activités majeures conçues à partir de jeux élaborés par l’ICSC (International Center for Studies of Creativity), une référence mondiale dans l’apprentissage et l’étude de la créativité.

Les activités du Pixclub sont pensées de sorte à faire travailler chez les enfants les 4 compétences de la pensée créative, théorisée par Paul Torrance, psychologue de renom dans le domaine de la créativité.

Paul Torrance

Avant de te raconter comment recréer toi-même ces activités, voici en quelques mots les 4 compétences en question. L’occasion de rentrer dans l’intimité de la créativité.

Les 4 compétences de la pensée créative

#1. Le flow d’idées (ou l’aisance)

La capacité à générer beaucoup d’idées pour un même problème ou pour un challenge donné.

Ex : quand je demande à un enfant de me donner toutes les utilisations possibles aux trombones, c’est la compétence qu’il met en oeuvre pour y répondre.

#2. L’adaptabilité

La capacité à entrevoir un objet dans des situations différentes et originales.

Ex : c’est la compétence sollicitée par la personne qui a pensé à utiliser une ampoule usagée pour en faire un pot de terre.

#3. L’amélioration

La capacité à proposer des idées détaillées ou à améliorer des solutions existantes.

Ex : c’est la compétence sollicitée quand Paul Torrance demandait à ses jeunes élèves quelles étaient leurs idées pour améliorer un camion de pompier et pour le rendre plus amusant.

#4. L’originalité

La capacité à générer des idées insolites et à entrevoir de nouvelles pistes.

C’est la compétence la plus connue et qu’on l’on confond habituellement avec la créativité.

Revenons à nos 4 activités. Voici comment créer une version simplifiée des 4 activités du Pixclub chez toi. Ensuite, je parlerai de l’état d’esprit et de la méthode, qui comptent autant que les activités elles-mêmes.

Activité #1 La course d’obstacles créative

La course d’obstacles créative au Square du Temple, Paris

Apports en développement de la créativité

Caractéristiques

  • durée : 1h à 1h30
  • nombre d’enfants : 2 à 6
  • en extérieur : jardin, parc, nature
  • âge : 6 ans et +

Matériel

  • feuilles et papier, ou bien une ardoise Veleda (pour la phase préparatoire)
  • assiettes plastiques
  • ficelle en lin
  • gobelets en plastique
  • ballons de baudruche

Brief

L’animateur fixe la ligne d’arrivée pour chaque enfant, à l’aide d’un fil posé au sol ou de deux assiettes. Puis les enfants créent une course en 4 étapes comportant 1 départ personnalisé et 3 obstacles, à partir du matériel étalé par terre. Ensuite, ils testent et améliorent leur course d’obstacles. Puis, tout le monde teste les courses d’obstacles des autres enfants. Enfin, on fusionne les courses en piochant dans les idées les plus fun de chacun pour construire une course d’obstacles ultime.

Déroulé

Préparation : les enfants ont 5 ou 10 minutes pour réfléchir à leur 4 étapes. De toute manière, ils n’ont pas beaucoup de patience pour réfléchir plus longtemps. Je recommande de ne faire aucun commentaire. Certains enfants ont parfois des idées farfelues ou infaisables, il vaut mieux qu’ils s’en rendent compte en la testant eux-mêmes.

4 étapes préparées par un enfant, à l’aide d’une ardoise effaçacle

Conception : les enfants fabriquent leur course d’obstacles avec le matériel disponible. C’est l’occasion de faire fonctionner une compétence importante : la résolution de problème créative. À titre d’exemple, un jour, une jeune fille avait décidé de créer son départ avec des ballons posés tout simplement parterre mais comme il y avait du vent, les ballons s’envolaient. Tout problème est une opportunité créative. Je lui ai posé la question : “comment tu pourrais faire pour que les ballons ne s’envolent pas ?”. Elle a eu une première idée, infructueuse, qui consistait à insérer un petit caillou puis de gonfler le ballon. Ce n’était pas suffisant pour contrer le vent. Elle a fini par attacher un caillou plus gros au ballon gonflé, tout simplement.

