Cécile Maisonneuve : “J’opterais pour une présidence de… métropole !”

Mercredi 30 novembre, à l’invitation de l’Institut de l’entreprise, 12 intervenants de la société civile se sont rêvés l’espace d’un instant dans la peau du prochain Président de la République. Cécile Maisonneuve, présidente du think tank La Fabrique de la Cité, s’est, elle, plutôt rêvée présidente de Métropole. Pourquoi ? Nous vous proposons de revivre son discours pour le découvrir.

Elles sont treize, rassemblent 40% des Français, réalisent la moitié du PIB et connaissent une dynamique économique forte.

Elles ? Ce sont les douze métropoles françaises et l’agglomération parisienne.

Elles ? Ce sont des centres et des vecteurs de diffusion de la richesse sur l’ensemble du territoire parce qu’elles concentrent infrastructures performantes, entreprises dynamiques et innovantes, plateformes de recherche et d’enseignement supérieur, et des services publics performants.

Ces métropoles sont notre chance, des portes ouvertes sur l’Europe et le monde.

Elles attirent les talents.

Pourquoi croyez-vous que nous sommes en train de construire un second monde urbain, qu’entre 2000 et 2050, nous aurons ajouté 3 milliards d’êtres humains aux 3 milliards que comptait notre planète à l’orée du siècle ? Parce que se rassembler, venir habiter dans une ville dense, c’est faire circuler des idées. Et faire circuler des idées, c’est susciter l’innovation.

C’est une bonne nouvelle parce que c’est dans les métropoles que se concentrent aussi tous les défis de notre siècle : l’inclusion sociale, la croissance, la lutte contre le changement climatique.

Alors, oui, nos métropoles sont des territoires de défis, mais elles sont tout autant des territoires de solutions.

Pour une raison très simple : elles représentent l’échelle idéale d’expérimentation des innovations qu’elles suscitent.

Créer, tester, apprendre, échouer, réessayer, réussir, développer, essaimer : c’est ça, la dynamique de croissance et d’innovation des métropoles.

C’est pourquoi si j’étais présidente, je serais présidente d’une métropole.

Et le domaine prioritaire dans lequel je mettrais à l’œuvre ce couple innovation / expérimentation, c’est celui du véhicule autonome.

Pourquoi ?

Pourquoi ce focus sur ce qui peut n’apparaître que comme une innovation technologique parmi d’autres dans une époque qui fourmille de tant de nouveautés ?

Parce que le véhicule autonome, c’est la chronique annoncée d’une révolution.

Une révolution de la mobilité bien sûr mais pas seulement : une révolution de l’aménagement de nos villes, une révolution urbaine. Car il ne s’agit pas de remplacer nos véhicules individuels par leur version autonome.

Surtout pas : cela ne règlera rien à la congestion urbaine, rien à l’inefficience d’un modèle économique qui veut que nous utilisions nos véhicules 5% du temps pour les laisser immobiles les 95% restants.

Et nous, habitants des grandes métropoles et des villes les plus denses en France, nous continuerons de perdre entre 35 et 45 heures chaque année dans les embouteillages.

Non, la vraie révolution qui doit accompagner cette innovation technologique est une révolution des usages et cette révolution, c’est aux métropoles de la mener.

Imaginez :

Vous, présidentes, présidents d’une métropole, vous décidez de créer un service public de mobilité avec des flottes de véhicules autonomes.
  • Celles-ci sont composées de petits véhicules collectifs, de 6 à 8 personnes maximum, qui transportent les habitants du territoire de point à point.
  • Avec une application, on réserve sa place dans le véhicule comme dans un train, un avion ou un bus.
  • 36 secondes plus tard en moyenne, selon les calculs des experts, un véhicule se présente à la porte de votre domicile.
  • Si vous le partagez, la course peut représenter, nous disent des études américaines, un demi dollar ; sinon, vous payez plus cher.
  • Et ce véhicule vous dépose à l’adresse exacte où vous souhaitez vous rendre, en ayant optimisé les trajets de chacun.

Ce service de transport est géré par des prestataires privés ou publics mais c’est vous, métropoles, qui suscitez, animez ces partenariats.

Ce service public de mobilité repose sur du big data, beaucoup de big data, mais c’est encore vous, métropoles, qui détenez la propriété et fixez les règles de partage, d’usage et de sécurité de la donnée, sans remettre les clés de la ville aux grandes plates-formes américaines.

Ces flottes de véhicules autonomes inversent le paradigme actuel : les véhicules roulent en permanence, sauf périodes de maintenance.

Comme le service est efficace, convivial, vous avez convaincu les habitants du territoire, de l’hypercentre urbain comme de la zone agricole, de réserver leur véhicule personnel aux déplacements longue distance, voire de passer à des systèmes de réservation de véhicules à la demande.

Le MIT ou l’université du Texas nous disent qu’avec ce système, ce sont entre 80 et 90% des voitures circulant actuellement en ville qui peuvent disparaître.

