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L’intelligence collective en pratique, passage de l’ego à l’écosystème

The NextGen Enterprise Net — Luc Bretones

Ce ne sont pas ceux qui en parlent le plus qui l’utilisent le plus et pour cause.. La pratique de l’intelligence collective est exigeante, perturbante pour des cultures millénaires ancrées dans la prévalence des sachants, des puissants, des célèbres ou des plus visibles sur les autres.

Comment intéresser et rassembler de nombreuses personnes en un temps très court autour d’un sujet sans “tête d’affiche”, sans “rôle modèle”, sans “gourou” ?

Internet a disrupté les business models en donnant aux masses un outil de mise en relation mondiale à coût marginal. Il rend aussi une information à grande valeur ajoutée accessible à tous quel que soit son statut social, son grade dans les organisations. Le management par la détention de l’information, par l’entre soi, vacille et se sait condamné. La même fatalité s’attaque aux appareils politiques, aux médias et aux syndicats jusque là en situation de monopole du broadcast de l’information vers les masses.

L’intelligence collective gagne en traction dans tous les champs de la vie par l’irruption d’Internet. Développements open source, API, plateformes de talents (Creads, Comet, Malt, Fiverr ou UpWork), suprématie de l’agile et du travail en équipes transverses, pluridisciplinaires, émergence rapide de mouvements politiques et citoyens nouveaux, sans étiquette, gilets jaunes. Les derniers autocrates résistent avec nostalgie face à une complexité et une rapidité du monde qui les submergent. Les incantations de démocratie participative semblent tellement désincarnées quand elles émanent de personnes autocentrées, les discours à la nation des grands responsables politiques ou syndicaux tellement futiles quand ils essaient de reformuler une vérité que les médias sociaux finissent toujours par dévoiler.

Pour ma part, je n’échappe pas à cette transformation et dois avouer qu’après avoir été biberonné aux modèles économiques réputés éternels (l’électricité, les transports, les réseaux télécoms, l’hôtellerie, la banque, etc..), au management stratège et à la nécessité d’exécutants dociles, aux événements autour d’une ou plusieurs stars, il m’était difficile d’imaginer ce que nous allions réaliser sous l’impulsion de mon amie Susanne Aebischer.

En rédigeant avec Philippe Pinault, le fondateur d’Holaspirit et de Talkspirit, et Olivier Trannoy, écrivain formidable, notre livre à paraître “L’Entreprise de nouvelle génération : du management traditionnel aux organisations adaptatives et centrées sur leur raison d’être”, j’ai éprouvé le besoin de réunir cette communauté que nous avions découverte. Une communauté de pionniers extraordinaires, mise à jour par Frédéric Laloux dans son bestseller “Re-inventing organizations”. Celle des leaders de nouvelle génération qui portent le génie de l’agile à l’échelle de l’organisation après que Scrum l’ait appliqué au développement logiciel, donc à l’innovation technologique, puis que lean startup l’ait adapté aux équipes pluridisciplinaires tech + marketing + design. Les premiers disrupteurs du management sont en général des managers expérimentés qui déploient les principes du self-management de façon progressive mais systématique dans leur organisation. Ils sont rarement dogmatiques et adaptent les méthodes les plus populaires (sociocratie, sociocracie3.0, holacracy, teal, organisations organiques, cellulaires, aequacy,..) à leur contexte, à la maturité de leur corps social.

Après avoir fait un petit tour du monde accéléré à leur rencontre, j’ai lancé avec mon équipe l’idée de “The NextGen Enterprise Summit” (Le Sommet de l’Entreprise de Nouvelle Génération) pour réunir la fine fleur mondiale de ces pionniers, inconnus du plus grand nombre, à Paris, au Ministère de l’Economie et des Finances, lieu symbolique de la loi PACTE et de son ouverture à la raison d’être des statuts des entreprises. Ce n’est pas rien au pays de Napoléon et de Descartes, grands innovateurs s’il en est, mais anachroniques de nos jours, par construction..

