Quitter la dictature qui vient

Ne travaillez plus. Ne travaillez pas. Pas dans le sens de ce contrat d’esclavage standardisé qu’on appelle le salariat. Ça n’existe plus. Ce qu’il en reste sera détruit. Ça a vocation à voler vos forces au prix le plus bas de votre survie. Ne faites pas ça. Faites votre travail à vous. Le vôtre. Construisez. Faites. Créez quelque chose et traitez avec des gens, pas avec des supérieurs, échangez votre valeur contre l’argent des gens qui ont besoin de votre valeur de travail et qui vous donnent ce qu’elle vaut. Débarrassez-vous définitivement de cette relation verticale, de toute relation verticale d’ailleurs. La verticalité c’est la mort. La vôtre. Vivez et travaillez à horizontalité, à égalité, à humanité.


Je ne sais pas si vous avez remarqué que nous nous transformons en État fasciste.

Je veux dire, vraiment. Nous passons d’un modèle représentatif du type « électeurs, élus » à une hiérarchie du type « décideurs, décidés ».
Vous savez que ce n’est pas ça, le contrat social ? Les élus sont élus pour être les porte-parole de notre volonté et diriger le pays en accord avec les volontés que nous exprimons. Techniquement, ce sont nos secrétaires à l’endroit de la loi, nos contrôleurs à l’endroit du droit, nos agents à l’endroit de la force. Nos employés, si vous voulez. Ceux qui font le sale boulot consistant à s’occuper de toutes ces paperasses, et à nous laisser le loisir d’aller regarder des films, épouser des filles (des garçons), faire des œuvres d’art, de l’huile d’olive ou apprendre à couper une bûche.

En aucun cas, mais littéralement absolument en aucun cas, la démocratie n’a vocation à faire du peuple le suiveur forcé des décisions contraires à la volonté du peuple de ceux qui dirigent le pays. Cela, c’est la vocation d’une dictature.
Nous sommes d’accord ?

Démocratie : le gouvernement soumis à appliquer la volonté du peuple, fût-elle contradictoire à la volonté des individus qui composent le gouvernement.
Dictature : le peuple soumis à appliquer la volonté du gouvernement, fût-elle contradictoire à la volonté des individus qui composent le peuple.

Or le gouvernement n’est plus le lieu de nos représentants, c’est notre papa et notre maman : il sait mieux que nous ce que nous voulons, ce qui est bon pour nous. Il nous forcera à penser de même, tout au moins à faire ce qu’il nous dit. Mais je t’emmerde. Ton mensonge est un mensonge. Ton mal est un mal. Tu sais que tu fais mal, tu le fais quand même et tu le déguises en bien. Tu devrais avoir honte. Nous il faudrait que nous reniions tout, tout ce que nous sommes, tout ce que nous savons, tout ce que nous voulons être, pour faire le millième de ce que tu fais à cette terre, à ces gens, à ces peuples. Nous ne voulons pas de ce que tu fais. Nous le refusons. Nous savons que tu nous mens. Que tu nous trompes. Que tu nous voles. Que tu nous tues.

Toi, le gouvernant.
Le gouvernant menteur, méchant, mauvais.


Nous retirons à la justice le pouvoir qu’elle a de réguler les actions de la police afin de vérifier que ce qui est fait par la police est juste, et laissons au gouvernement le soin de décider des jugements que la justice doit rendre. C’est ce que l’on appelle briser la séparation de l’exécutif et du judiciaire. Nous donnons à la police et au ministère qui la dirige (l’Intérieur) et au gouvernement qui dirige ce ministère, les pleins pouvoirs, sans le garde-fou de la justice pour l’empêcher d’équivaloir à une dictature. Comme c’est un procédé dictatorial, et que nous sommes une république, notre constitution l’interdit. Donc nous récrivons notre constitution.

Nous appelons cela « inscrire l’état d’urgence dans la constitution ».
Si nous ne mentions pas, nous appellerions cela « légaliser la dictature ».

Nous récrivons la république au profit de ses législateurs : égale, nous transformons la république en dictature.