Et c’est là que le véhicule autonome devient l’outil non plus seulement d’une révolution de la mobilité mais celui d’une révolution urbaine.

Car cette diminution massive des véhicules en ville comme la disparition des places de stationnement et des parkings, cela signifie ni plus ni moins la libération tout aussi massive d’espaces fonciers dans la ville.

Le véhicule autonome, ce sont des chaussées plus étroites car il n’y a plus besoin de marges de sécurité. On y est déjà : Londres va construire le premier tunnel au gabarit du véhicule autonome : plus étroit donc moins cher.

Ces nouveaux espaces récupérés sur la chaussée, ce sont :

  • Autant d’opportunités de construire de nouveaux logements, sans parkings, donc moins chers et plus rapides à construire.
  • Autant d’opportunités d’y implanter de nouveaux commerces.
Bref, un véhicule autonome partagé, c’est une création de valeur économique nette pour la métropole et le territoire.

C’est aussi une promesse de création de valeur sociale : d’abord parce que, de la mobilité point à point, cela signifie désenclaver des quartiers.

Le service vient en bas de chez vous alors qu’aujourd’hui c’est à vous d’aller chercher ce service, parfois loin, dans les zones périurbaines.

Donc on va transformer de la mobilité physique en mobilité sociale.

Création de valeur sociale aussi, parce que plus de foncier disponible, c’est moins de pression foncière, c’est plus de logements accessibles, notamment pour les jeunes et les ménages modestes.

C’est aussi plus d’espaces publics, ces lieux d’incarnation du vivre-ensemble.

Et en bonus, si les métropoles déploient ces flottes de véhicule, c’est autant d’occasions d’accélérer l’électrification de la mobilité, qui reste le dernier grand territoire de conquête de l’électricité.

L’électrification de la mobilité est le dernier grand territoire de conquête de l’électricité.

C’est fondamental, à l’heure où l’Agence internationale de l’énergie nous dit qu’à politique constante, les énergies fossiles représenteront encore 74% du bouquet énergétique mondial en 2040, soit 8 petits points de moins qu’aujourd’hui.

Pour l’instant, l’avenir du véhicule autonome se joue à Pittsburgh, avec Uber. En tant que présidente d’une métropole française, je n’ai pas envie d’attendre que le ton soit donné par quelque métropole étrangère que ce soit.

Surtout quand mon pays dispose d’entreprises au premier rang mondial :

  • En matière de construction, de gestion d‘infrastructures de mobilité, d’aménagement de la voirie et de l’espace urbain comme VINCI
  • D’opérateurs de service public qui s’exportent dans le monde entier
  • D’ingénieurs hors pair en matière d’intelligence artificielle, d’algorithmie.

Et surtout de métropoles attractives où il fait bon vivre.

Alors si j’étais président d’une métropole…

Je vous dirais à vous, Monsieur le Président, que votre rôle, dans la France du XXIe siècle, c’est d’être un dirigeant européen écouté qui parvient à faire adopter, la création d’un fonds d’investissement public des métropoles européennes.

Je vous dirais aussi que l’heure est à la création, à pression fiscale égale voire moindre, de ressources propres pour que les métropoles assument leurs compétences en toute liberté.

Je vous demanderais ensuite d’être celui qui coordonne l’évolution du cadre juridique nécessaire à l’expérimentation puis au déploiement à grande échelle du véhicule autonome en matière d’assurances ou de sécurité.

Je vous suggérerais enfin que soient généralisées à toutes les métropoles les règles de gouvernance avant-gardistes définies pour la métropole de Lyon.

Et, forte de toutes ces avancées, je travaillerais avec les industriels, les start uppers, les data scientists, les urbanistes et les citadins pour que la métropole qui donne le la en matière de véhicule autonome, elle ne soit pas dans la Rustbelt américaine, mais en France.


Cécile Maisonneuve est présidente de la Fabrique de la Cité, un think tank dédié aux innovations urbaines, depuis 2015. Elle est également conseillère auprès du Centre Energie de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Normalienne, diplômée de Sciences Po Paris et détentrice d’un Master en Histoire à l’Université Paris-Sorbonne, Cécile Maisonneuve a collaboré avec le Center for Strategic and International Studies (CSIS) et la Fondation pour la Recherche Stratégique, et a occupé des fonctions liées à la prospective et aux affaires publiques internationales au sein du groupe Areva. Elle est membre du cercle des Econoclastes et de l’association VoxFemina, qui milite pour la promotion des femmes expertes dans les médias.

Discours prononcé le 30 novembre 2016 dans le cadre de la soirée “Si j’étais Président(e)” organisée par l’Institut de l’entreprise. Retrouvez l’interview vidéo de Cécile Maisonneuve, à la suite de son intervention, sur le site du Figaro.fr :


Lire la tribune de Cécile Maisonneuve “Favorisons l’essor des voitures autonomes dans les métropoles” dans Le Cercle/Les Echos

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