A quelques jours de l’ouverture de ce sommet, le virus s’est abattu sur l’Europe et vous connaissez la suite. Comme je le disais à mes étudiants lorsque je donnais des cours en école de commerce ou d’ingénieurs, “la réalité dépasse désormais la fiction, laissez tomber les séries TV, suivez les news et en particulier l’économie et la politique ; surtout les leaders économiques, ce sont les nouveaux politiques”. Qui aurait, en effet, prédit les Twin Towers, le calendrier de la chute du mur de Berlin, les Subprimes, Lehman Brothers, Enron, les GAFAM à 1000 milliards de dollars (chacun) de valorisation, les élections de Vladimir Poutine, Donald Trump, Boris Johnson, Emmanuel Macron, cette pandémie et nos changements de comportement ?

“Le meilleur système de santé du monde” n’avait pas plus de masques et de tests que l’armée française de capacité de mouvement en 1940.. Et pour cause, son fonctionnement comme celui de nos grandes entreprises et institutions est daté.

Mais revenons à “The NextGen Enterprise Summit”. Nous avions donc prévu de virtualiser l’événement pour minimiser les risques de contagion et donner accès aux interventions qui se tiendraient à huis clos, par visioconférence. Mais la fermeture des lieux publics a eu raison, cette fois, de notre capacité d’adaptation.

Susanne Aebischer, l’association TRNSTN (Transition) dont Melanie Wydler et Martin Schick, mon équipe et moi, avons alors décidé de relever à nouveau le défi et de reconfigurer notre dispositif pour contribuer à l’animation de la communauté de pionniers précédemment citée. En attendant de nous retrouver pour de bon à Paris, nous avons programmé deux séances d’Open Space Forum d’1h30 chacune à deux jours d’intervalle : aucune tête d’affiche, pas de héros, ou plutôt si, que des héros, des praticiens et pionniers désireux de produire ensemble et d’apprendre des autres. Cette expérience m’a permis de vivre concrètement ce qu’Emile Servan Schreiber décrit dans son livre “Super Collectif” et ses recherches. Considérons que l’âge moyen des participants à ces séances était de 45 ans ; à raison de 80 participants, nous voilà face à 2 000 ans d’expérience professionnelle ! Quelle star du management pourrait rivaliser ? En réalité, aucune et pour une bonne raison : il est démontré que des cerveaux mis en interaction dégagent une capacité cognitive, et relationnelle, bien supérieure à la somme disjointe de leur capacités. Les résultats sont, de mon point de vue, assez stupéfiants. Non seulement la communauté ainsi réunie de façon inédite a tissé de vrais liens de proximité et de connivence mais la production intellectuelle, en un temps très court, est tout à fait remarquable.

Jugez plutôt : le lancement de ces deux séances de virtual Open Space Forum a été communiqué le 14 avril soit exactement 7 jours avant la première séance. En une semaine donc, sans budget media, 120 inscrits exactement de 14 pays différents. 80 de ces 120 inscrits ont participé sur les deux jours avec un décrochage dans les 10 premières minutes de la première séance de 15 participants sans doute venus “voir” ou peut-être déstabilisés par l’expérience présentée. Pour le reste 50 personnes ont vécu de bout en bout la séance du 21 et environ autant le 23 avec un renouvellement d’une dizaine de participants d’une séance sur l’autre.

Nous avons réalisé ces deux événements avec une équipe pluridisciplinaire extra et des outils au top : Zoom pour la visioconférence simultanée permettant jusqu’à 500 participants (ce sera pour une prochain fois) et Talkspirit pour se connecter, partager l’information, collaborer et communiquer.

Contrairement aux événement présentiels, nous avons noté que les retards étaient minimes et en tout cas inférieurs à 5 minutes. Inutile donc de prévoir le fameux quart d’heure d’accueil pour démarrer.

La radio très branchée de l’association TRNSTN a distillé les premières vibes et Martin Schick, noeud pap et casquette ajustés a lancé un tour d’inclusion géant par tchat. Susanne, animatrice des séances d’Open Space Forum et spécialiste de leur tenue en espaces physiques, expérimentait pour la toute première fois leur format virtuel. Dans ce nouveau contexte, tout devient plus simple et complexe à la fois ; une chose est certaine, la fiabilité des outils numériques n’est plus une option. Plus simple donc, du fait que la logistique de réservation de salle, d’accueil, de restauration et de sono sont effacés.