à gauche : un départ crée par un enfant en question | au centre : la tentative infructueuse n°1 | à droite : la tentative réussie n°2

Test et amélioration : cette phase est cruciale. C’est en testant eux-mêmes leur propre course d’obstacles que les enfants peuvent vérifier leurs hypothèses de départ. Après la phase de test, pose-leur la question : “comment tu pourrais améliorer ta course pour qu’elle soit plus drôle ?” et ainsi réitérer sur la course d’obstacles.

Jeu : chaque enfant présente sa course d’obstacle aux autres. Puis tout le monde joue la course des autres.

Fusion : on fait un bilan où tout le monde à tour de rôle raconte le ou les obstacles qu’il a préférés. Enfin, on se met d’accord pour créer une course d’obstacles qui pioche parmi les idées les plus rigolotes de chacun.

Activité #2 Le Paintstorm (peinture brainstormée)

2 peintures sur le thème brainstormé de la “panthère jaune fluo mangeuse de prunes”

Apports en développement de la créativité

Caractéristiques

  • durée : 1h30
  • nombre d’enfants : 1 à 6
  • en intérieur
  • âge : 5 ans et +

Matériel

  • feuilles et papier, ou bien une ardoise Veleda (pour la phase préparatoire)
  • post-it
  • matériel pour peinture : pinceaux, feuilles, peinture

Brief

Les enfants vont brainstormer ensemble sur un thème qu’ils vont ensuite illustrer en dessin et peinture.

Déroulé

étape 1 : brainstorm. Les enfants brainstorment puis convergent pour trouver “un animal effrayant”, “une couleur originale” et “un fruit exotique”. Pour la phase de brainstorming, on note autant d’idées que possible sur des post-it, sans juger et sans faire de commentaires.

Par exemple :

  • Un animal effrayant : une panthère, un lion, un rhinocéros, un tigre
  • Une couleur originale : doré, argenté, bleu turquoise
  • Un fruit délicieux : fraises, banane, ananas, fruit de la passion, papaye

Ensuite, on passe à l’étape de convergence : on choisit une seule idée par thème. Et on termine en fusionnant les trois idées. On peut se retrouver avec un thème fun et absurde comme “le tigre doré mangeur de fraises”.

étape 2 : peinture. Tout le monde propose sa version du thème en peinture.

Activité #3 La chasse aux objets

La chasse aux objets au Square du Temple, Paris

Apports en développement de la créativité

Caractéristiques

  • durée : 1h30
  • nombre d’enfants : 1 à 12
  • en extérieur : parc, forêt, nature, grand jardin
  • âge : 8 ans et +

Matériel

  • la liste des 10 objets à trouver, imprimée (en voici un exemple). À noter que dans ma liste, il y a délibérément 11 objets à trouver et non 10, afin de faire réagir les enfants et développer leur esprit critique

Brief

Le brief est simple: les enfants doivent ramasser des objets qui correspondent à la liste fournie, sachant qu’un même objet peut correspondre à plusieurs critères. :

  • Quelque chose qui flotte
  • Quelque chose qui n’est ni vert, ni jaune, ni marron
  • Quelque chose de rigolo
  • Un bout d’écorce
  • Quelque chose de doux
  • Quelque chose en forme de “Y”
  • Quelque chose de bizarre
  • Quelque chose en forme de “triangle”
  • Quelque chose qui pique
  • Quelque chose de rugueux
  • Quelque chose qui coule

Tu peux télécharger la feuille à imprimer directement ici.

Déroulé

Les enfants ont 30 minutes pour trouver un maximum d’objets dans le parc ou dans la nature. À la fin, on fait un bilan de tous les objets trouvés.