Par ailleurs, nous brisons aussi la séparation de l’exécutif et du législatif : nous passons (enfin il faut rendre justice : 1 homme, 2 hommes, 3 hommes, quelques hommes, passent) des lois en force, avec cet article qu’on appelle le 49.3 et qui permet au gouvernement de passer une loi sans demander l’avis — le vote — de l’Assemblée Nationale, instance validée par le suffrage de toute la population et dédiée à la validation des nouvelles lois. (Le Parlement étudie ensuite la question de savoir si elles sont conformes à la Constitution, et donne donc son accord final.) C’est très exactement ce qu’on appelle briser la séparation de l’exécutif et du législatif. 
Ce 49.3 qui écarte le vote démocratique et brise la séparation de l’exécutif et du législatif, est prévu pour des mesures exceptionnelles, d’urgence. C’est utilisé actuellement par le gouvernement en place pour des refontes fondamentales de la société — par ailleurs mauvaises, criminelles, mensongères et à rebours de tout ce pour quoi toutes celles et ceux qui voulaient le bien des gens se sont toujours battus — , et ne correspondant dans tous les cas à aucune urgence temporelle assez grande pour se passer du vote démocratique qui a toujours eu la prétention de fonder comme telle notre république.

C’est là un immense scandale anti-démocratique, un attentat sanglant contre le principe même de démocratie.

Jamais nous ne l’aurions accepté dix ans plus tôt, vingt ans plus tôt. Jamais nous ne l’aurions accepté si nous avions eu moins peur. Mais comme les Américains votant le Patriot Act au lendemain de 2001, dans la panique, cette fameuse prêtresse de l’intelligence, nous laissons passer cet immense scandale anti-démocratique, cette aberration stellaire inventée par le gouvernement actuel de croire que l’on peut désormais pour tout et rien considérer que l’on a suffisamment raison pour se passer de toute instance de vote et de démocratie, et imposer à un pays de 60 millions de personnes qui s’y opposent la volonté de 30 personnes qui font leurs petits oignons de ces arrangements-là.

Au final, l’exécutif (le gouvernement) se débarrasse donc tranquillement de ses deux pouvoirs contradicteurs, le législatif et le judiciaire, pour devenir le seul décideur.

Il faut rappeler que la séparation des trois pouvoirs, législatif (écrire les lois, juger si elles sont bonnes ou non, les valider), judiciaire (juger si une action est conforme ou non aux lois) et exécutif (faire appliquer les lois, au besoin par la force), est une définition de base de la démocratie. Ce n’est pas à proprement parler son essence (son essence, c’est le pouvoir au peuple), mais c’est, disons, son principe fondamental, la clé de voûte concrète, la condition qu’on a imposée au cours de l’histoire à un régime pour qu’il puisse se targuer du titre de démocratie.

Il faut se rappeler que la fusion des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et exécutif, ou la libération de l’exécutif des contraintes démocratiques imposées par le judiciaire et le législatif, telle que nous l’observons actuellement en France, est une définition de la dictature.

La formulation simple de la politique du gouvernement actuel est : je fais ce que je souhaite faire, j’écris les lois qui me permettent de faire ce que je souhaite faire, sans demander leur accord aux institutions législatives qui ont pour rôle de juger si les lois sont bonnes, j’applique la justice que je souhaite appliquer, sans demander leur accord aux institutions judiciaires qui ont pour rôle de juger si la justice appliquée est juste ou non.

Cela semble une définition parfaitement recevable de la dictature.

Nous n’avons pas encore de geôles où croupissent les journalistes ou les opposants, mais nous avons, même s’il serait trop long d’entrer dans les détails ici, des équivalents moins visibles, moins spectaculaires — quoiqu’ils fassent des morts réelles, des emprisonnements réels, des étouffements d’affaires réels — , mais tout à fait équivalents dans leur principe.


Nous savons parfaitement que ce qui coûte cher au pays, ce sont les riches. C’est l’argent libre, dérégulé des riches. Or ceux qui ont l’argent, ce sont aussi les riches, les choses sont bien faites !
Par un savant alliage de justice et de logique, nous devrions donc reprendre aux riches l’argent qu’ils volent à leur pays, à leur peuple, aux hôpitaux, aux écoles, aux gares, aux routes.
Mais nous avons le culot d’en accuser les pauvres : de dire, l’argent qui nous manque, ce sont les pauvres qui nous le prennent. Les méchants pauvres ! Et nous avons le culot d’en déduire qu’alors, nous devons moins aider les pauvres.
Nous devons moins aimer les pauvres.

Mais non, c’est un mensonge.

