Scientifiques de tous les pays…

D’après Bourdieu, le champ universitaire est tiraillé entre un pôle mondain (à ma droite), et un pôle scientifique (à ma gauche, mais pas trop). Soit, pour faire court et dans les limites strictes de ma compréhension du truc, un pôle qui puise sa légitimé dans le champ du pouvoir, temporel et politique ; et un autre qui va chercher la sienne dans l’ordre scientifique et intellectuel. Légitimation externe pour le premier, interne pour le second (ou mieux encore : hétéronome pour le premier et autonome pour le second). Ça veut dire quoi ? Qu’il y a des gens qui s’installent, progressent, sont promus, grâce à leur carnet d’adresse et leur entregent (et pas leur entrejambe, ce qui aurait au moins le mérite d’être rigolo) et que ces gens-là ont une nette tendance à l’auto-perpétuation de leur espèce ; tandis que d’autres bossent, enseignent, cherchent, administrent parfois, et ne doivent leur salut qu’à la notoriété scientifique ou académique qu’ils sont capables d’accumuler — ceux-là n’ont pas toujours les moyens de perpétuer leur espèce. Il y a ceux pour qui la science et l’université ne sont qu’un moyen de se frotter aux « forts » et aux « décideurs » et ceux pour qui la science est une discipline de l’esprit et l’université une structure sociale qui permet de faire, fût-ce modestement, progresser la première. Je sociologise à coup de marteau, je sais.

Chacun dans son corps de métier ou dans le champ professionnel au sein duquel il évolue peut faire une distinction similaire entre un pôle « mondain » (appelez-le comme vous voulez) et un pôle « scientifique » (idem). Je ne soliloque pas, j’universalise, mesdames, messieurs !

Le problème, c’est que les « mondains », par propension profonde autant que par fonction socialement qualifiée, sont enclins à occuper les postes à haute plus-value d’image et de capitale social et que les « scientifiques » sont enclins à s’en foutre. L’entregent et le suçage de queues sont des boulots à temps plein ; si vous faites de la science, c’est-à-dire : si vous la produisez, la disséminez, l’administrez, la valorisez, il ne vous reste que peu de temps à accorder à ces conneries qui n’ont, au surplus, que peu de chances de vous intéresser. En gros, les « scientifiques » permettent aux « mondains », qui les gonflent à longueur de semaine, précisons-le, de se vanter de faire le même métier qu’eux le dimanche midi à l’heure de la tarte aux pommes. Ce faisant, ils laissent les « mondains » faire les « mondains » et imposer à toute la communauté leur vision mondaine du champ universitaire. Les « scientifiques » travaillent, par passion, par incompétence ou par pusillanimité, au fond, on s’en fout, à déposer le vernis symbolique sur l’ongle du « mondain », qui peut alors le frotter au revers de sa veste, lors d’une séance de mondanité dominicale, censément plus noble puisque non-rémunérée.

Que faire ? S’approprier les moyens de production, de dissémination, d’administration et de valorisation de la science ! Désigner, par le vote ou le tirage au sort, peu importe, mais en respectant scrupuleusement la rotation « révolutionnaire » des tâches, des responsables temporaires chargés de se coltiner les corvées collectives ; former des conseils où les décisions sont prises collégialement ; mutualiser les forces et les crédits ; partager les peines et les faiblesses. Imposer une vision « scientifique » de l’université. Et niquer les « mondains », si le coeur et les hormones vous en disent.

Scientifiques de tous les pays, unissez-vous !

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