Hack tes Kids est mort. Vive les Kréatifs

Les enseignements de 3 ans d’expérimentation obscure dans le domaine de l’éducation et du développement de la créativité

RIP Hack tes Kids

En Mai 2015, je me suis lancé dans un blog obscur sur le thème de l’éducation qui a fini par s’appeler “Hack tes Kids”.

Obscur pour plusieurs raisons. Parce que je n’étais pas clair sur ma cible : les parents, les enfants, les professeurs ou encore les nounous et assistantes maternelles. Obscur parce que je m’attaquais à plusieurs problèmes éducatifs à la fois : le manque de confiance en soi des enfants, la désorientation scolaire, leur méconnaissance des stratégies d’apprentissage et la chute vertigineuse de leur créativité dès l’âge de 3 ans. Obscur parce que je n’avais pas d’objectifs personnels précis et conscients au-delà de ma vocation : gagner en impact ? En légitimité ? Générer un complément de revenu ? Un blog obscur parce que mes premiers articles étaient brouillons et immatures — je les ai laissés en ligne. Même quand je me suis vite rendu compte que le problème de la chute de créativité chez les enfants était celui qui me tenait le plus à cœur, mon blog est resté obscur parce que je me suis dispersé en lançant plein de projets connexes qui l’ont dilué : j’ai fondé un club de création pour enfants, des meetups sur la créativité à destination des parents et enfin des hackathons pour les familles. “Meetup”, “hackathon”… encore des noms ténébreux, tout comme “Hack tes Kids” et son logo qui ont autant fait peur qu’ils ont fasciné.

Je remercie tous ceux qui m’ont lu, suivi et encouragé dans cette période de forte obscurité. Ils ont été ma lanterne.

Ces choix obscurs et flous n’étaient rien comparés aux 3 grandes erreurs stratégiques que j’ai commises avec Hack tes Kids.

La mort d’Hack tes Kids

Mes 3 erreurs stratégiques

Erreur n°1 : j’ai brûlé des étapes
Je l’ai réalisé après avoir lancé le Pixclub, ce club de créativité pour enfants.

Première étape. Je me retrouvais à expliquer aux adultes, notamment les parents, ce qu’était la créativité.

Deuxième étape. Je devais ensuite les convaincre de la nécessité d’y préparer leurs enfants.

Troisième étape. Quand des parents consentaient à me confier leurs enfants, je leur apprenais enfin à développer leur créativité. Je te laisse imaginer l’énergie colossale que je devais investir pour obtenir un inscrit…

Au fond, j’étais en train de monter un club destiné aux enfants pour qu’ils y développent une compétence que les parents jugent non prioritaire, voire qu’ils délaissent ou ignorent.

Erreur n°2 : je me suis dispersé dans trop de projets 
Pour l’anniversaire de ma femme, nous sommes allés à Saint-Vaast-la-Hougue, un port de la Manche. Nous sommes entrés dans un magasin où il y avait des objets artisanaux et des souvenirs. Soudain, je suis tombé sur une carte postale qui m’a bouleversé. Elle affichait fièrement une citation de Mencius, un philosophe chinois : “Ceux qui ne se lanceront pas dans tout accompliront quelque chose”. A la fin du week-end, sur le chemin du retour, je n’ai cessé d’y réfléchir. J’avais vu écrit sur ce bout de papier, comme dans un miroir, ce qui bouillonnait en moi depuis un moment : l’envie d’avoir plus d’impact alors que je me dispersais dans plein de projets dont un blog, des conférences mensuelles, un club pour enfants, un hackathon et du coaching.

Avant de voir cette carte postale, j’avais déjà mis fin à beaucoup d’activités, sauf les conférences mensuelles que j’appelais “meetup” et dans lesquelles j’investissais tellement de passion et d’énergie. Mais la petite voix qui murmurait au fond de moi, celle dont parle souvent Steven Spielberg et qu’il invite à écouter, me disait d’arrêter. Cette carte postale m’a aidé à franchir le pas.

Ce processus d’élimination progressif m’a pris 9 mois. Il a été douloureux et en même temps libérateur. Tellement libérateur.

“Ceux qui ne se lanceront pas dans tout accompliront quelque chose”. Mencius, philosophe chinois du IVème siècle av. J.-C.

Erreur n°3 : j’ai confondu startup et révolution
Après avoir été renvoyé d’une startup, il y a 4 ans, j’ai annoncé à ma future femme que j’allais créer la mienne — nous nous marions 6 mois plus tard. J’ai de la chance parce qu’elle m’a même encouragé. Elle, qui, avec son copain au CV de premier de la classe, s’imaginait un truc qui ressemblerait à une startup de l’ère numérique comme un mini-Google, un mini-Amazon ou un mini-Uber. Aïe. En 2 ans de chômage, j’ai monté 2 startups autour de l’éducation et de la créativité qui ont au total généré un chiffre d’affaire égal à zéro. Être renvoyé était un choc. Être au chômage en était un deuxième choc social. Générer un chiffre d’affaires nul était pour moi un échec cuisant et amer.