Le gouvernement fait ce mensonge pour prendre encore aux pauvres cet argent qu’ils n’ont pas, qu’ils n’ont plus, pour le donner aux riches, qui sinon se languissent.

Mais il faut se rappeler Robert Antelme, il faut se rappeler L’Espèce humaine, son livre : le SS réduit le détenu à l’état de sous-homme, c’est à dire, à l’état où le SS se croit autorisé à ne plus le considérer comme un homme, bien que c’en soit toujours intégralement un — ou une femme, quelqu’un de cette même espèce humaine — : « dérisoire volonté de con », dit Antelme, de vouloir sortir l’autre de notre espèce commune.

Mais, ajoute-t-il, le SS a besoin, pour exercer son pouvoir, du détenu : sans lui, plus personne sur qui l’exercer, ce pouvoir tyrannique, hystérique, absurde et sans issue. Raison pour laquelle, quoique l’approchant au plus près de la mort, il ne le tue pas.
C’est aussi ici ce qui a lieu ici, et c’est aussi ce qui finira par arriver : à force de briser les pauvres, de les tondre, de leur mentir et de leur prendre, à qui restera-t-il à prendre ? Qui restera-t-il à tondre ? Une France vide ? Décharnée ? Éteinte ? Morte ?
Quel monde restera-t-il à posséder ? Une terre morte ? Malade ? Contagieuse ?

Quel beau bonheur.
Un grand bureau très cher, quelques hommes en costume, un univers détruit. Quelle belle vision de la vie. Comme je vous envie votre joie. Votre clairvoyance. Votre amour.


Il semble que paradoxalement ce qu’on appelle le “public”, au sens de “service public”, soit étrangement en train de devenir l’ennemi du peuple : parce qu’il est sorti complètement de sa prétention à une forme de neutralité, de bienveillance, et de justice égale pour tous (c’est-à-dire de justice), et que le “public” est désormais tellement l’allié de la partie la plus sale du “privé” — c’est-à-dire, la partie la plus inhumaine du capitalisme et du néo-libéralisme — , qu’il n’est plus finalement que l’une des têtes de la même hydre, celle du pouvoir financier, et désormais légal (le légal, c’est le grand cap qu’on a franchi, dont la gravité est inestimable), concentré dans les mains de quelques-uns.

Il n’y a donc plus à proprement parler de distinction privé / public, ou plutôt, elle ne se situe plus que dans la distribution relative des statuts, administratifs si l’on veut, mais non plus dans la distribution des rôles, au sein de la société : distribution qui était, dans l’ancien monde, globalement la soif de pouvoir du privé contre le souhait de justice du public, du côté du privé le profit comme moteur, et ce moteur comme créateur de dynamiques créatrices d’inégalités, et du côté du public, le rattrapage des inégalités par la mise en place de réégalisations par la loi, moins quelques arrangements qui ne mettaient pas trop en péril, et qu’on passait sous le manteau.

Aujourd’hui, ces petits arrangements ont grandi en réarrangements de lois, en décisions impactant la vie et la mort de millions de personnes, en spoliations de masse et assassinats de masse.

Oui, des familles mises à la rue, ce sont des familles assassinées.

Ainsi, à la distribution tripartite du passé : privé / public / gens, qui grâce à sa triangularité et à la porosité de ses frontières permettait des circulations et des transformations relativement protéiformes, s’est substituée une distribution binaire beaucoup plus bloquante, beaucoup moins fertile, beaucoup plus rétrograde aussi, et également beaucoup moins intéressante à penser quoique très urgente pourtant à penser et à contrer : une simple répartition, désormais, entre haut et bas, entre en haut une tête dirigeante hybride, faite de structures privées alliées à des structures issues du système public, et dont le privé se sert si l’on veut comme de chevaux de Troie dans la forteresse de la loi et de la régulation de la société, et en bas, tout le reste, tous les autres, les gens, nous.

Le constat que nous devons faire est très important : le public nous a abandonnés, nous devons abandonner le public.