Plus complexe par la nécessité de :

> maîtriser un dispositif technologique précis :

  • d’inscription puis de gestion de salle d’attente,
  • de visio massive incluant une salle plénière et des salles de travail par groupes,
  • de communication, collaboration et co-édition,
  • de diffusion de musique live,

> gérer le timing sans “temps mort”, de plusieurs séquences différentes en format et en taille de groupe, et sur un créneau nécessairement plus court, rythmé,

> se coordonner entre plusieurs animateurs chacun sur un site distinct (en l’occurrence chacun chez soi),

> favoriser le networking dans un contexte totalement innovant.

Le dynamisme de Martin et l’empathie de Susanne pour faire découvrir tous les pays représentés par les participants et les fonctionnalités de communication des deux outils ont terminé de “casser la glace”. Les sessions par groupes de 4 ont permis à nos héros de faire connaissance et d’aborder la problématique des organisations de nouvelle génération face à la crise. Les retours de ce premier échange et travail ont été enthousiastes : “trop court”, “les personnalités dans mon groupe sont impressionnantes”, “le sujet est ressenti comme clef partout dans le monde”.

L’événement a réellement pris sa dimension et son rythme au terme de la seconde plénière et de la seconde phase de travaux par groupes. Les pitchs issus de ces groupes ont dessiné 43 idées clés que les votes sur Talkspirit ont permis de prioriser.
10 sujets de travail ont ainsi émergé pour être travaillés deux jours plus tard :

  1. Le rôle de l’économie non monétaire, des services gratuits, de l’engagement citoyen — Charles Poretz
  2. Comment aider les dirigeants à lâcher prise pour évoluer vers une organisation plus agile et plus autonome — Marie-Thérèse Maeder
  3. Comment, en tant que dirigeant, se sentir en sécurité et en confiance dans une organisation décentralisée et constitutionnelle ? — François Richer
  4. Confiance dans nos équipes — comment pouvons-nous (en tant qu’organisations horizontales) nous appuyer sur nos équipes pour traverser les crises ? La confiance est un moyen d’expérimenter, de laisser aller, d’agir rapidement. Inviter l’intelligence collective à atteindre son plein potentiel — Betina Van Meter
  5. Des organisations axées sur l’humain plutôt que sur le seul profit ? — Xavier Bianne
  6. L’importance des valeurs (confiance, responsabilité, etc.) pour les organisations de la nouvelle génération ? Une meilleure éco-responsabilité sera-t-elle mise en oeuvre ? — Beat Vonlanthen
  7. La promotion d’une culture interne favorisant la bienveillance, l’empathie et la prise en compte de l’individu dans son ensemble, professionnellement et personnellement — Ilan Cohen
  8. Comment gérer la tension entre l’incertitude totale et la nécessité d’un objectif et d’une raison d’être pour motiver et guider chaque individu et chaque organisation ? — Delphine Desgurse
  9. Quelles nouvelles compétences relationnelles et self-management dans les futures entreprises adaptatives ? — Jean-François Vermont
  10. Peur/anxiété et rôle des dirigeants dans le passage d’un ego à un écosystème — Bibiana Jurado

Je dois avouer que nous étions vraiment heureux de nous retrouver 48h plus tard. Le confinement et les difficultés du moment ont certainement contribué à ce sentiment, mais une franche proximité nous a animés malgré la mise en relation tout récente. Nous avons vite acquis la conviction que nous partagions les mêmes valeurs et que nous étions bien en train d’oeuvrer sur le sujet coeur du futur du travail et donc de la société..

La capacité d’adaptation de l’être humain est telle que notre seconde séance, du 23 avril, a pleinement profité de nos apprentissage de l’avant veille. Tchats intenses, ambiance sincère et chaleureuse pour une production intellectuelle et concrète très riche. Les pitchs et synthèses de chaque groupe ont reçu des applaudissements spontanés et nourris.

Nous avons eu du mal à nous quitter ! La musique de TRNSTN nous a gardés en mouvement et échanges informels encore 30 minutes après la clôture des travaux.
Nous étions non seulement en intelligence mais en intuition collective.

Les synthèses des groupes de travail sont en cours de mise en forme au format article pour une redistribution prochaine au sein de la communauté.

Par Luc Bretones, co-concepteur avec Susanne Aebischer et Martin Schick de The NextGen Enterprise Net.

The nextgen dreamteam! Susanne Aebischer, Luc Bretones, Anaïs Voisin, Nicola Marthaler, Martin Schick et Melanie Wydler
The NextGen Enterprise Net

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