Au bout de 2 ans, ma femme a compris quelque chose avant moi quand elle a vu mes projets tourner autour du pot de la créativité et de l’émancipation. Elle me répétait souvent : “arrête de me dire que tu veux créer une startup. Tu ne veux pas créer une startup, tu veux créer une révolution”. Et je niais en bloc parce que j’étais, ou je m’étais, convaincu du contraire. Je me suis rendu compte récemment qu’elle avait raison sur ce point— mais il ne faut pas le lui répéter.

Tout d’abord, créer une startup dans le but de créer une startup est une très mauvaise raison de se lancer. J’ai appris qu’on ne crée pas non plus une startup pour devenir riche, ni pour monter un projet avec ses amis, ce qui a été ma toute première erreur, ni pour être libre ou indépendant — les fondateurs de startup que je connais ont tous les jours des comptes à rendre à leurs clients, à leurs employés et à leurs investisseurs. Ils ont beaucoup de contraintes et travaillent énormément. Ils sont loin de l’image de liberté qu’on fantasme à leur propos. La seule raison valable et pérenne pour créer une startup digitale est l’intention viscérale de résoudre efficacement un problème en faisant levier de l’internet web et mobile. Ce problème doit être partagé consciemment au moins par une petite minorité de gens. Certes, je m’attaque à un problème qui est la chute de créativité chez les enfants et qui est prouvée scientifiquement. Et cette baisse est d’autant plus préoccupante qu’il s’agit d’une compétence cruciale de ce 21ème siècle. Mais ce problème est loin d’être connu, et donc peu partagé. La créativité est une compétence encore floue pour beaucoup de monde. Il y a d’ailleurs tout un tas d’idées reçues à son sujet…

Ma mission d’évangélisation de la créativité en fait partiellement une révolution. Ce qui en fait une révolution est que j’ai la conviction que cette compétence cruciale est une arme d’émancipation redoutable et que la créativité permettra au plus grand nombre d’être plus épanouis et de changer eux-même ce qu’ils souhaitent voir changer dans le monde, sans attendre les politiques, les grandes entreprises ou les grandes ONG. Mon ambition est de créer un mouvement identique à un Fight Club de la créativité. Pas une startup. Une révolution.

Le nom “Hack tes Kids” ne correspondait plus à mes valeurs

“Hack tes Kids” est de loin le nom de projet le plus abouti que j’ai jamais pondu, et pourtant il m’est venu en 1 seconde, comme un cri du cœur. Il m’est apparu après avoir revu le film “Karaté Kid”- il n’y a de commun que la sonorité et l’éloge de l’entraînement. Tous mes autres noms de projet qui ont été des flops intergalactiques comme “my100B” ou “Milkera” ont pourtant été mûrement réfléchis, malheureusement issus de mon cerveau à l’époque compliqué et tordu.

Je me souviendrais toujours d’une soirée où, à chaque rencontre qui m’amenait à parler du projet “my100B”, lequel était destiné à apprendre aux nounous et assistantes maternelles comment développer la créativité des enfants, la réaction des gens était : “hein, quoi ? maille-ondreude-bi ?… Ah… comme 100 Billion Dollars !”. J’en rigole encore, parce que le nom “my100B” faisait allusion aux 100 milliards de neurones dans notre cerveau, autant de neurones que d’étoiles dans la Voie Lactée. J’étais blasé ce soir-là… mais finalement, c’était une bonne leçon et avec du recul, le nom était trop compliqué et ce qu’il évoquait en première impression, les liasses de dollars, était à des années lumières de ce que je souhaitais.

Du coup, j’étais énervé, et en réaction, j’ai pondu ce “Hack tes Kids” en un instant. Un appel aux parents : “il faut faire quelque chose”. Il avait mille avantages. Tout d’abord, il marquait les esprits et les gens s’en souvenaient. Il était clivant et avait tendance à sélectionner mes lecteurs et mon public pour ne conserver que des parents curieux et intrigués. Il correspondait aussi à ma fascination pour la culture hacker : pas les pirates informatiques, mais ces étudiants pionniers du MIT dans les années 1960 qui sont à l’origine du premier jeu vidéo, du premier éditeur de texte, du premier logiciel de débogage interactif et du premier jeu d’échec sur ordinateur, une culture qui a ensuite largement inspiré les startupers de la Silicon Valley.