Activité #4 La folle invention

La folle invention : un toboggan pour balle de la hauteur d’une bouteille d’eau

Apports en développement de la créativité

Caractéristiques

  • durée : 1h00
  • nombre d’enfants : 1 à 12
  • en intérieur
  • âge : 7 ans et +

Matériel

  • Brouillon ou ardoise Veleda
  • Vieux cartons, qui servira de bases à la création
  • Une petite balle comme une balle de tennis ou une balle de racquetball
  • Matériel de collage et découpage : ficelle, scotch, colle, patafixe, ciseaux, etc. Il n’est pas nécessaire d’avoir tout. Au final, s’adapter avec le matériel dont on dispose est une disposition créative
  • Matériel supplémentaire possible : gobelets en plastique, branches du jardin, vieux jouets, vieux crayons, etc.
  • Une bouteille d’eau (vide ou pleine)

Brief

Le challenge donné aux enfants est de créer un toboggan pour la balle en question avec trois contraintes :

  1. Ce toboggan doit être de la taille d‘une grande bouteille d’eau
  2. Il doit également pouvoir supporter le poids de la balle sans s’affaisser
  3. Il doit être construit avec le matériel mis à disposition sur la table

Déroulé

Les enfants ont 1h pour construire leur toboggan.

Préparation : les enfants ont 5 ou 10 minutes pour faire un croquis sur brouillon ou à l’aide d’une ardoise veleda. Comme pour la course d’obstacles, je recommande de ne faire aucun commentaire. Encore une fois, certains enfants ont parfois des idées a priori farfelues, il vaut mieux qu’ils s’en rendent compte en la testant eux-mêmes.

Conception : les enfants fabriquent leur toboggan. C’est à nouveau l’occasion de faire fonctionner leur compétence de résolution de problème créative. Une difficulté récurrente pour les enfants est de parvenir à faire en sorte que le toboggan ne s’affaisse pas sous le poids de la balle. Y parvenir fait intervenir leur capacité à résoudre des problèmes. Accompagne-les en leur posant des questions, ne les aide qu’en dernier recours.

Test et amélioration : cette phase est cruciale. C’est en testant eux-mêmes leur toboggan qu’ils identifieront les pistes d’amélioration.

L’approche compte autant que les activités

création sous fond de cercle Enso

Casse les mythes du “beau dessin” et de “l’enfant doué”

Je remarque 2 réactions typiques et opposées chez les enfants quand je leur présente une activité qui implique du dessin : soit c’est “mais moi je sais pas dessiner”, soit c’est “super, j’adore le dessin et ma maîtresse (maman ou papa) m’a dit que je savais bien dessiner”. Ces deux enfants sont dans un rapport “beau/pas beau” au dessin et dans un rapport “doué/pas doué”. Ces deux approches binaires sont néfastes pour le développement créatif. J’en parle largement dans cet article : Presqueurs et Polariseurs.

Le hack que j’ai trouvé pour désamorcer ça est de leur expliquer que le but des activités est qu’ils se fassent plaisir, que ça ne m’intéresse pas de savoir si un dessin est beau ou pas beau, et que je ne ferai aucun commentaire sur leurs oeuvres de la journée. Ensuite, je dis avec aplomb à ceux qui pensent qu’ils ne sont pas bons que c’est faux, que tout le monde est très créatif et qu’on est pas obligé d’avoir de la technique de dessin (à ne surtout pas confondre avec la créativité) pour faire des oeuvres créatives, originales et rigolotes.

Crée une atmosphère qui libère (vraiment) la créativité

Avant de démarrer la journée, je leur propose un challenge : essayer de ne pas se juger soi-même et ne pas faire de commentaires sur les oeuvres des autres : ni compliment, ni critique. Car il y a la croyance bien ancrée chez les enfants et les adultes que les compliments sont toujours constructifs.

