Imaginons la première monnaie numérique consacrée à la presse et aux médias

Cet article n’a pas pour but de détailler les rouages technico-techniques des cryptomonnaies, des smart contracts et de leurs innombrables usages. Numerama l’a déjà fait. Son but est de mener une réflexion sur la monétisation et le financement de la presse et des médias.

Le bitcoin et autres monnaies numériques ont un potentiel loin de se limiter au seul secteur financier. Ces monnaies ont, pour la plupart, des règles qui redéfinissent totalement le concept de création de valeur. Par conséquent, c’est l’entreprise (qui reste un vecteur idéal pour la création de valeur) et les utilisateurs (de cette monnaie) qui sont les véritables cibles de cette création.

Cela signifie que tous les secteurs sont concernés. Même les médias. Cette nouvelle réalité peut être déjà observée au travers de son jeune écosystème où les projets qui y sont conçus ont un mode de fonctionnement échappant totalement aux règles standards de l’entreprise classiques.

Depuis quelques mois, je mène donc des réflexions sur l’application de ce concept dans différents domaines, la tech, le jeu vidéo, mais aussi les médias.

Objectif : lever des fonds

Pour lever des fonds quand on est un média, plusieurs possibilités s’offrent à nous. On peut déposer un dossier auprès de Google et tenter de récupérer des fonds du Google Digital News Initiative (DNI). La quatrième vague de sélection de projets DNI Funds aura lieu en septembre, elle se concentre notamment sur la monétisation. On peut aussi passer par la case ‘levée de fonds/VCs’, classique. On peut également vous tourner vers sa communauté, via le crowdfunding, comme l’a fait avec succès Canard PC. Enfin, les banques peuvent prêter de l’argent.

Mais pourquoi passer par ces circuits classiques à l’heure où la révolution de la blockchain pointe le bout de son nez et que les entreprises vont s’en emparer ? Si Satoshi Nakamoto (créateur du bitcoin) a pu le faire, moi aussi je peux. L’idée est excitante.

Je vois les cryptomonnaies comme le Web : ce sont des monnaies avant tout structurées autour de la possibilité de créer une infinité de variations du protocole.

Il s’agit donc d’une véritable opportunité de remplacer le paradigme “une monnaie/espace économique” par “une monnaie/x”, ou x est égal à ce que vous voulez (entreprise, service, projet, personne…) qui définit les règles entrepreneuriales singulières de cet écosystème.

Dans le monde classique, les politiques monétaires des états définissent une constante sur laquelle les entreprises doivent se construire et trouver leurs modèles économiques. Mais dans le cas de l’écosystème que nous pouvons tous créer, il n’y a aucun dogme monétaire imposé, le champ possible de modèles économiques est démultiplié par la possibilité de définir des règles monétaires spécifiques à chaque projet.

Le dossier dédié aux ICO sur Numerama vous permettra d’appréhender le sujet et répondra certainement à beaucoup de vos questions.

Nous pouvons appliquer ça pour les médias.

Objectif : transformer les rapports qu’entretiennent les médias avec l’argent

Imaginons donc une monnaie dédiée aux médias. Imaginons la première monnaie numérique en son genre à être entièrement consacrée à la presse et aux médias.

L’idée : transformer les rapports qu’entretiennent les éditeurs de médias avec l’argent en proposant un endroit unique où les lecteurs et les médias échangent les uns avec les autres.

L’objectif étant le financement des médias, chaque opération monétaire pourrait être liée à la lecture d’un contenu (article, vidéo, etc.), le tout se déroulant en toute transparence.

Cette monnaie pourrait également servir à soutenir des initiatives d’investigations et d’enquêtes, et à mobiliser les forces d’une communauté.

Dans cet univers, c’est la traction d’un média, d’un article, d’une vidéo, d’une enquête, d’une investigation… qui génère organiquement le financement et le recrutement mais aussi l’audience.

Il servira aussi à structurer un espace très morcelé et en crise, à savoir celui des médias en ligne.

Cette monnaie aurait également comme objectif de donner une voix à chaque lecteur, pour obtenir des articles correspondant à ses valeurs et ses attentes.

Dans cet univers, c’est la traction d’un média, d’un article, d’une vidéo, d’une enquête, d’une investigation… qui génère organiquement le financement et le recrutement mais aussi l’audience.

Agissons

Les problèmes rencontrés par la presse en ligne — et la presse en général — sont connus et cette piste de réflexion n’est pas une solution clef en main, prête à l’emploi.

Chez Humanoid, nous développons intelligemment toutes les sources de monétisation possibles, tant qu’elles respectent nos (et vos) valeurs. Depuis que nous avons investi du temps dans cette aventure, à savoir depuis 2012, c’est la crise. Nous n’avons vécu que la crise. Pourtant Humanoid est passé de deux personnes à vingt-cinq, sans financement extérieur et avec des finances les plus saines possible.

Malgré ça, nous mesurons la difficulté de se développer dans l’environnement actuel. Taux d’adblock élevé, formats publicitaires qui dérapent, difficulté de financement et de rentabilité… malgré de très bonnes audiences et beaucoup d’opportunités.

Il est temps de réagir et d’essayer de ne pas penser à moyen terme, 12 à 24 mois, mais à plus long terme : comment financer nos médias pour les 5 à 15 prochaines années ? Comment leur permettre de se développer avec les moyens d’investir dans de nouveaux contenus et de nouveaux formats, et dans un journalisme moderne ?

Dans un monde en changement où le pouvoir des capitaux de la presse sont entre les mains de quelques personnes, il est peut-être temps de les remettre dans les mains d’un plus grand nombre. Le pouvoir des capitaux doit aussi être au service de valeurs qui rendent le monde meilleur.

Je suis persuadé que les cryptomonnaies ne doivent pas rester à la marge de l’écosystème entrepreneurial. Les médias y ont une place mais doivent encore la définir : soyons pionniers.