Néanmoins, le nom “Hack tes Kids” est devenu paradoxal. Il s’agit d’un appel à éduquer ses enfants, à intervenir. Un appel qui se traduit en : “Agis sur tes Kids”. Or, à travers mes conférences, mes articles et mes animations d’évènements, j’invitais les parents à faire le contraire : les laisser se tromper, leur offrir le plus de liberté possible pour qu’ils apprennent par eux-mêmes, leur faire confiance, préserver leur temps de jeu libre ou encore réduire le nombre de règles à la maison car les enfants les plus créatifs sont ceux qui sont encadrés par le moins de règles explicites fixés par les parents — et ça ne fait pas d’eux des enfants terribles, au contraire.

Les constats mitigés s’empilaient autour de Hack tes Kids : tous ces choix obscurs, toutes ces erreurs stratégiques et ce nom qui ne correspondait plus ni à mes valeurs, ni à ma mission… Il était temps de tout déconstruire pour tout reconstruire.

Ainsi sont nés les Kréatifs.

La naissance des Kréatifs

Mes découvertes dans l’obscurité : mon why et mon verbe

Dans l’obscurité que j’évoquais au début de cet article, j’ai découvert ma mission. Dans le milieu entrepreneurial, on parle de why, en référence à une vidéo TED très inspirante. Le why est la cause plus grande que nous qui nous anime et qui guide nos projets. Le why qui fait battre mon cœur est d’aider les gens à devenir plus créatifs, à rejoindre la révolution créative.

Dans l’obscurité, je suis aussi tombé amoureux de l’écriture et de la transmission. C’est à la fois une redécouverte, parce que j’ai oublié les poèmes et les nouvelles que j’écrivais adolescent ainsi que les lettres d’amour que j’écrivais à mes prétendantes. C’est aussi une construction personnelle, parce que je ne suis pas tombé amoureux du jour au lendemain de l’écriture. Il m’a fallu 1 an de méandres pour que cette passion se révèle au fur et à mesure que j’écrivais. Ecrire est mon verbe, pour reprendre l’expression de Sarah Bourato, elle-même écrivain. Le verbe est l’action que nous aimons profondément faire et dans lequel nous nous accomplissons. Et, à un même métier peut correspondre différents verbes. En effet, le verbe d’un professeur peut être de transmettre, enseigner ou expliquer. Le verbe d’une médecin peut-être de soigner, ou alors d’investiguer à la manière de Dr. House. Tout dépend de la personne qui exerce le métier.

Le verbe est au service du why : dans mon cas, j’aime écrire et j’écris pour aider les gens à devenir plus créatifs.

Plus largement, je me suis découvert d’autres verbes sécondaires comme inspirer et animer des événements. J’aime inspirer, faire réfléchir et bousculer. Quand je préparais mes conférences, je me fixais comme objectif de faire en sorte que les personnes qui en ressortent cogitent pendant plusieurs jours, voir même qu’elles n’en dorment pas la nuit. J’ai eu la chance de recevoir des témoignages qui ont confirmé que j’y suis parvenu quelques fois.

En conclusion, j’ai décidé de me recentrer sur l’écriture au service du développement de la créativité. Je mets désormais ma plume et mon esprit entrepreneurial au service d’une communauté que j’ai appelée Les Kréatifs. Mon rôle sera de l’animer, de l’inspirer et de l’alimenter avec du contenu riche et inspirant à travers une newsletter et des livres.

La communauté des Kréatifs

Les Kréatifs est une communauté d’adultes qui désirent développer leur créativité et rejoindre cette révolution créative.

Je compte alimenter cette tribu avec une newsletter régulière et un livre sur lequel je suis en train de travailler.

La newsletter

Elle porte mon why, rendre les gens plus créatifs, et mon verbe, écrire et inspirer. Les valeurs que je souhaite porter dans ce projet sont le courage (cœur + rage), l’esprit hacker et l’imperfection.

Je dis souvent que la créativité est un oiseau en cage, et qu’il faut le libérer de sa cage avant de lui apprendre à voler. Le logo en forme de “K” des créatifs est un oiseau pixelisé, le symbole de ta créativité qui ne demande qu’à prendre son envol.

Et toi

Dis-moi, à chaud, quel rôle souhaites-tu occuper au sein des Kréatifs ? Tu peux me répondre en commentaire ou par mail.


A propos de l’auteur, Nouhad Hamam
Je suis un hacker de créativité. La mission qui m’anime est de rendre les gens plus créatifs, et c’est l’objet de la newsletter bimensuelle des Kréatifs.
Si tu souhaites t’y inscrire, rendez-vous sur
leskreatifs.com.
Davantage d’informations sur l’auteur ici :
nouhadhamam.com.