Comme dans une relation où il ne faut pas chercher à rattraper la personne qui part, mais faire sa propre vie ailleurs, nous ne devons pas chercher à rattraper le public, le démocratique, la loi.
C’est fait, c’est acté, c’est irréparable avant les prochaines décennies : tout cela est parti, nous a quittés, s’en est allé. Nous devons accepter ce fait et chercher des solutions non pas en tentant de modifier cette dynamique, qui est d’ores et déjà trop puissante pour être interrompue, mais en acceptant cette nouvelle distribution — non pas l’accepter avec notre cœur, l’accepter avec notre tête du moins, avec nos deux yeux et nos deux mains — , et en créant, au sein de cette nouvelle distribution qui n’est plus un risque mais un fait, de nouvelles îles de possibilités.

Et paradoxalement, il semble que la meilleure arme contre le privé, ce soit le privé.

C’est-à-dire, que dans un monde où le public nous abandonne, où la loi nous lâche, où les gouvernants ne nous représentent plus, la meilleure arme contre le privé centralisé du haut qui a phagocyté la sphère publique, ce soit de créer, dans notre monde d’en-dessous, des multitudes d’ilôts de pouvoir, de force, qui passent par une indépendance financière qui ne saurait plus s’acquérir qu’en créant de nouveaux modèles économiques, de nouveaux modèles de distribution, des relations horizontales et directes entre producteurs (de quelque bien ou de quelque valeur que ce soit) et acheteurs, c’est-à-dire ces êtres humains qui éprouvent le besoin ou l’envie d’acquérir ces biens ou valeurs.

Cette tête de pouvoir ne peut pas vivre seule : elle est comme une tique, elle s’accroche au peuple pour lui prendre son sang. Mais que se passe-t-il si le peuple, au lieu de chercher à la rattraper, à la convaincre, à la séduire, au lieu de la supplier de lui permettre encore de vivre, de vivre grâce à elle et par elle — “nourris-moi encore, s’il te plaît” — “donne-moi encore un peu des indemnités de chômage, de santé, un congé maternité, des subventions, un budget pour la culture, s’il te plaît, papa État” — toutes choses qui sont en train de mourir et qui ne se relèveront pas, parce que dans le rapport de forces le pouvoir de celles et de ceux qui ont intérêt à ne pas les relever a basculé déjà du côté de l’irratrapable, ne peut plus être contrebalancé par le pouvoir désormais trop maigre, malgré leur supériorité numérique infinie, de toutes celles et tous ceux qui voudraient le relever, depuis que les pulsions destructrices de l’économie capitaliste, de la finance et de la philosophie néo-libérale ont finalement conquis la loi, génome de la société et délimitateur ultime de l’autorisé et de l’interdit, comme la dernière terre, la dernière région stratégique qu’il leur restait à annexer pour asseoir leur hégémonie — , que se passe-t-il si le peuple, au lieu de chercher à rattraper encore un État qui ne veut pas de lui, au lieu de chercher à rattraper la possibilité d’une égalisation de la société par ses instances d’égalisation, par le public, par ses armes légales contre l’injustice et pour la justice, que se passe-t-il si le peuple, au lieu de croire encore à l’ancien monde des luttes sociales où le droit était de son côté ou pouvait encore le devenir, se détourne de la loi comme arme, de l’instance publique comme alliée, et de l’espérance sans issue, se détourne de cette tête injuste et vendue de pouvoir centralisé dans une petite poignée de mains sales, pour créer son propre nouvel espace de vie, ailleurs, sans elle ?

Il se passe deux choses : premièrement, le peuple vit ; deuxièmement, la tête meurt.
Parce que la tête ne peut pas vivre éternellement en faisant simplement circuler entre ses différents représentants le même argent : elle a besoin de renouvellement, c’est-à-dire, de nouvelles masses d’argent venues non pas de son propre monde, ou pas seulement, mais venues des gens, du peuple, de nous.

Il est crucial pour notre avenir, notre survie, et pour la survie même de quelque chose comme notre avenir, que nous n’abandonnions pas Internet à la légifération de la tête.

