© Garnier-Thiebaut

Vous aujourd’hui… vous demain ? (2)

En ces temps incertains, le R3iLab poursuit l’échange de réflexions collectées auprès des proches du réseau, afin de partager les (bonnes) énergies et tenter de se projeter… Toujours pour garder une longueur d’avance !

Après l’immense élan dont la filière textile a fait preuve en s’engageant dans la fabrication de masques – près de la moitié des entreprises de textile françaises mobilisées depuis le début de la crise –, nous avons souhaité poursuivre le partage de ces témoignages qui traduisent, en ces temps de reprise, l’urgence de l’action. Ils font aussi échos aux enjeux de recentrage de la production sur le local, le Made In, la créativité (faire différemment), des thèmes chers au réseau depuis les travaux menés dans le cadre de Scenarii 2020, puis Scenarii 2030. Ils rappellent enfin que l’heure est à l’anticipation. Elle est plus que jamais nécessaire pour préparer demain.

Xavier Brisoux

Basé à Lille, Xavier Brisoux est designer-styliste spécialisé dans la maille. Finaliste du 35ème Festival de mode de Hyères 2020, il est invité, avec Isabelle Soum, au salon Lille Art Up ! sur le stand du collectif Fiber Art Fever ! Grand Palais Lille du 11 au 14 février 2021.

Ce monde confiné nous a forcé à réfléchir. Cet arrêt brutal d’une grande partie de notre secteur a été un choc. Mais la situation me conforte dans certains choix que j’ai fait depuis quelques temps dans ma création, dans ma façon de vendre. Je pense que c’est une période qui nous pousse à nous remettre en question, à ramener — enfin ! — du sens dans nos activités. A-t-on besoin de produire autant ? Dans un monde en souffrance écologique, est-il nécessaire de créer deux, six, huit, vingt-quatre collections par an ? Cela fait-il sens de faire venir ses matières premières de l’autre bout du monde ?

Le confinement, qui a considérablement limité nos déplacements, pose aussi la question des showrooms et des salons classiques. Et si demain ces modèles qui nous aident à vendre n’étaient plus possibles ? La vente en ligne ne devrait pas être la seule solution… je pense qu’il faudrait pouvoir réinventer un système de vente à moyenne distance.

La situation accélère certains choix que j’avais pour ma part déjà initiés : ne présenter des collections que lorsqu’elles sont valides, solides, et qu’elles font sens, avec une fabrication plus locale, avec des matières traçables.

Le confinement, qui a considérablement limité nos déplacements, pose la question des showrooms et des salons classiques. Et si demain ces modèles qui nous aident à vendre n’étaient plus possibles ?

L’évidence que découvre cette crise, c’est le manque de capacité de production qu’il nous reste. Notre secteur industriel a été sinistré ; nous nous rendons compte que si nous devions compter uniquement sur notre tissu industriel, nos choix seraient très limités.

Je pense, en tout cas je l’espère, que la situation actuelle va aider demain à la relocalisation, mais cela nécessitera des investissements humains, pédagogiques et financiers. Certains métiers ont perdu leurs savoir-faire et il faudra reformer, faire évoluer les états d’esprit pour revaloriser certains métiers techniques.

Les modèles de demain devront être conçus à une échelle plus raisonnable géographiquement, sur des circuits plus courts. La production devra être plus rationnelle et plus proche des besoins réels en termes de quantité pour éviter les stocks et invendus inutiles.

Si nous voulons soutenir notre production locale, il faudra rééduquer sur la valeur des produits : le client doit comprendre qu’un t-shirt ne peut pas couter cinq euros. Le consommateur aura peut-être la possibilité d’acheter moins de produits, mais le système n’en serait que plus rationnel. Cette crise va selon moi accélérer les questionnements écologiques et étendre le principe des circuits courts.

Patrice Kretz

Patrice Kretz est PDG du groupe Chantelle, l’un des leaders mondiaux de la lingerie.

Il n’est pas facile de répondre à ces questions actuellement. Nous avons tous été sidérés de la vitesse à laquelle cette crise s’est propagée. En l’espace de moins de dix jours, la quasi-totalité de nos clients européens, nord-américains et moyen-orientaux ont fermé leurs magasins. De plus, ils ont quasiment tous décidé de suspendre leurs paiements auprès de leurs fournisseurs. Seuls les clients web ont continué à opérer, mais avec une baisse de leur activité dans le domaine de l’habillement. Cette situation est entrée depuis peu dans une phase de convalescence qui sera probablement assez longue.

