Pourquoi les millenials ont plus de casquettes que le Prince de Bel Air ?

Il est 8h30 du matin, Benjamin débarque à la fac, il baille et s’étire. Courte nuit ? Pas qu’un peu : il a sacrifié quelques heures de sommeil pour coder en freelance pour un client. Etudiant le jour, développeur la nuit, cette scène pourrait sortir tout droit d’un épisode de Mr Robot.
Mais elle n’est ni fictionnelle, ni réservée aux geeks de ce monde. Elle est aussi probable que d’attraper un Roucool en route pour le boulot, voire même de croiser un vrai pigeon. Si tu n’as jamais donné de cours de géométrie à un collégien, tu as peut-être dessiné le logo de la marque de t-shirt de ton meilleur ami, ou filé un coup de main pour le déménagement de ta soeur.
En d’autres termes, si tu as 20 ans et quelques, ta vie active a commencé il y a quelques années. Etudiant/graphiste/développeur/baby-sitter : les millenials ont plus de casquettes que le Prince de Bel Air. Bien que ces êtres du bug de l’internet n’aient pas inventé le petit boulot, ils en ont fait la marque de fabrique d’une génération. Pourquoi ?

Sans conteste, cette multiplication des gagne-pains est une réponse aux ceintures qui se resserrent — après tout, la crise a mangé tous nos Pépitos.
L’argent et la sécurité de l’emploi restent sur les deux premières marches du podium des préoccupations. Il n’y a pas de mystère : si donner des cours particuliers est le graal du petit boulot, le ratio salaire / heure de travail y est pour beaucoup.
Le petit boulot offre bien plus que de l’argent : c’est un dopant pour individu en soif d’expérience.
Cependant, on ne peut pas attribuer la popularité grandissante du statut d’auto-entrepreneur au seul besoin alimentaire. Le nombre de millenials ouverts aux nouveaux modes de travail de type freelance et petits boulots ne fait qu’augmenter. Le statut d’auto-entrepreneur est #trending.

Les prédicateurs de la mort de l’emploi traditionnel peuvent ranger leurs boules de cristal.
Il faut chercher autre part les motivations derrière le “side job”, d’autant que le besoin d’arrondir les fins de mois existe depuis bien longtemps. Les petits boulots sont des sortes de projets personnels : qu’il s’agisse de faire hôte dans un pop-up store ou de tricoter des bonnets en laine de yak, ils ont cela de particulier qu’il sont justement personnels.
Gagnant-gagnant, le petit boulot c’est le gros lot qui répond aux besoins financiers et au désir d’apprendre.
Mieux que « petit boulot » ou « intérim » le mot « projet » éclaire notre lanterne — de la même manière que le terme “freelance” en anglais.
Benjamin fait des nuits blanches pour se payer FIFA 2027 ou sa chambre de bonne (à un prix évidemment raisonnable), certes. Il n’en reste pas moins qu’il a pris l’initiative de ce job. Il s’est projeté dedans, il s’est lancé.
Il fait ces nuits blanches parce qu’il peut, parce qu’il a appris à coder. Surtout parce que coder un site n’a rien à voir avec le cours de macroéconomie qu’il s’apprête à suivre au moment où il rentre à la fac en baillant. Le petit boulot offre bien plus que de l’argent : c’est un dopant pour individu en soif d’expérience.

Pour les millenials, l’argent est un facteur nécessaire mais pas suffisant : une vaste majorité d’entre eux — d’entre nous — est même prête à dépenser de l’argent ou du temps pour se former davantage. Gagnant-gagnant, le petit boulot c’est le gros lot qui répond aux besoins financiers et au désir d’apprendre.

Mieux qu’un simple remède contre l’ennui, le fait même d’entreprendre une activité additionnelle est la clef de ce que nos amis outre-atlantique appellent l’empowerment.
C’est d’ailleurs peut-être à cet instant précis que se manifeste le mieux l’esprit entrepreneurial. Pas seulement autour d’une table de ping-pong du Silicon Sentier où le prochain réseau social en réalité-augmentée-virtuelle-hyperréaliste est en train de naitre, dans un tube à essai.

Le fait de pouvoir s’accomplir sur plusieurs fronts répond au paradoxe qui frustre notre génération : nous avons grandi bercés par la comptine « travaille bien et tu pourras faire ce que tu veux » mais personnellement, le refrain est vite devenu « filière littéraire ? filière chômage plutôt». Loin de moi l’idée de m’apitoyer sur mon sort, mais à 16 ans, j’aurais préféré rester avec la version « I believe I can fly ».
Vos parents ne vous ont pas menti, ils n’avaient juste pas prévu que « faire ce que tu veux » pouvait prendre la forme d’un petit boulot.
De fait, que se passe-t-il quand le modèle de la méritocratie s’écrase contre la réalité du marché, telle une mouette sur baie vitrée? Des tensions pour le moins — pas besoin de vous faire un résumé de tous les JT de cette année — mais aussi un come-back de R-Kelly qui lui aussi aime porter la casquette, et pas qu’une seule (je vous conseille son film-opéra sur Youtube qualité actors studio).
Vos parents ne vous ont pas menti, ils n’avaient juste pas prévu que « faire ce que tu veux » pouvait prendre la forme d’un petit boulot. Gagner sa vie reste et sera toujours une priorité. L’idéal est de le faire avec un emploi passionnant.
Mais dans le cas contraire, une activité complémentaire permet de se donner un coup de fouet, de donner un sens à sa semaine, voire même de s’épanouir au point de prendre son envol en hover board pour atteindre le — ou les — job(s) de ses rêves.

Ca te parle et tu recherches un “side job” pour la rentrée, viens par ici pour rejoindre Camille, Baptiste et les autres dans la communauté des Siders.