Pourquoi la tête (l’union contre-nature des banques, des gouvernements et des multinationales, nano-population hybride animée par des pulsions destructrices héritées de sa folie néo-libérale, et dont les décisions régissent la vie et de la mort de toutes ces personnes qui constituent le monde) se bat-elle pour légiférer internet autant que possible, quand tout le reste du monde serait très heureux de le laisser une sorte de terre de non-droit, bordée simplement de quelques garde-fous auto-créés (modération et autres) et de quelques lois fondamentales importées du monde physique ? Ce n’est pas parce que les gens sont mauvais et veulent faire le mal, et qu’il faut nous en protéger : internet a montré qu’étrangement, 99% de ce qui s’y passe récompense la confiance que nous lui portons, 99% des gens s’y comportent bien, veulent s’y comporter bien, ne se font pas de mal entre eux et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Bien sûr 1% de mal c’est peut-être trop, mais c’est moins que dans le monde physique. Ce n’est donc pas le danger du mal qui excite comme des chiens inquiets les hommes de la tête du monde : ce qui les inquiète, c’est de savoir qu’internet est la clé pour nous, les gens, le peuple, le monde, pour nous débarrasser d’eux et de leur influence, en créant précisément ces nouvelles structures économiques, horizontales, multipolaires, mouvantes, rhizomatiques, infinies, et incontrôlables, qui leur feraient perdre leur pouvoir en coupant la sorte de pompe à argent verticale qu’ils ont placée au haut de nos têtes.

Imaginez une exploitation agricole, telle que celles que crée l’état actuel du monde, pensez au sort terrible des vaches qui s’y trouvent maltraitées, blessées, inséminées de force, prises leur petit et tout leur lait, chaque jour de l’année jusqu’à l’abattoir. 
Imaginez un instant qu’elles soient retenues dans leurs usines moins par des fers réels que par l’idée qu’elles n’ont pas le choix. 
Imaginez, qu’elles soient payées un sou pour une année de leur lait. Qu’on ne fasse sur le marché pas de meilleure offre. Qu’elles pensent que c’est ça ou mourir. Qu’elles aient peur. Qu’elles demandent un second sou. Qu’elles n’aient plus à la fin qu’un demi-sou. Qu’elles tremblent dans leur semblant d’étable. Qu’elles y restent parce qu’elles y tremblent.

Maintenant, donnez à toutes ces vaches un téléphone.

Pour communiquer les unes avec les autres, d’une exploitation à une autre, d’un pays à un autre, créer des relations, des communautés, des discussions, des nouveaux marchés, se regrouper par delà les terres, tout autour du monde.

D’une part, leur pouvoir se renforce, leur savoir augmente, leur liberté augmente, leur communauté augmente, se multiplie, se diversifie et s’unifie, la libération est à portée de main ; d’autre part, l’exploitant a peur pour son bien : ses vaches si pratiques à terroriser et à exploiter, peuvent lui filer entre les doigts.

Internet est la clé pour apporter au monde non pas une société dérégulée, désorganisée, illégale, mais une société régulée, organisée, et régie, par les gens, et non plus par cette tête privée / publique — financière / gouvernementale, qui est devenue notre ennemie parce qu’elle a choisi de briser tout lien d’amitié avec nous pour ne plus conserver que le lien vertical et unidirectionnel d’exploitation et de pompage indifférent à nos besoins et à nos vies.

Il est donc crucial que nous nous battions pour qu’internet ne devienne pas seulement un miroir dématérialisé du même monde que le monde physique, mais puisse porter au réel ses promesses de communauté globale non plus bi-polaire, eux contre nous, mais multipolaire ou pour le dire ainsi, infinipolaire : autant de pôles qu’il y a de personnes, de groupes, de points et de tissus, certains prenant plus d’ampleur ou de grosseur que d’autres, mais non pas une grosseur verticale : une grosseur de maille, une grosseur de boule au sein d’un réseau, de carrefour, la grosseur d’une grande gare dans un réseau ferré, celle d’une concentration de chemins plutôt que d’une rétention de pouvoir. Non pas grimper dans les échelons verticaux de la société, non pas augmenter le nombre de personnes sur lesquelles nos actions influent en se plaçant au-dessus de leur tête, mais multiplier à l’horizontale les réseaux de sa gare, l’étendue de ses rails, la variété de ses chemins, les villes où elle mène, les pays qu’elle dessert, les zones qu’elle relie, les perspectives qu’elle ouvre.

Abandonnez ceux qui vous abandonnent.
Séparez-vous de ce qui vous tue.
Déplacez-vous de ce qui vous vole.
Soyez indépendant, autonome, faites votre maison, créez votre gare, votre grande et belle gare de relations, amicales, économiques, amoureuses, cognitives, créatives, humaines ; non pas votre pouvoir contre, au détriment de, mais votre force pour et avec, et votre joie pour, et avec.

Pour et avec les autres. Pour et avec vous.

Avec nous.