Faire face à l’adversité

Vers le dévoilement de notre être profond

Steven Lasry
Jul 28, 2017 · 7 min read
Déferlements plongeants de l’adversité

Qu’est ce que l’adversité ?

Le concept que je regroupe sous le terme d’adversité englobe un champ large d’événements ne dépendant pas consciemment complètement de nous, qui nous mettent en difficulté en venant bouleverser notre quotidien et notre mode de pensée. Cette définition est en accord avec l’étymologie latine adversus qui signifie “être tourné contre” : l’adversité prend la forme d’une série d’obstacles qui se dressent le long de nos . L’adversité étant inhérente à l’existence du mal sur Terre, est au cœur de la vie : des épreuves peuvent émerger à tout moment dans nos vies. L’adversité à laquelle nous faisons face peut néanmoins être d’intensité variable et s’exprimer de diverses façons.


Attitudes face à l’adversité

Nous ne décidons pas consciemment des épreuves qui surviennent dans nos vies mais en tant qu’êtres humains, nous sommes dotés d’un libre arbitre qui nous octroie la possibilité de choisir l’attitude et le comportement que nous adoptons face à ces événements hors de notre contrôle. Nous sommes libres de nous révolter contre un événement douloureux auquel nous sommes confrontés ou de l’accepter sans lutter. Face au tourment, nous pouvons nous plaindre et nous apitoyer sur notre sort ou prendre la décision de nous relever après avoir affronté la tempête. Certains individus décident alors de faire face aux épreuves qui se manifestent devant eux inexorablement en transcendant l’affliction et les blessures qu’ils ont subies.

Le dépassement de soi soutenu par le dévoilement de potentialités latentes desquelles nous n’avions pas conscience caractérise la résilience.

Ce concept a notamment été développé par Boris Cyrulnik en observant le comportement des survivants des camps de concentration durant la seconde guerre mondiale. Parmi eux, certains êtres exceptionnels comme Simone Veil, Elie Wiesel, Martin Gray, Alexandre Grothendieck, Viktor Frankl, Aharon Appelfeld et d’autres sont parvenus à dévoiler des forces intérieures insoupçonnées en eux, en faisant de leurs blessures une force. Exemples pour l’humanité, ils sont les témoins que nous pouvons rayonner même à travers l’adversité.


La sagesse stoïcienne

Il y a plus de deux millénaires, le stoïcisme a proposé une réponse intéressante à ce questionnement sur notre confrontation à l’adversité. Avec des penseurs comme Sénèque, Epictète et Marc Aurèle comme figures de proue, ce courant philosophique s’appuie en effet sur la distinction centrale entre d’une part les choses qui dépendent de nous (ta ephemin) et sur lesquelles nous pouvons agir et d’autre part les choses qui ne dépendent pas de nous (ta ouk ephemin) et sur lesquelles nous n’avons aucune influence.

L’École d’Athènes, Raphaël (1509–1510)

Pour atteindre la sagesse et l’ataraxie, selon les stoïciens, il convient alors de ne pas lutter en vain contre ce qui ne dépend pas de nous — l’adversité et l’opinion des gens en particulier — , mais au contraire de l’accepter et d’agir pleinement dans les domaines de nos vies sur lesquels nous avons une prise, en devenant maître de nos émotions et de nos jugements. Ils nous invitent à suivre le flot des bouleversements qui ne dépendent pas de nous sans résistance, en lâchant prise afin de ne pas s’infliger de double peine par la lamentation du mental en plus de la pénibilité existante.

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur ces choses. »

— Epictète (Manuel)

Cette capacité à s’adapter aux changements, qui nous est constamment enseignée par la Nature, correspond à une forme d’intelligence. Nous pouvons apprendre à faire face à la part inéluctable d’adversité qui surgit dans nos vies en travaillant sur notre mental et en modifiant notre approche existentielle, grâce à la méditation notamment. Comme l’écrit très justement l’empereur Marc Aurèle, il est essentiel de développer la lucidité de différencier ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas afin d’appréhender les vicissitudes de l’existence :

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »

— Marc Aurèle (Pensées pour moi-même)

Il est ainsi primordial de comprendre que l’adversité n’est pas entre nos mains, de l’accepter sans résister et de l’utiliser à notre avantage, comme une source de croissance personnelle.

« L’adversité est l’occasion de la vertu. »

— Sénèque (De la providence, IV)


Ce que l’adversité nous enseigne

Embrasser l’adversité

Nous vivons dans un monde où l’échec et la faiblesse sont largement décriés, alors même que l’adversité est inhérente à l’existence et qu’elle peut être une source de transformations positives et de dépassement personnel.

