Je suis prêtre et ingénieur informatique, voici mon expérience de reconversion professionnelle

Je travaille actuellement comme développeur full stack à GuesttoGuest.

Je m’appelle Aimé et je suis originaire du Burkina Faso. Je suis prêtre de l’Eglise Catholique, et je suis aussi ingénieur informatique. J’aimerais partager avec vous ma petite expérience de reconverti et d’ancien chercheur d’emploi.

Patience, confiance et persévérance

De prime abord, je dirai que lorsqu’on est en reconversion et en recherche d’emploi, il est nécessaire de s’armer à la fois de patience, de confiance en soi et de persévérance. (Cela ressemble un peu à un sermon d’église, c’est mon côté prêtre...) Je m’explique : il est bien vrai que l’expérience diffère, selon les personnes, les domaines de compétences, et bien d’autres choses, et on ne peut pas niveler tous les cas ; mais, quelle que soit la situation particulière de chacun, force est de reconnaître que face à l’aventure de la reconversion, nous faisons tous face à des appréhensions, des doutes et des interrogations, des peurs face à l’inconnu et l’incertain : la peur d’assumer un nouveau commencement, avec ses exigences, telle que l’adaptation aux nouveaux environnements, l’appréhension de l’échec, le doute face aux défis qui se présentent… toutes choses qui peuvent constituer très vite un terreau favorable aux grands découragements et aux fortes tentations d’abandonner, de baisser les bras…

Mon aventure à moi, qui a conduit mes pas jusqu’ici, a commencé par une passion pour l’informatique. Après un cursus en Mathématiques à l’Université de Ouagadougou, j’ai intégré le Grand Séminaire en vue de la formation au sacerdoce. Après un cursus de sept ans en philosophie et en théologie, j’ai été ordonné prêtre en 2007 ; et, selon mon désir d’exercer mon ministère presbytéral tout en étant dans le monde de l’emploi, j’ai intégré le milieu professionnel de l’enseignement. Pendant cinq ans, j’ai dispensé des cours de mathématiques et de physique dans un Lycée d’enseignement catholique. J’étais également Directeur des études et responsable du domaine informatique de l’établissement.

Ma passion pour l’informatique, et spécialement pour le développement, est née dans ce contexte-là. En tant que responsable informatique et chargé des programmes d’enseignement, j’ai été amené à mettre sur pied des outils pratiques de gestion (avec les moyens de bord : Access, Excel..), et j’avais constamment des sollicitations diverses dans ce sens (lors des examens de BEPC et BAC en fin d’année par exemple). J’y ai pris goût bien sûr, et très vite j’ai été passionné par ce métier d’informaticien ; et, du même coup, j’ai senti la nécessité d’avoir une qualification adéquate, qui me permette de me reconvertir et de me consacrer totalement à ce nouveau métier.

Suivre sa passion

Il a fallu reprendre les études. D’aucuns me disaient que c’était de la folie. Je savais bien que, passé un certain âge, ce ne serait pas évident ; mais ce n’était pas impossible. Il y avait des contraintes, des défis à relever : la réussite scolaire et l’obtention de la qualification quoi qu’il en coûte, l’intégration et l’adaptation à ce nouvel environnement, en assumant pleinement son choix de la réorientation.

En tout cas, la providence ou le concours des circonstances a conduit mes pas à Limoges ; et de septembre 2012 à novembre 2015 j’ai suivi un cursus de formation d’ingénieur, qui s’est terminé avec l’obtention de mon diplôme. Il est vrai que, côté technique, mon cursus mathématique a été une bonne base, pour le succès scolaire. Mais de façon générale, tout mon parcours et mon expérience passée ont constitué et constituent encore un support important dans cette aventure : que ce soit la capacité d’ouverture et d’adaptation, les approches méthodologiques, la détermination dans le travail, le sens de la responsabilité, la conscience professionnelle… tout cela c’est en fait mon expérience passée, mes formations… C’est important de noter ce fait parce que bien souvent, on se demande comment notre expérience passée pourrait être valorisée, ou si elle apportait vraiment quelque chose dans notre aventure présente. On ne se rend pas forcément compte sur le coup, mais en fait rien n’est vraiment perdu… c’est en tout cas ma conviction…

Je souligne au passage qu’en tant que prêtre, pendant mes études, j’ai été accueilli par l’Evêque de Limoges, et intégré à son presbyterium. J’exerçais mon ministère sacerdotal essentiellement les week-ends. A la fin de mes études, j’ai exprimé ma volonté de poursuivre mon expérience en France, en tant que prêtre engagé dans le milieu professionnel.

