Comment stimuler l’innovation en FinTech | Lydie, Resp. Innovation @Finfrog, ex-CTO @Lemonway

Ignition Program
Aug 27 · 8 min read

Aujourd’hui, petite interview avec Lydie, Responsable Innovation chez Finfrog, et ex-CTO de Lemon Way. Passée par l’ESME Sudria et spé informatique en finance, elle est rentrée chez Lemon Way au moment où l’équipe tech comptait deux stagiaires, elle incluse. Elle a grandi avec la FinTech, passant à des postes d’Ingénieur, Lead Tech, Responsable IT puis CTO. Elle est partie quand la boîte comptait 80 personnes, pour rejoindre Finfrog en tant que Responsable Innovation. Aujourd’hui, elle nous livre ses conseils !

Alors déjà, replaçons les choses dans leur contexte, on va parler FinTech. Que sont Lemon Way et Finfrog, et pourquoi as-tu décidé d’aller chez la seconde ?

Lemon Way est une solution technique financière, un établissement de paiement agréé. On fonctionne en marque blanche, nos clients utilisent nos solutions pour réaliser des opérations financières en ligne (paiement, trading, crowdfunding, etc.). Au début, on vendait du mobile banking à des banques. Puis on est passé à du paiement peer-to-peer, puis des services B2B une fois qu’on avait l’agrément.

J’ai eu l’occasion de découvrir pas mal de branches de la FinTech mais jamais le crédit. Or ça m’attirait ; je suis donc partie chez Finfrog pour découvrir un secteur plus B2C et une aventure technique plus jeune, au travers d’une solution de crédit. C’est ce que fait Finfrog : des microcrédits express en ligne.

Tu es maintenant Responsable Innovation chez Finfrog. À quoi ça sert, une Responsable Innovation ? Une startup n’est-elle pas déjà innovante par nature ?

Pour continuer d’être innovants, on a besoin de personnes chargées de l’innovation ! La startup va avoir la super idée de départ ; mais pour être en avance sur tout le monde, il faut toujours continuer d’innover. Surtout dans la FinTech où la compétition est rude ! Les plus gros acteurs du prêt utilisent toujours des questionnaires papier, on a cette longueur d’avance du 100% en ligne. Mais qu’en sera-t-il demain ?

En effet, même en se limitant aux prêts, on se rend compte que le secteur bouge beaucoup.

Après, chez Finfrog, nous ne sommes que 9 (+ quelques freelances, fournisseurs, etc.). Pour l’instant, peu de missions sont directement dévolues à ma casquette de Responsable Innovation. Il s’agit surtout de mettre Finfrog sur les bons rails. Par exemple, j’aide parfois au pilotage de projets marketing. Mais ma casquette de Responsable Innovation me fait prendre en particulier des projets techniques, notamment l’utilisation du Machine Learning dans notre activité.

À terme, mon travail de Responsable Innovation sera de :

  • Gérer les nouveaux projets (CT / LT) de l’idée à la mise en prod
  • Chercher les nouveaux partenaires
  • Optimiser notre façon de faire des transactions financières
  • Tout en étant garante du respect des nouvelles régulations (à prévoir en avance !)

Et quand tu parles des nouveaux projets innovants que tu gères, je suppose qu’il faut prioriser ? C’est quoi, ta recette magique ?

Normalement, je devrais prioriser sur base de l’impact et la facilité de mise en place. Avant j’utilisais des scores que je mettais moi-même, mais maintenant je n’ai plus le luxe de faire ça. En fait, en FinTech, surtout côté B2C, tu te rends compte que les quick wins l’emportent très facilement. Le B2C, c’est très réactif, et la très forte concurrence accentue ça : le premier arrivé l’emporte.

Attention, quand je dis ‘quick wins’, il s’agit quand même de projets impliquant 2 à 3 personnes de la boîte (côté tech) pendant un à deux jours.

Il peut quand même arriver que des projets doivent être menés sur du plus long-terme et là c’est mon rôle d’en prendre la charge et de vérifier que tout pourra avancer. Ça arrive dans deux cas :

  • quand un projet implique des partenaires (le temps de réaction entraîne forcément des délais supérieurs)
  • quand le projet concerne un changement majeur dans les régulations et qu’il faut anticiper la loi qui arrivera dans X mois pour sortir ‘minute + 1’ une feature majeure.

Ci-dessus, le plan d’action de la commission européenne quant aux FinTech. Ce n’est qu’une partie des changements de régulation qu’il faut anticiper.

Comment tu embarques le reste de l’équipe dans tes innovations ?

Ce ne sont pas mes innovations ! Tout le monde m’envoie ses idées, puis je fais ma recherche (légale, règlementaire, technique) et je classe.

Chez Finfrog, c’est facile. L’équipe est super technophile et les projets passent comme une lettre à la poste.

Pour communiquer, c’est facile, en petite équipe on a des points tous ensemble. Mais aussi des points hebdos avec tout le monde. Ce qui me permet toujours d’aller chercher les bons interlocuteurs pour faire avancer les projets.

Point important : il faut penser à investir tout le monde assez tôt. Quand je commence des trucs dans mon coin et que j’amène un projet déjà trop dégrossi au reste de l’équipe, il arrive que je me frotte à quelques freins.

Et chez Lemon Way, comment tu embarquais le reste de l’équipe ?

Alors attention, dans une boîte qui compte 80 personnes dont 15 techs, le format était assez différent.

Il n’y avait pas de responsable innovation, puisque l’innovation était surtout contrôlée par la demande client et les changements de régulation.

Alors que j’étais CTO, c’était finalement des respos techniques de mon équipe qui prenaient en charge les problématiques techniques. Moi j’étais au contact des clients, de nos partenaires et je prenais leur feedback.

Tout a bien marché, je m’assurais que l’ensemble de mon équipe puisse grandir. Mais le tout se faisait dans une organisation assez top bottom qui nous permettait d’avancer à grand pas sur nos problématiques techniques.

Après, les aspirations et les affinités de chacun étaient respectées. On a notamment répondu aux envies managériales. Puis tout était fait, c’est le plus important, en totale transparence. Il arrivait que l’un des techs soit en désaccord avec un projet en cours. Il n’y avait aucun souci pour prendre du temps et lui expliquer les critères de décision (coût de développement vs gains, faisabilité qui dépend de tel ou tel fournisseur…) La seule source de frustration, c’est quand l’information circule mal, mais sinon tout va !

Mais c’est quand même ce qui nous a permis de tourner à un déploiement majeur par semaine.

Comment as-tu organisé ton équipe tech pour aller à ce rythme ?

Assez simplement. L’équipe comportait deux teams, bossant chacune sur des projets qui ne se recoupaient pas, et dont la composition tournait. Il y avait une redondance dans les savoirs, de sorte à éviter qu’un tech particulier ne soit absolument vital.

Chaque team fonctionnait par sprint de 2 semaines et implémentait les features que j’avais planifiées. Je définissais les objectifs techniques dont chacun était owner. Bien sûr, il était possible, sur 2 semaines, d’avoir plusieurs features. Ou au contraire de découper une feature trop grosse en sous-features réparties sur plusieurs sprints.

Le tout semble fixe mais tout le monde tournait.

Chaque semaine, un tech différent était responsable de la partie support technique, en interlocuteur privilégié avec le reste de la team. Et ce système très simple leur permettait de tourner sur le produit. Et permettait à chacun d’avoir du contact avec les autres équipes métiers, tout en tentant de respecter les affinités.

Et quid de la culture d’entreprise ? Tu cherches à inculquer une culture de l’innovation ? Tu concentres ton recrutement sur les technophiles et les aficionados de l’innovation ?

Transmettre une culture de l’innovation, c’est très difficile, je ne crois même pas que ce soit quelque chose que tu puisses transmettre. Si une personne vient me poser une question, je vais l’inciter à chercher par elle même, je pense que ça commence par là.

Quant au recrutement, non, je n’ai pas envie de créer un entre-nous de technophiles. Surtout que le non-technophile va réussir à voir des trucs qu’on ne voit pas. Il est un peu comme nos clients, et va remarquer des problèmes sur nos produits. Je dirais que la technophilie doit faire partie de la culture d’une FinTech, mais n’est pas cruciale pour le recrutement.

Du coup, deux clusters ont tendance à se former quand la boîte grossit : les technophiles et les non-technophiles. Mais il faut essayer de garder un tout : j’aime avoir des membranes perméables entre les différents services. Adopter une organisation où les techs vont souvent voir le reste des équipes métiers (rotations au support) et favoriser les moments de vie commune sont les deux clés.

C’est dingue, ce que tu as mis en place est déroutant de simplicité. C’est quoi ta recette magique pour impulser de l’innovation ? C’est spécifique à la FinTech ?

L’élément clé, c’est d’aimer ton sujet. Pour être innovant il faut être proactif, et on n’est pas proactif quand on n’aime pas ce qu’on fait.

En deuxième position, il faut avoir accès à l’information (c’est particulièrement vrai dans la FinTech). Ça demande d’écouter les news et d’avoir un bon réseau de partenaires, et plein de contacts. Oser aller rencontrer les gens dans le secteur.

Après, il y a deux choses :

  • Le rapport à l’équipe. Il s’agit de faire grandir et participer tout le monde, et les inputs de la team tech sont extrêmement précieux. Donc il ne faut pas hésiter à expliquer les choix de priorisation, et avoir à tout moment une posture d’écoute.
  • La posture personnelle. Pour être bon dans ce que tu fais (et dans n’importe quel poste, pas seulement en tant que CTO ou Responsable Innovation), n’hésite pas à tester et à mettre les mains dans le cambouis. Il faut pousser ton expérimentation (tester les APIs des éventuels fournisseurs par exemple) au maximum avant de lancer les devs dedans, surtout dans un contexte d’équipe réduite. Assure-toi de comprendre un max les mécanismes, les acteurs, les inputs/outputs, et cherche la petite bête sur tous les sujets pour trouver des hacks.

Enfin, il faut créer un contexte propice à l’innovation, un contexte où l’information circule. Un contexte de transparence. D’ailleurs, j’utilise Trello et j’ai tendance à tout noter. C’est top car très transparent. Puis c’est important, on parle à des tas de gens en changeant toujours de sujet, on ne peut pas avancer sans noter et s’organiser.


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