Il y a en effet des leçons à tirer de chaque situation de vie, même dans les moments difficiles, la douleur et l’échec.

« Une heureuse adversité a souvent fait éclater un mérite qui aurait vieilli sans elle dans le repos obscur d’une longue prospérité. »

— Henri François d’Aguesseau (Maximes et pensées)

Briseur d’illusions

L’adversité est de plus un briseur d’illusions. Elle met parfois au jour des paradigmes erronés que nous tenions pour vrais. Elle peut également révéler certains de nos rapports pervertis et aliénants au Monde et à Autrui. C’est un rappel à la réalité douloureux mais salvateur comme l’exprime avec ironie Jean-Jacques Rousseau dans Les rêveries du promeneur solitaire :

« L’adversité sans doute est un grand maître, mais ce maître fait payer cher ses leçons. »

— Jean-Jacques Rousseau (Les rêveries du promeneur solitaire)

Catalyseur de développement personnel et de dépassement de soi

L’adversité n’est pas indispensable mais sans elle, nous avons tendance à nous oublier dans le tourbillon du quotidien et à nous perdre dans nos vies souvent assujetties au matériel. Les infortunes illuminent parfois certaines facettes de notre personnalité que nous avions jusque-là éludées ou dissimulées.

Souvent l’adversité met en exergue cette fuite de nous-mêmes qui amplifie le décalage entre nos actions et nos aspirations profondes. Cette mise en lumière a pour effet de nous ancrer dans le moment présent, mettant fin à toute forme de procrastination quant à notre rencontre avec nous-mêmes.

Paradoxalement, les moments de doute nous font progresser en nous incitant à réévaluer la perspective de nos actes et au-delà de la douleur, nous prenons conscience de l’essentiel dans nos vies. Peut alors se créer une rupture qui nous oblige à faire une pause et prendre du recul dans notre existence afin d’examiner la dynamique de vie que nous souhaitons réellement faire nôtre.

La réussite nous pousse par ailleurs à nous identifier au succès et donc à nous éloigner de notre identité intrinsèque. Elle a en outre tendance à développer une confiance en nous superficielle et à nourrir notre égo.

Nous ne souhaitons jamais volontairement souffrir mais l’adversité constitue ainsi bel et bien un catalyseur de développement personnel et un moteur puissant de dépassement de soi. Il est d’ailleurs intéressant de retrouver ce mécanisme dans le principe de l’hormèse sur laquelle s’est fondée l’homéopathie, qui consiste à stimuler les défenses biologiques en administrant des toxines à très faibles doses.

Dévoilement de notre être profond

« L’adversité révèle une personne à elle-même. »

— Albert Einstein

L’adversité constitue en effet un portail vers le dévoilement de notre être profond, à condition de l’embrasser comme vecteur de progression personnelle. Elle permet d’entrevoir une quête profonde vers la connaissance de soi.

D’un point de vue spirituel enfin, c’est paradoxalement dans la vallée des larmes et du désespoir que notre rapport au transcendant atteint son paroxysme en termes d’intensité et de proximité. Le déchirement et la tristesse qui y résonnent élèvent la question ultime du pourquoi qui reste irrémédiablement sans réponses. Cette brèche au plus profond de notre être ouvre alors un précipice vertigineux qui nous confronte à la Vie et à notre identité quintessentielle face auquel nous sommes amenés à faire des choix. L’adversité est en cela un “exhausteur de libre arbitre”.

Notre réaction face à l’adversité nous définit en tant que personne et révèle la robustesse de notre assise existentielle, définie comme la stabilité de notre bonheur et de notre équilibre de vie.

L’adversité m’a personnellement appris une leçon de vie des plus précieuses en me faisant comprendre que, malgré les apparences, tous les événements que nous vivons sont là pour notre bien, pour nous aider, nous élever et nous faire progresser dans nos vies. La bienveillance de la Nature le long de mes tribulations a contribué à transmuer ma souffrance en éveil et ne cesse de raviver ma confiance en la Vie.

Apprendre à faire face à l’adversité est en somme apprendre à vivre !

Hymne à la vie

Mes expériences personnelles, mes réflexions et mes lectures sur divers sujets liés au développement personnel et à la spiritualité. Comment faire face à l’adversité et cultiver sa paix intérieure.

Steven Lasry

Written by

The Life Hacker

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