“Il est vrai que l’image du prêtre à la recherche d’un emploi est chose pour la moins inhabituelle, sinon curieuse…”

Oser sortir des cases prédéfinies

Bien entendu, il fallait trouver du travail. Et je savais bien là aussi, que ça n’allait pas être une balade de santé, puisque j’avais rencontré beaucoup de difficultés, déjà pour trouver les stages pendant ma formation. Avec la même détermination, il fallait persévérer : espérer souvent contre toute espérance, avoir le courage de continuer après plusieurs vaines tentatives, après tant de refus, et tant d’autres encore….

Les domaines sont variés et les situations personnelles ne sont pas les mêmes : en ce qui me concerne, je sais que mon âge avancé n’a pas tout le temps joué en ma faveur. Et il est vrai aussi que l’image du prêtre à la recherche d’un emploi est chose pour la moins inhabituelle, sinon curieuse… En tout cas ce n’est pas très évident de rencontrer des esprits ouverts dans le monde de la recherche d’emploi ; j’ai eu très souvent l’impression qu’on enfermait facilement les gens dans des catégories et des schémas prédéfinis: un petit exemple parmi tant d’autres ; le cliché de l’âge : dans le monde la recherche d’emploi, la fougue de la jeunesse rime facilement avec ambition, motivation, créativité. A 40 ans, si tu veux débuter une nouvelle carrière dans un nouveau domaine, il y a de fortes chances qu’on émette des doutes (justifiés ou non) sur tes ambitions, ta motivation, et sur tes capacité à être créatif, dynamique ou réactif….

Toujours est-il qu’il y a eu de grands moments de doutes, que ce soit pendant les études ou pendant la recherche de travail ; des moments où je me demandais si c’était la peine de continuer, si j’aurais la force de continuer. Mais c’est aussi des moments où l’on considère le chemin déjà parcouru, les sacrifices déjà consentis, l’objectif à atteindre, pour repartir d’un bon pied ; soutenus par les encouragements de l’entourage.

Et à force de persévérance…

J’ai rencontré l’équipe de GuesttoGuest au mois d’août passé et elle m’a donné ma chance. En considérant la façon dont j’ai été accueilli et intégré dans l’équipe, en considérant les valeurs qui y sont promues (des valeurs cardinales telles que la confiance, l’hospitalité, la bienveillance, la liberté…, tout ce qui résume en fait l’esprit d’ouverture vécu dans l’entreprise), en considérant tout cela , j’ai mené la réflexion suivante: l’épreuve de la patience et de la persévérance me réservait ce qu’il y avait de meilleur pour moi, ce qui correspondait le mieux à mes aspirations personnelles. Et j’ai pensé aux orpailleurs de mon pays qui passent des heures et des heures à retourner, sans se décourager, des tonnes de terres, pour trouver la pépite.

Cela fait bientôt 6 mois que je suis à GuesttoGuest. J’ai été très bien intégré à toute l’équipe, et plus particulièrement à l’équipe des développeurs. C’est une équipe de jeunes très dynamiques, et surtout très ouverts d’esprits, toujours disponibles et accueillants ; ce qui m’a aidé beaucoup pour mon intégration. J’ai pris pleinement ma place au sein de l’équipe en tant que développeur junior, et je l’assume avec beaucoup de joie et de sérénité. J’aime bien les valeurs défendues et vécues dans l’entreprise, j’aime bien ces moments de convivialité et d’hilarité où on se lance des fléchettes avec les nerfs… j’aime en un mot l’esprit du vivre ensemble familial que tous essaient de promouvoir au jour le jour.

Pour terminer, je reprendrai tout simplement mon exhortation du début ; ce n’est pas une recette miracle ; dans le domaine il n’y en a pas. Chaque parcours et chaque aventure restent uniques. Mais j’estime qu’en tant qu’aventure humaine dans laquelle on se construit continuellement, on ne peut la réussir qu’en conjuguant confiance en soi, persévérance et courage.

Le parcours d’Aimé a été initialement présenté lors de l’événement Place à l’Emploi qui s’est tenu le vendredi 2 décembre 2016 dans les locaux de GuesttoGuest.