Une atmosphère créative est détachée du jugement et de la reconnaissance. Si ton fils ou ta fille te demande ce que tu penses de son dessin, retourne-lui la question : “Toi, tu es content(e) ?” puis “qu’est-ce que tu en penses ?”. Je refuse systématiquement de dire aux enfants si je trouve leurs dessins beaux. Je leur dis que ça ne m’intéresse pas. Ils comprennent très vite, et il arrive qu’ils me disent à la fin de la journée combien c’était agréable de faire des activités dans ces conditions-là, même des enfants qui ont 7 ans. Et je ne m’attendais pas à ça.

Sois un guide, plutôt qu’un conseiller ou un juge

On a souvent la vanité de croire que les enfants ont constamment besoin de notre avis sur leurs réalisations et de nos conseils pour progresser. Du coup, on intervient en permanence et on les conseille sur leur manière de jouer à tel ou tel jeu, de tenir une cuillère, de marcher, de rédiger leur dissertation, etc. Sauf que la conséquence est qu’ils désapprennent à s’auto-évaluer et à s’auto-satisfaire de leur progrès. Pour moi, c’est une des malédictions de ma génération et aussi des futures générations que nous élevons.

Adopte une approche de l’activité en 3 étapes

Elles sont intuitives :

  • La réflexion, à l’aide d’un brouillon ou d’une ardoise Veleda
  • La réalisation. C’est la phase de création proprement dite
  • L’amélioration. Une fois que l’enfant pense avoir terminé sa création, demande-lui ce qu’il pense de son oeuvre, s’il l’a testée et comment il pense qu’il pourrait faire mieux

Ça aura pour conséquence de les introduire davantage dans une démarche itérative et de les éloigner du mythe de la création faite d’un seul jet. La créativité consiste à faire beaucoup d’erreurs jusqu’à ce que la énième ait un impact. Alors, seule une démarche itérative, caractéristique de la culture hacker, permettra à ton enfant de développer sa créativité.

Récapitulatif des hacks pour libérer la créativité

  • Fixe comme règle de la séance : “Zéro commentaire” (ni critique, ni compliment). Personne ne commente le travail des autres : ni les enfants entre eux, ni l’animateur vis-à-vis des enfants. C’est le plus dur à tenir mais je conseille d’être intransigeant sur ce point fondamental tellement libérateur
  • Introduis trois étapes : la réflexion, la réalisation et l’amélioration (voir ci-dessus)
  • Participe aux activités. Si possible, bien sûr. Quand j’ai peu d’enfants, je fais les activités avec eux : je peins, je crée une course d’obstacles, etc. Ça permet d’horizontaliser la relation - d’égal à égal, et ça leur fait beaucoup de bien
  • Pose-leur beaucoup de questions pour les aider à faire le bilan de leur travail et pour les aider à trouver des pistes d’amélioration. “Qu’est-ce que tu penses de ton travail ?”, “Comment tu pourrais faire mieux selon toi ?”, etc.

Et ne sous-estimons pas les enfants, mêmes les plus jeunes de mes ateliers qui ont 6 ou 7 ans comprennent très bien ces principes et assimilent plus vite ce concept que des adultes auprès desquels j’ai organisé des ateliers de créativité.

Pendant le Pixclub, je me souviens d’une fois où j’ai demandé en fin de journée à un garçon de 13 ans, qui avait bien compris le principe de la journée, s’il voulait garder son dessin. Il m’a répondu : “ouais, je veux bien, j’ai envie de le montrer à ma maman mais elle va encore me dire que mon dessin est beau…”. “Et qu’est-ce que tu comptes faire ?”, lui ai-je demandé. Je le vois réfléchir puis il me répond : “je vais faire comme tu fais avec moi, je vais lui demander ce qu’elle trouve de cool dans mon dessin et ce que je pourrais améliorer”.

Le Summer Pixclub est fini pour cet été. Une nouveau date est prévue le samedi 15 octobre pour 6 enfants : rendez-vous sur www.pixclub.co.

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