Où en serons-nous dans un an ? Difficile de répondre également. Il y aura inévitablement des changements profonds qui affecteront notre façon de vivre avec un développement des contacts à distance, que ce soit professionnellement, personnellement ou dans la façon de faire du shopping. Cela favorisera certains circuits de distribution au détriment d’autres.

Nous allons donc voir une accélération des mutations engagés avec la disparition de certains acteurs du retail qui étaient déjà en situation de faiblesse. Nous constatons, d’ailleurs, plusieurs dépôts de bilan de chaînes de grands magasins ces derniers jours en Europe. J’imagine aussi que la frénésie de consommation du début des années 2000 va continuer à se calmer avec une recherche de marques qui apportent du sens et en qui les clients peuvent avoir confiance.

Nous allons donc voir une accélération des mutations engagés avec la disparition de certains acteurs du retail qui étaient déjà en situation de faiblesse.

Une entreprise comme la nôtre va continuer à être à l’écoute de tous ces changements pour essayer de bien répondre aux attentes de nos clients en leur proposant des produits de qualité et en partageant avec eux nos valeurs de transparence, de respect et de qualité dans ce que nous faisons. A court terme, nous répondons aux attentes des autorités et des clients en développant la production de masques protecteurs.

Charlotte Dereux

Charlotte Dereux est co-fondatrice de la marque de vêtement PATiNE.

Les petites marques engagées tremblent car elles n’ont pas toutes l’assise financière pour supporter des mois sans chiffre d’affaires. C’est vrai que c’est dur, et pourtant il me semble que malgré les difficultés ce sont celles qui vont tenir, car leurs communautés sont au combat pour les soutenir. Les clients veulent voir survivre les histoires auxquelles ils croient. Chez PATiNE on s’est dit très vite qu’on avait un peu la trouille, mais qu’on n’avait pas le droit d’avoir peur. Avoir peur pour nous-mêmes, ça ne se fait pas. Peur pour nos soignants. Peur pour nos grands-parents. Peur pour tous ces pays sans système de santé qui vous morfler 1000 fois davantage que nous. Penser aussi à tous ceux qui n’ont aucune activité en ligne, dont le resto, la boutique, le salon de coiffure, s’est arrêté net. Cette crise nous ramène les pieds sur terre (en chaussons, soit) : la relativité de ce qui est grave et ce qui ne l’est pas !

Les petites marques engagées n’ont pas toutes l’assise financière pour supporter des mois sans chiffre d’affaires. C’est dur, et pourtant, il me semble que malgré les difficultés ce sont celles qui vont tenir, car leurs communautés sont au combat pour les soutenir.

: 3 jours après le début du confinement, nous avons annoncé la mise en place d’un code simple, LATER, qui permet de se faire livrer post confinement. Une bonne façon d’alléger la charge des biens non essentiels sur les transporteurs, mais aussi de nous soutenir en anticipant des achats pour plus tard. On partage aussi sur Instagram nos convictions citoyennes, et de marque engagée, et on récolte autant de likes et plus de commentaires qu’avec une image de Sex in the city… ne sous-estimons jamais les gens, on est trop fières de cette base Instagram qui est à nos côtés, curieuse, enthousiaste et drôle ! Chaque actu produit proposée pendant le confinement est balancée par un acte de “give back”, comme sur nos vestes en jean par exemple, au profit du Secours Populaire. Et surtout, surtout, on essaie de rester créatifs. Shootings confinés, collages…Keep the smile, always.

L’innovation au service d’une mode responsable, locale, désirable ! Si vous vous réveillez vous aussi le matin avec @franceinter , vous avez peut-être, vous aussi, été tourneboulés (si si) par l’intervention du sociologue Bruno Latour. Il a exprimé avec une grande clarté pourquoi cette crise est l’occasion de décider chacun, puis ensemble, quel type d’activité nous voulons voir continuer et quel type d’activité doit disparaître après la crise. Il nous invite à devenir chacun des « interrupteurs efficaces de globalisation. ». À nous tous le défi génial de construire une société, des modes de production et de consommation qui puissent cohabiter harmonieusement avec la préservation de nos ressources naturelles. Nos activités doivent se dérouler en harmonie avec l’environnement dans lequel nous évoluons. C’est une ambition individuelle et collective géniale, et d’autant plus essentielle que la mode ne l’est justement pas. Alors comment faire une mode harmonieuse avec la nature ? Chez PATiNE, on voit mille nouvelles opportunités de faire encore plus « moins » !

: On brûle de faire un tour de France des industriels les plus innovants en matière de développement durable pour leur pitcher nos projets de nouveaux habits et créer des collaborations. En racontant cela sur le site car c’est eux qu’il faut mettre devant la lumière. Une marque sans ses partenaires n’est rien. Je pense qu’il va s’opérer un rééquilibrage des forces et plus de collaboration, on a hâte !

Une marque sans ses partenaires n’est rien. Je pense qu’il va s’opérer un rééquilibrage des forces et plus de collaboration, on a hâte !

Frédéric Ruyant

Frédéric Ruyant est designer et architecte. Il a collaboré, entre autres, avec Ligne Roset, Baccarat, Cinna, Tools galerie, ENO, Toulemonde Bochart… Il a a participé au programme Tech&Design piloté par le R3iLab.

Si le phénomène est aussi soudain qu’inattendu, il nous renvoie de plein fouet à notre extrême fragilité. À nous qui sommes capables de nous projeter dans un futur hypertechnologique aussi vertigineux que peut l’être la compréhension de la vie, eh bien c’est faire le constat de notre incapacité à vaincre une toute petite chose prise entre vivant et non vivant, transmise de l’animal à l’homme, et apparue soudainement de façon on ne peut plus local et se propageant à la vitesse de l’éclair.

Qu’un virus puisse faire vaciller la planète humaine entière dans toutes ses dimensions, sanitaires, sociales, économiques nous renvoie humblement à des époques antérieures où ces mêmes fléaux dévastateurs ont fait trembler nos ancêtres, il n’y a rien de nouveau sous le soleil et face à cela, nous n’avons pas progressé d’un iota.

Nous avons occulté depuis nos extraordinaires avancées scientifiques que tout, dans le vivant, est relié et solidaire, comme si nous voulions y échapper, en convoquant le désir d’éternité. Vœu qui ne cesse de se réinventer, et voilà que nous sommes de nouveau confrontés à notre réalité de mortel ! Un mauvais et sale épisode qui s’additionne, à notre histoire commune.

La prise de conscience de cette fragilité est avant tout personnelle, individuelle et de proportion inégale pour chacun d’entre nous. C’est pourquoi réfléchir à demain c’est se poser la question douloureuse, inégale encore en proportion, de renoncer ou pas à certains de nos désirs, ils sont en revanche tous facilement identifiables : trop produire, trop consommer. Qui n’a pas éprouvé une forme de dégoût lorsqu’au sortir d’un salon professionnel, après avoir trop vu, nous ayons envie de moins ! C’est le designer qui parle et s’interroge sur l’exercice à venir de son métier.

La crise nous permet déjà de penser à une remise à plat de nos valeurs : quelles sont elles ? Dans quoi les mettons-nous ? Pour quel résultat et pour quelle efficacité ? En tout état de cause, le paradigme va et doit changer, de la pensée de la production de biens egocentrés, à la pensée d’une production de biens communs au service de la planète, la priorité est bien là. Quel rôle et quelle place pour chacun d’entre nous dans cette perspective ?

En tout état de cause, le paradigme va et doit changer, de la pensée de la production de biens, à la pensée d’une production de biens communs au service de la planète, la priorité est bien là.

Dominique Seau

Dominique Seau est PDG du groupe Éminence (Delta Galil).

Je fais ma part, comme chacun des membres de notre équipe Eminence au travail, pour produire des masques protégeant ceux qui protègent notre santé et notre société. Chaque crise agit comme un révélateur du meilleur et du pire dont nous sommes individuellement et collectivement capables. Mahatma Gandhi

” Mahatma Gandhi

Je me sens bien modeste et bien éloigné de ce type de grande figure qui change durablement le cours de l’histoire de son pays ou même de l’humanité. Mais leur message m’inspire et me guide aujourd’hui et demain.

Romain Lescroart

Romain Lescroart est président du groupe Holesco, spécialisé dans la création, la fabrication et la finition (teinture) de dentelles Leavers et président de Sophie Hallette, maison de tulle et de dentelle depuis 1887. Romain Lescroart est également président de la Fédération française de dentelles et broderie.

Il s’agit d’une épreuve pour l’humanité, un rappel de notre vulnérabilité en dépit de nos technologies. Elle nous pousse à la réflexion notamment sur l’empreinte de l’homme sur la planète par son activité : quel bonheur infini, pendant la période de confinement de sentir la planète entière au repos, non ? Plus d’avions, de voitures, de pollution…

Elle questionne nos systèmes politiques et les différentes façons de gérer la crise. Ne voyons-nous pas les problèmes de transparence et d’honnêteté au grand jour ? Elle interroge la mondialisation débridée qui ne juge que par le coût plutôt que les valeurs, les systèmes culturels etc… Ce système provoque, à long terme, nos choix d’aller uniquement vers le mieux disant en prix entrainant la perte d’autonomie, la hausse du chômage, les tensions sociales…

Ces trois constats doivent provoquer un sursaut des démocraties libérales qui doivent, avant tout autre chose, se soutenir elle-même et/ou assurer leur indépendance vis-à-vis de pays aux systèmes plus ”originaux” que ce soit au plan sanitaire, politique ou économique. La charte éthique d’un sous-traitant qui s’engage à ne pas faire travailler des enfants ne suffira plus pour rassurer le consommateur.

La sortie sera longue et douloureuse, notamment à l’export, puisque toute la planète va être “cassée” dans son développement. Personne ne pourra s’appuyer sur le voisin… Le risque d’un décrochage majeur dans les années qui viennent est pour moi réel. La plus grande prudence est de mise.

Avant de trouver un système de développement plus harmonieux, nous allons certainement traverser des périodes mouvementées et périlleuses pour les affaires. Notre job est de trouver le chemin et, bien-sûr, nous nous y attacherons !!

Le risque d’un décrochage majeur dans les années qui viennent est pour moi réel. La plus grande prudence est de mise.

Grégoire Guyon

Grégoire Guyon est directeur de la communication chez Armor Lux

Nos boutiques, comme “tous les commerces recevant du public non indispensables à la vie du pays” ont été fermées pendant toute la durée du confinement. Nos sites e-commerce, en revanche, sont restés ouverts. Toutes les mesures sanitaires requises pour le traitement des commandes ont été prises en étroite collaboration avec nos partenaires transporteurs (Chronopost, DPD France, Colissimo,…).

Face à la pénurie de masques, nous avons par ailleurs décidé de fabriquer des masques en tissu dans notre atelier à Quimper. Nous tenons ici à saluer le courage et la solidarité des opératrices de confection qui ont accepté de revenir travailler pour contribuer à l’effort national.

La situation reste compliquée pour l’entreprise, comme pour beaucoup d’autres, mais on s’accroche à la fabrication de masques pour prouver que nous sommes toujours présents. Nous constatons également une forte solidarité sur le territoire en Bretagne mais pas uniquement. Ça fait chaud au cœur !

La fabrication de masques répondait, et répond encore, à une très forte demande des acteurs publics et privés du territoire breton. Elle s’inscrit dans la volonté de l’entreprise de contribuer, à son niveau, à l’effort national de solidarité. Cette fabrication est ponctuelle et liée à l’état d’urgence sanitaire que nous vivons.

Nous espérons pouvoir produire de nouveau, le plus vite possible, les articles de nos collections et notre célèbre marinière. Nous espérons également que les grands donneurs d’ordres publics ou privés sauront se souvenir, une fois que l’épidémie sera derrière nous, qu’il n’est pas obligatoire d’aller sourcer des produits au bout du monde quand on a, en France, des entreprises capables de fabriquer ces mêmes produits dans des conditions respectueuses des salariés, de la santé et de l’environnement.

Geoffrey Bruyère

Geoffrey Bruyère est fondateur et Chief executive officer de la marque de vêtement BonneGueule.

J’ai personnellement été très surpris, et je reste très impressionné, par l’arrivée fulgurante et l’ampleur de cette crise. En tant que citoyens, notre priorité a d’abord été la protection de nos collaborateurs, de nos fournisseurs, de leurs proches, et à travers eux de la société qui compte des personnes vulnérables. Et également se protéger soi-même pour ne pas devenir vecteur de la maladie, ne pas se croire intouchable.

Cela a exigé un pilotage quotidien de la situation. Réfléchir toujours à l’étape suivante pour ne pas subir : mise en place proactive du télétravail, des mesures sanitaires, prise d’information quotidienne auprès des partenaires logistiques et des fournisseurs, rester à jour de chaque nouvelle demande ou dispositif d’aide du gouvernement, sondage des équipes et de la communauté, etc.

Cela a exigé un pilotage quotidien de la situation. Réfléchir toujours à l’étape suivante pour ne pas subir

Nous avons donc fermé l’intégralité de nos boutiques et imposé le télétravail avant que cela ne soit obligatoire. Nous avons ensuite observé une diminution par 4 du chiffre d’affaires e-commerce, dès le démarrage du confinement, et avons opté pour une prise des commandes avec livraisons décalées. Du jamais vu pour notre label qui a pourtant encore connu une croissance forte et pérenne en 2019. Et dans un secteur fragilisé par les mouvements sociaux, grèves, omniprésence des promotions, j’imagine que la situation doit vraiment être dramatique pour des sociétés déjà en difficulté.

Comme nous avions beaucoup discuté de la crise possible avec nos managers avant le confinement, nous avions également rédigé un document exhaustif sur les mesures à prendre en boutique, que nous avons partagé avec d’autres marques, les fédérations, des distributeurs.

En tant que dirigeants, notre seconde priorité est à présent de défendre les intérêts économiques de la société. Nous devons maintenir une activité quotidienne pour protéger ainsi les emplois et nos perspectives futures.

C’est aussi important de garder la tête froide en agissant de manière graduelle, sans céder à la précipitation, pour que l’entreprise se réorganise avec des collaborateurs rassurés, sans panique. C’est avec la même approche graduelle que nous nous redéployons progressivement et étudions la reprise des expéditions e-commerce, les retours aux bureaux, la réouverture des boutiques…

. Je trouve que les aides de l’État, exceptionnelles dans leur ampleur, sont à la hauteur de la crise. J’imagine aussi que mettre l’économie en perfusion, plutôt que de lui laisser absorber la totalité du choc, permettra aux entreprises de redémarrer et de se réorganiser plus rapidement.

Enfin, sur leur nature, ces mesures publiques me semblent être les bonnes. Le recours au chômage partiel facilité et fortement subventionné est notamment bienvenu chez nous car il nous permet de réduire une voilure aux coûts fixes proportionnellement importants (masse salariale, loyers) en tant qu’entreprise de production et distribution.

Le Prêt Garanti par l’État (PGE) me semble à la fois assez important en montant (3 mois de chiffre d’affaires), suffisamment accessible sur les critères d’obtention, et en même temps suffisamment restrictif pour que l’État ne prenne pas d’engagements trop importants en cas de défauts de paiement massifs. Idem pour le Prêt Atout mis en place par Bpifrance.

Les autres mesures favorisant la trésorerie des sociétés (décalage de charges, des loyers) sont plus anecdotiques pour nous car nous avons sécurisé du financement juste au début du confinement, mais elles auraient été bienvenues le cas échéant.

A contrario, ce qui est le plus facile ou ce que permet cette crise ? Le plus difficile nous semble être d’animer l’équipe en télétravail. Les réunions physiques, souvent décriées dans les théories modernes de management, se révèlent finalement plus utiles qu’on pouvait le penser pour partager des idées, être certains de bien se comprendre, créer une vie d’équipe. Heureusement nous pouvons compter aujourd’hui sur un maillon managérial expérimenté, et des collaborateurs de grande valeur à tous les niveaux. Et avoir adopté le télétravail déjà bien avant la crise rend sa généralisation plus facile.

Les réunions physiques, souvent décriées dans les théories modernes de management, se révèlent finalement plus utiles qu’on pouvait le penser pour partager des idées, être certains de bien se comprendre, créer une vie d’équipe.

C’est par contre assez désagréable de devoir refaire tout le budget 2020 de manière aussi pessimiste : prioriser certains projets aux dépens d’autres, décaler des recrutements, renégocier des échéances comme la prise de bail de notre future boutique lilloise… Plus difficile encore, mettre des collaborateurs au chômage partiel. Même si tout le monde est compréhensif, et bien que ce soit la seule solution possible, il en ressort une certaine culpabilité, un sentiment de ne pas être totalement à la hauteur de la fonction.

Le télétravail a tout de même le mérite de faire émerger des blagues, des rires, une culture d’entreprise un peu différente. Il pousse aussi les pratiques à plus de formalisme. Les processus sont écrits, mieux documentés, l’information est partagée de manière plus consciencieuse. Nous profitons de cette période pour avancer au maximum sur la structuration de la société : processus, organisation, sécurité informatique, cahiers des charges de futurs projets, roadmap informatique…

Ce qui me fait aujourd’hui plus peur que le virus, c’est ce qu’il va rester du marché après la crise : faillites, chômage, et donc pouvoir d’achat fortement réduit chez le consommateur ; endettement des États, guerre des prix sur le marché, ralentissement du commerce à l’international…

Sans remettre en question le dispositif d’aide, l’injection massive et immédiate d’autant de fonds dans l’économie réelle redéfinit certains équilibres de marché entre concurrents, entre l’amont et l’aval des filières, entre les marques et leurs assureurs, bailleurs, fournisseurs. Il y a aussi un risque de fraude accru à tous les niveaux quand des fonds sont attribués aussi massivement et dans l’urgence. C’est important que la belle solidarité qui s’est mise en place ne cède pas à la défiance quand les choses retourneront à la normale. