Comment résoudre la crise de l’Europe ? Par plus d’Europe

L’Europe est un de nos plus précieux acquis. Pourtant, nous avons oublié les avantages qu’elle nous procure : l’UE est un facteur de compétitivité et d’emploi, et c’est en ce sens qu’elle doit se renforcer. Pour construire une véritable Europe de l’offre, nous devons passer à la vitesse supérieure. La France doit en être un des moteurs.

Approfondir la construction européenne ? La proposition peut sembler iconoclaste dans le climat actuel. Mais quand on pose la question aux dirigeants d’entreprises, c’est bel et bien ce à quoi ils appellent résolument. L’avenir doit se construire autour d’une Europe moins naïve, plus efficace, plus volontaire. Une Union qui avance sur les notions de réciprocité, de pragmatisme en matière concurrentielle et commerciale, de protection — quand nécessaire — de ses produits et de ses normes.

Il s’agit pour cela de renforcer les piliers de l’UE que sont :

  • le marché unique,
  • l’euro,
  • la libre concurrence
  • et les négociations internationales,

afin de lui donner la force dont elle a besoin, et par là même développer un nouveau potentiel d’emploi et de croissance.

Nous croyons qu’une Europe forte, innovante, active, talentueuse et inclusive est possible. L’Europe est perfectible — et doit être améliorée pour réduire la fracture entre l’Europe des « initiés » et les peuples — mais l’Europe est une chance.

C’est cette conviction que souhaitent partager les dirigeants de grands groupes, mais aussi d’ETI (entreprises de tailles intermédiaires) provenant de différents secteurs, que nous avons rencontrés. Écoutons-les.

Oui, l’Europe ça marche !

Pour les entreprises, la concurrence sur le marché unique, la compétence commerciale de l’UE et l’euro sont de réels avantages. C’est, en creux, le cri d’alarme poussé par Nathalie Gal sur le plateau de France 2 face à Marine Le Pen :

« La sortie de l’euro est une mesure grave qui mettrait fin à ma société ».

Comme le rappelle Nicolas Poirot, vice-président Europe du Sud-ouest d’Air Liquide :

« L’atout premier de l’Europe, c’est la création de ce marché commun qui nous donne une taille critique au niveau mondial. Pour une entreprise européenne, pouvoir être présente dans les différents marchés de l’Europe est une force. »

Véritable « bac à sable de très haut niveau », l’Europe des entreprises est à maints égards une réussite et considérée comme un modèle à l’étranger.

Grâce au marché unique et à l’harmonisation législative, l’Europe permet aux start-up, aux PME et aux ETI de s’ouvrir à de nouveaux marchés étrangers sans avoir à s’adapter à une nouvelle régulation et de bénéficier d’une concurrence égale où qu’elles se trouvent.

Au sein de l’espace européen, l’euro est de son côté un gage de stabilité, de transparence des prix et de fluidité du marché des capitaux. Autant d’atouts qui offrent aux entreprises un environnement favorable à l’investissement en facilitant les mouvements de capitaux d’un pays de la zone euro à l’autre, mais aussi au travail entre entreprises européennes.

« Fort d’un langage commun que nous donna l’euro, nous avons été chercher 40% de notre activité hors de France, notamment par des acquisitions, puis nous avons spécialisé ces sites en profitant de la libre circulation entre eux, chacun contribuant à notre gamme », témoigne Elisabeth Ducottet dirigeant de la PME Thuasne (Les Echos, 22 mars 2017).

L’euro est en effet un avantage exceptionnel pour le développement de l’économie européenne.

Comme témoigne un chef d’entreprise industrielle, c’est autant de temps de gagné et de ressources employées à des actions concrètes :

« Avant la création de l’euro, nous devions dupliquer tous nos services dans toutes nos implantations, pour être prêts à déplacer telle ou telle activité vers tels ou tels sites, en fonction des flottements des politiques monétaires nationales ou des fluctuations des taux de change. Une partie de notre temps et de nos ressources était consacrée à l’optimisation au sein même de l’Europe. Aujourd’hui, la gestion des sites implantés sur le territoire européen n’est plus un sujet et nous pouvons nous concentrer sur le reste du monde. »

Ces économies d’échelle permettent d’atteindre une taille critique favorisée par « un marché qui n’est pas en forte croissance, mais qui a une forte demande de qualité [du fait des normes posées par la commission] », explique Nicolas Poirot.

« Cela permet aux entreprises d’investir dans la recherche et dans des domaines qui nous poussent à être encore meilleurs, et par conséquent être meilleurs en dehors de l’Europe. »

D’autant plus que l’Europe est compétente pour négocier les traités commerciaux à l’international. Et en cela son poids, un marché de 500 millions de consommateurs potentiels, est autrement supérieur que celui d’un seul État membre comme la France. Dans un monde de blocs, l’Union a la capacité d’influer sur le cours de la mondialisation et d’établir les normes qui sont un tremplin pour les entreprises européennes.

Pour surmonter la crise, la meilleure solution est la consolidation

Ces perspectives, que seule peut nous ouvrir une Europe forte, font face à une réalité qu’exploitent les eurosceptiques. Car, on ne peut le nier, la zone euro, par exemple, est en crise. Mais, il faut le rappeler, cela ne tient pas à l’existence de l’euro en tant que telle. En effet, elle présente une balance courante excédentaire de l’ordre de 3,7 % du PIB, quand les Etats-Unis ou le Royaume-Uni sont déficitaires (respectivement -2,7 % et -5,2 %). L’euro est viable, mais seulement si nous parachevons l’union économique et monétaire.

Depuis 2010, les marchés testent la solidité de l’engagement des Etats membres envers l’euro : sont-ils véritablement prêts à tout pour poursuivre leur intégration économique ? Tant qu’un doute subsistera, la zone euro connaîtra des crises successives.

Le coût d’une désintégration de la zone euro serait insupportable pour nos économies. Nous n’avons donc pas d’autre alternative que celle de renforcer davantage l’union économique et monétaire.

De la même manière, comme le souligne Yves-Thibault de Silguy, Vice-Président, administrateur référent du conseil d’administration de Vinci et Vice-Président du Medef international, si « l’Europe sociale telle qu’elle se dessine depuis le début de la construction de l’Union européenne est au bord de l’explosion du fait du problème des travailleurs détachés », c’est dans l’affirmation du projet européen lui-même que nous pourrons dépasser la crise.

Il nous faut donc, non seulement ne pas tourner le dos à l’Union, mais encore « prendre le risque de l’approfondissement », comme l’affirme Denis Kessler PDG de SCOR. Car, « il est beaucoup moins dangereux que celui de l’effritement et de la dislocation ».

L’Europe a besoin de la France comme la France a besoin de l’Europe

L’Europe, comme l’économie en général, est le parent pauvre de la campagne présidentielle française. Mais il est essentiel que les candidats et que l’opinion publique prennent la mesure des enjeux qui y sont liés. Si l’Europe traverse une crise existentielle certaine avec le Brexit et le désamour croissant des opinions nationales, elle reste notre meilleur tremplin dans la mondialisation, un espace de stabilité économique et politique précieux, gage de la prospérité future du continent.

Pour relancer la dynamique et consolider l’union des peuples et des économies, la feuille de route du prochain gouvernement français tient en quelques points essentiels :

· Approfondir la convergence, notamment fiscale ;

· Appliquer et faire respecter la réglementation sur le travail détaché ;

· Créer un grand marché de l’énergie ;

· Renforcer l’union bancaire et monétaire ;

· Adapter la politique de la concurrence aux enjeux du numérique notamment ;

· Faire converger les normes internationales sur le modèle européen pour permettre aux PME d’accéder aux marchés mondiaux ;

· Promouvoir l’innovation, notamment technologique et environnementale.

Pour cela, l’exécutif devra d’abord remettre la France sur la voie de la compétitivité, ce qui passe en premier lieu par la poursuite de l’assainissement des finances publiques. C’est le préalable à toute proposition de réforme de l’Union, sans lequel nous n’avons aucune chance de convaincre nos partenaires, notamment l’Allemagne et ceux qui ont fait des efforts considérables pour se relever de la crise.

Il faudra également occuper le terrain à Bruxelles pour peser sur les orientations stratégiques et dans les discussions et inciter l’Union européenne à se concentrer sur les enjeux clés que sont l’innovation, la convergence fiscale, la politique énergétique ou de défense, par exemple.

Et enfin, la France devra être à l’initiative de la définition de projets concrets, avec des résultats tangibles à court terme, à même de renouveler la confiance et l’envie des citoyens dans le projet européen et renforcer la compétitivité de l’économie européenne.

En effet, à l’heure où les nationalismes grondent, n’est-il pas temps de revenir à l’essence du rêve européen, d’en révéler les « avantages cachés » et de l’approfondir ? « Si l’Europe n’existait pas, nous l’inventerions », comme le souligne Loïc Armand, président de L’Oréal France. C’est le sens de la note « L’Europe que nous voulons », rapport d’un groupe de travail qu’il préside pour l’Institut de l’Entreprise. C’est le sens du discours tenu par les acteurs de la croissance française : la réponse à la crise que nous traversons se trouve dans l’Union économique, monétaire et politique de l’Europe.


Pour en savoir plus, la note L’Europe que nous voulons est disponible à l’adresse suivante :


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