Les vacances commencent dans la voiture

“Quand est-ce qu’on arrive ?”

Pour le week-end du 14 Juillet, je suis parti dans le Sud-Ouest, en voiture. L’appel du soleil, de la famille et de l’océan était trop fort pour résister à la folie de prendre la route le pire jour de l’année. Comme pour des millions d’entre vous, les bouchons étaient interminables. Et si tu as des enfants, il y a des chances que tu aies entendu cette phrase une bonne dizaine de fois : “quand est-ce qu’on arrive ?”.

Pourquoi les enfants posent-ils cette question ? Parce qu’ils s’ennuient, parce que le trajet est interminable et parce qu’il fait chaud, me diras-tu. Oui, sans aucun doute, mais pas uniquement selon moi. Je trouve cette question fascinante parce qu’elle est représentative d’une certaine conception du bonheur inculquée aux enfants, qui reste bancale à mon sens. Je suis aussi convaincu qu’elle ouvre une brèche pour hacker l’apprentissage du bonheur et de la créativité chez les enfants. C’est l’objet de cet article.

D’ailleurs, week-end prolongé ou longues vacances : quand commencent ces satanées vacances qu’on attendait depuis des mois ? Quand est-on “enfin en vacances” ? Une fois arrivé à destination ? Est-on “en vacances” dès qu’on s’est changé après 8 heures de route ? Est-on en vacances dès qu’on est enfin au bord de l’eau ? Pour beaucoup, on est enfin en vacances une fois parvenu à destination, quelle que soit la définition que chacun s’en fait.

Cette conception des vacances, qu’on inculque indirectement aux enfants, est celle du sédentaire.

Les vacances du sédentaire

Et une certaine conception du bonheur

création à partir du film “Edward Scissorhands” (1990)

J’étais récemment en vacances avec mon frère cadet. Un jour, pendant que nous visitions une ville, nous marchions l’un à côté de l’autre en direction de la place centrale. Il marchait à toute vitesse et j’avais beaucoup de mal à suivre son rythme. Au bout d’un moment, je lui ai demandé gentiment de ralentir. Ce qu’il a fait sans broncher. Puis 2 minutes plus tard, nous étions repartis de plus belle sans qu’il s’en rende compte. Et là, je lui ai demandé : “pourquoi tu marches aussi vite ?”. Il m’a alors répondu en rigolant : “parce que la marche, c’est de la perte de temps pour moi. Tu comprends, j’ai envie de maximiser le temps sur place…”.

Nous sommes nombreux à partager cet état d’esprit. Nous sommes pressés : pressés parce que nous considérons que le chemin qui mène à notre objectif n’est que de la perte de temps. Nous sommes pressés parce que nous sommes des êtres sédentaires ; nous pensons que le bonheur suprême est d’habiter cette sublime maison au milieu d’un eden au bord d’une plage d’eau turquoise ou dans un jardin paradisiaque, pour y être enfin paisible et heureux. De ce fait, nous sommes en permanence en quête de la destination idéale, ce que vous projetons dans nos vacances. Pourvu qu’on y parvienne le plus tôt possible.

Ainsi, nous plantons dans la tête des enfants une conception du bonheur bien particulière : la croyance selon laquelle le bonheur réside dans l’atteinte d’un objectif ou d’une destination idyllique. Le corollaire étant que le chemin parcouru pour atteindre cet objectif n’est qu’une perte de temps.

Hauts comme trois pommes, les enfants apprennent l’importance de se fixer des objectifs à atteindre— souvent imposés par les parents ou indirectement par la société — comme des jalons qui ponctuent et rythment la vie : réussir à se tenir sur le ventre à 3 mois, réussir à dire “maman”, réussir à marcher, réussir à compter jusqu’à 10, réussir à lire et à écrire, réussir le prochain devoir de maths, réussir un morceau de piano, réussir le brevet, le bac, le master, acheter une maison le plus vite possible avec un bon taux, se marier et réussir son mariage, avoir des enfants et les réussir... La boucle est bouclée.

En résumé, voici deux grandes croyances que nous entretenons de génération en génération :

  • L’objectif primerait sur le chemin et le travail qui y mène
  • La destination primerait sur le voyage ou le trajet qui y conduit. Ainsi, le bonheur ne serait totalement atteint qu’une fois la destination atteinte

Revenons à notre exemple du week-end du 14 Juillet. Nous sommes nombreux, enfants y compris, à le percevoir de la manière suivante :

Le week-end du 14 Juillet, vu par le sédentaire

De ce point de vue, la voiture n’est qu’une perte de temps. À peine entrés dans l’engin à quatre roues, nous avons hâte d’en ressortir. Encore plus un week-end où l’on sait que le trajet va être très long.

C’est ce qui se cache aussi dans la question “quand est-ce qu’on arrive ?”, en plus de la fatigue, de l’ennui et de la lassitude évidente. C’est la manifestation d’une certaine conception du bonheur qui empêche à chacun d’atteindre un niveau de bonheur plus élevé. Et c’est celle-là même que nous inculquons consciemment et inconsciemment aux kids.

De plus, une vision extrémiste du bonheur sédentaire peut pousser l’enfant à rentrer dans une dynamique d’insatisfaction permanente.

Le sédentaire extrémiste

En effet, certaines personnes, plus extrêmes dans cette vision du bonheur, ont du mal à se sentir en vacances pendant leurs congés. Ils ont des difficultés à se sentir arrivés à destination, car les vacances sont aussi composées de petits déplacements et de petits désagréments comme une première mauvaise nuit - le temps de s’habituer au nouveau logement, comme un petit trajet en voiture pour rejoindre la plage ou le monument à visiter, comme de la marche ici et là, des courses à faire pour les repas du week-end, etc.

un week-end du 14 juillet, perçu par un sédentaire extrémiste

Le fantasme du sédentaire : la téléportation

création à partir du film “Stargate” (1994)

Le super-pouvoir que tout le monde aimerait posséder est la téléportation. Elle nous fait fantasmer. Quoi de plus excitant que de pouvoir aller d’un point A à un point B en 1 seconde. Finis les trajets en voiture, en avion et en train. Finis les billets d’avion qui coûtent un bras. Finies les odeurs nauséabondes dans le métro. Finies les bouffées d’air chaud dans le bus en plein été. Finis les trajets en tram debout à prier pour qu’une place se libère. Finis les bouchons et les queues interminables au péage.

Il y a certes beaucoup d’aspects dont on aimerait se débarrasser dans les trajets, mais je suis convaincu que la téléportation nous rendrait plus malheureux qu’heureux. Même si nous sommes des êtres sédentaires, nous avons besoin de voyager, de devoir patienter et de rencontrer des difficultés pour atteindre notre destination. Il faut certes améliorer drastiquement les conditions de transport, notamment les trajets quotidiens dans les agglomérations congestionnées ou mal desservies. En revanche, je suis convaincu que le trajet des voyages occasionnels, et particulièrement celui des vacances, est aussi important que la destination et que l’un ne peut être pleinement apprécié sans l’autre. L’Australie ferait-elle tant rêver les européens si elle était à la portée d’une téléportation instantanée ?

De plus, les nouveaux services numériques ont tendance à cultiver le fantasme du zéro-friction. Elles nous font gagner un temps extraordinaire et nous font miroiter un monde où nous n’aurions plus jamais à patienter et où tout serait facilité. Génial. J’en suis le premier ravi. Mais on oublie dans tout ça qu’on a aussi besoin de “frictions” : je pense que nous continueront d’aller au cinéma, pas pour la taille de l’écran, mais encore et toujours pour continuer de vivre des moments de friction humaine. Je pense que certaines personnes auront toujours envie de conduire une voiture pour faire un road trip. Et si un jour nous rallions la France à l’Australie en 30 minutes d’avion, l’Australie aura perdu de son capital de rêverie.

Nous avons besoin de cultiver notre âme nomade que nous avons oubliée et refoulée. Et les kids ont besoin d’être sensibilisés à cette notion. Les trajets de vacances sont une bonne occasion pour le faire. J’y reviendrai un peu plus tard, après avoir détaillé la conception nomade du bonheur.

Les vacances du nomade

Et une certaine conception du bonheur

création à partir du film “Seven Years in Tibet” (1997)

En 753 avant notre ère, Romulus trace un sillon pour délimiter les frontières de ce que sera Rome, et dit : « Là seront les murs de la ville ». Rémus, son frère jumeau, par défi ou par dérision, saute par-dessus le sillon. Romulus le tue. C’est le triomphe du sédentaire sur le nomade, qui annonce 3 milliers d’années d’hégémonie de la sédentarité, de 753 avant JC jusqu’à aujourd’hui.

Romulus tuant Rémus, lors de la fondation de Rome

Mais trois milliers d’années sédentaires, ce n’est qu’une goutte d’eau comparée aux 2 millions d’ère nomade qui les ont précédées. Nous l’avons trop oublié.

2 millions d’années d’ère sédentaire et nomade, depuis l’Homo Erectus
Vacances
Étymol. : latin vacans et vacare « être libre, inoccupé ou oisif»

Le nomade se réalise dans le voyage et dans le mouvement, à tel point que la notion de “destination” n’a plus de sens pour lui. Elle ne représente qu’une étape dans le voyage et non un but en soi. Cet état d’esprit change radicalement les choses et particulièrement le rapport aux vacances.

Dans ce paradigme, la notion de vacances perd de son sens. Le nomade est toujours ou jamais en vacances. Tout dépend du point de vue.

C’est dans le voyage proprement dit qu’il trouve le bonheur.

Le paradoxe du nomade refoulé

Mon père habite au Liban. Je suis allé lui rendre visite en Avril dernier avec ma femme, mes frères et ma soeur. Nous avions prévu quelques sorties ensemble comme un pique-nique dans une vallée magnifique du sud. Le matin de cette fameuse excursion, il nous pressait pour qu’on se prépare vite. Une fois dans la voiture, il était dans un double état : à la fois impatient qu’on arrive et heureux de profiter de la balade et du paysage. Une fois arrivé au lieu idyllique, il est sorti de la voiture et a pris une respiration profonde, celle d’une personne en communion avec la nature qui l’entoure. Il a alors déballé le pique-nique avec un sourire serein. Mais rapidement, j’ai senti qu’il commençait à s’ennuyer un peu. Il avait déjà hâte de repartir.

Voici comment mon père a perçu sa journée d’excursion :

une journée d’excursion, perçue par mon père

Mon père n’est jamais véritablement en vacances et n’est jamais véritablement “arrivé quelque part”. À peine est-il arrivé qu’il a déjà envie de repartir. C’est ce que j’appelle le paradoxe du nomade refoulé. Mon père est une des rares personnes aujourd’hui à être plus nomade que sédentaire. Il ne tient pas en place et aime être en mouvement. Néanmoins, il pense que ses vacances sont celles du sédentaire : être arrivé sur les lieux, être arrivé “à destination”.

En dehors de ce cas particulier, je pense que nous autres sédentaires invétérés avons besoin de nous reconnecter avec notre nomade intérieur.

La réconciliation du sédentaire et du nomade

création à partir du film “Little Miss Sunshine” (2006)

Le chemin compte autant que la destination

Nous sommes sédentaires. Mais nous avons besoin de nous reconnecter avec notre nomade intérieur. Il ne s’agit pas de tout plaquer et de partir faire le tour du monde en vélo pendant 2 ans avec ses 3 enfants, mais de réapprendre à se reconnecter avec le plaisir et la valeur du chemin, du trajet, du voyage et même des obstacles qui les composent. Je n’ai rien inventé. Confucius, dès 500 av. JC, avait compris l’importance de cette reconnexion.

« Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir ». Confucius
Confucius, hacker du bonheur nomade

Les théoriciens du bonheur du XXème et XIXème siècle comme Tal Ben-Shahar, professeur en psychologie positive à Harvard (pour ne pas dire : “professeur en bonheur”), et Martin Seligman, grand théoricien du bonheur et l’optimisme, ont parfaitement bien expliqué ce point fondamental dans notre quête du bonheur. Tal Ben-Shahar nous invite à “vivre le chemin en pleine conscience” pour être plus épanouis, au-delà des courts moments de satisfaction où nous avons atteint nos objectifs - qui sont vite remplacés par le prochain objectif à atteindre.

Le chemin et ses obstacles sont importants pour deux grandes raisons :

  • Ils rendent la destination et l’atteinte de l’objectif plus savoureuses. L’Everest ne serait pas l’Everest si on pouvait y accéder en bus. L’Australie et la Nouvelle Zélande seraient moins attirantes à nos yeux si elles étaient à 30 minutes d’avion pour un prix abordable. La médaille d’or aux jeux olympiques ne seraient pas aussi fascinante si elle ne demandait par un travail colossal et beaucoup de sacrifices
  • Et surtout, ils nourrissent notre âme nomade, qui apprécie le déplacement, et notre âme guerrière, qui aime rencontrer des difficultés et de l’adversité. Si nous avons autant de crises à l’heure actuelle, où la paix et les conditions de vie sont au plus haut niveau, c’est parce que nous aimons les crises. Nous ne serons jamais complètement paisibles parce que nous aimons la difficulté, la crise et l’obstacle. Laissons au paradis le mythe de la pleine sérénité et la paix intérieure éternelle. Nous avons besoin d’adversité. Assumons-le. Depuis 10 ans, mon père me parle de sa future paisible retraite qu’il attend avec impatience mais je sais qu’il va tourner en rond au bout de la 4ème semaine. À 60 ans, il vient de monter un nouveau cabinet de dentisterie au Liban et a abattu une quantité de travail phénoménale en quelques mois. Il me semble qu’il est le plus heureux dans ces moments-là

Le sédentaire (un peu) nomade

Le sédentaire (un peu) nomade profite davantage des trajets en voiture et en avion, il a conscience de l’importance de l’adversité dans sa quête d’objectifs, il savoure un peu plus la marche et prend aussi le temps de flâner.

La matrice du sédentaire (un peu) nomade

C’est ce que nous devons viser. Et c’est que nous devons transmettre à nos enfants.

Oui, les vacances commencent dans la voiture

Les enfants s’impatientent dans la voiture aussi parce que nous nous impatientons. Ils le font par mimétisme. Je n’invite pas à faire comme si la voiture n’était que joie et partage en faisant négation de la fatigue physique et morale, de la chaleur et de la lassitude. Ce serait d’ailleurs jeter de l’huile sur le feu. J’invite plutôt à profiter des aspects positifs de la voiture et de cette occasion pour se reconnecter en famille avec le nomade oublié qui sommeille en nous.

Ainsi, nous maximisons nos chances de nous sentir “en vacances” dès les premiers instants en voiture :

le week-end du 14 Juillet, perçu par le sédentaire (un peu) nomade

Une version (trop) idéaliste

En revanche, ce serait à mon avis dangereux de chercher à atteindre un niveau de plaisir et de bonheur maximal tout le long du week-end :

Si tu penses être dans cette dernière configuration, il y a des chances pour que tu sois en train de faire une négation de tes sentiments douloureux (ennui, lassitude, énervement) et ceux de tes enfants. Ce qui serait très frustrant pour toi puisque ça aurait l’effet inverse à celui que tu espères. Autrement dit, en tentant d’étouffer ou de faire diversion face aux colères et aux plaintes, tu les amplifies.

Les opportunités d’un long trajet en voiture

Voici, selon moi, tous les avantages d’un long trajet en voiture en famille :

  • Être enfermés tous ensemble dans 5m2 pendant plusieurs heures. Haha. Dit comme ça, ça peut paraître effrayant et enthousiasmant à la fois. Néanmoins, cette occasion est rare. Certes, parfois on s’engueule dans une voiture, on s’y énerve et on s’y ennuie, mais personnellement, j’ai rarement autant discuté et autant créé de liens forts avec ma famille, ma femme ou mes amis que dans un long périple en voiture
  • Se reconnecter avec son âme nomade
  • Faire ses jeux créatifs et stimuler notre créativité (c.f. les hacks ci-dessous)
  • Développer son intelligence émotionnelle en tant que parent, et celle des kids aussi (c.f. les hacks ci-dessous)

Si, toi-même en tant que parent, tu apprends à apprécier la part appréciable d’un long trajet en voiture, tes enfants feront de même par mimétisme. Et je suis convaincu qu’il s’agit là d’un précieux trésor.

5 hacks pour que les vacances en famille commencent dans la voiture

Hack : astuce simple à fort impact

Voici mes suggestions. Je t’invite chaleureusement à partager tes propres hacks en commentaire et à me faire des retours sur les miens, histoire qu’on grandisse ensemble et qu’on apprenne les uns des autres :

  1. Accuse réception des émotions et des sensations douloureuses liées au long trajet : l’ennui, l’énervement et la lassitude. Comme je l’expliquais précédemment, le danger serait de basculer dans l’extrême inverse et de se dire : “ok, j’ai compris la combine. On va faire plein de jeux et ne regarder que les côtés positifs du trajet en voiture.” Puis de répondre à son enfant qui répète pour la 10ème fois qu’il s’ennuuuiiieeee, qu’il ne faut pas s’ennuyer parce qu’on va faire plein de jeux marrants. Une meilleure première approche serait d’écouter les plaintes, de lui poser des questions et de reformuler son ressenti
  2. Transforme l’ennui en une opportunité pour créer des jeux, après l’étape d’écoute précédente. Ainsi, après avoir bien réceptionné l’émotion sans avoir donné de conseils ni de solutions directes, retourne cette émotion en question créative : “Comment peut-on faire en sorte de moins s’ennuyer ? Tu as des idées ?”. Et là, comme il y a une émotion forte sous-jacente, la motivation sera grande pour trouver une solution. Ensuite, la clé est de brainstormer sur plein d’idées de solutions, sans les juger, ni les commenter, même si elles te paraissent loufoques ou bancales. Sinon, tu inhiberas sa créativité illico presto. Ça n’est qu’après avoir donné plein d’idées qu’on en sélectionne et qu’on peut les commenter
  3. Ou bien, joue tout simplement à des jeux existants. Internet foisonnent de jeux cool à faire en voiture. J’aime bien le jeu du personnage mystérieux, ou le jeu qui consiste à inventer des métiers avec les deux premières lettres des plaques d’immatriculation, ou encore d’imaginer le métier ou le prénom des gens qu’on croise ou qui nous double en voiture. Tu peux aussi demander à tes enfants de chercher des idées de jeux sur internet ; ça aura pour double bénéfice de leur donner le réflexe GETA (“Google est ton ami”) - qui paraît évident mais que peu de personnes ont réellement - et de les engager davantage dans le jeu puisqu’ils l’auront choisi
  4. Respecte les moments d’introversion et d’extraversion. Étant très extraverti (i.e. mon énergie se nourrit des moments passés avec d’autres personnes), j’ai longtemps été très fatiguant pour mon entourage. Ne voulant passer que du temps avec mes proches, et m’ennuyant vite seul, je finissais par étouffer mes amis, mes frères et soeur, ou mes copines. Je n’avais pas conscience qu’il existait des personnes qui avaient besoin de temps pour eux. Du temps solitaire. Certains de tes enfants seront peut-être extravertis, à ce moment-là, ils apprécieront les moments d’interaction et de dialogue. D’autres seront plus introvertis (i.e. les moments d’interaction sociale les fatiguent et leur énergie se nourrit de moments solitaires) et auront aussi besoin de moments seuls dans la voiture à jouer aux jeux vidéos, à regarder un film ou à lire

Voici un dialogue pour illustrer les hacks n°1, 2 et 3 :
- “Maman, quand est-ce qu’on arrive ?”
- “Dans longtemps, il reste encore 3 heures de route. Pourquoi tu me poses la question ?” [réponse réaliste puis investigation du sentiment]
- “Parce que je m’ennuie, je m’ennuie, et je m’ennuie !” [expression de l’émotion]
- “Ah, je comprends. Je m’ennuie aussi tu sais. Ça fait longtemps que tu t’ennuies ?” [Accusé réception, compréhension puis écoute à nouveau]
- “Oui, ça fait longtemps. C’est ennuyeux la voiture.”
- “Avant de t’ennuyer, qu’est-ce que tu faisais ?” [écoute encore]
- “Je jouais aux jeux vidéos mais j’en ai marre maintenant.”

[dès que tu sens que l’émotion est comprise par l’enfant, tu peux passer à l’étape optionnelle suivante]

- “Comment peut-on faire pour moins s’ennuyer tu penses ? As-tu des idées de jeux ?” (transformation de l’émotion douloureuse, en l’occurence l’ennui, en opportunité créative)
[…]

Créativité et trajet en voiture

Les hacks n°1 et n°2 illustrent bien comment transformer un problème ou une émotion douloureuse en une opportunité créative et motivante, en trois étapes :

  • Étape 1 : la transformation. Il suffit de transformer ce constat ou cette émotion en une question ouverte appelant des idées. C’est la technique du CPO : “Comment Peut-On”. Exemple : “Comment peut-on faire pour moins s’ennuyer dans la voiture ?”
  • Étape 2 : le brainstorm. On exprime toutes les idées possibles répondant à la question formulée, surtout les plus folles et les plus originales. Personne ne doit faire le moindre commentaire et encore moins juger ces idées, ni les siennes. L’idéal étant de pouvoir noter ces idées sur un bout de papier ou sur son smartphone
  • Etape 3 : la sélection. On refait une passe sur les idées en les combinant et en les améliorant. Puis, on en sélectionne 1,2 ou 3 qu’on teste ensuite. Il vaut mieux essayer un jeu, même si on a l’intuition qu’il est foireux, puis se rendre compte qu’il n’est pas si bon, que d’essayer d’argumenter pour ne pas y jouer. Et s’il n’est pas suffisamment intéressant, on n’est pas obligé de s’arrêter-là mais on peut aussi se demander comment l’améliorer. Et réessayer d’y jouer à nouveau

Si tu respectes ces 3 étapes, tu vas grandement stimuler la créativité de tes enfants. Et ça c’est aussi un précieux cadeau, parce que je suis convaincu qu’il s’agit d’une des compétences les plus importantes du 21ème siècle. C’est la raison pour laquelle que j’ai créé le Summer Pixclub, des stages de créativité pour enfants à Paris.

Et toi, quels sont tes hacks en voiture ? Comment rends-tu le trajet plus agréable pour toi et tes enfants ? Comment fais-tu en sorte que les vacances commencent dans la voiture ?

Je dédicace cet article à mon père nomade que j’embrasse. Je rend aussi hommage à mon ami Liêm avec qui nous avions écrit un post il y a deux ans qui portait le même titre, pour introduire une liste de jeux à faire en voiture.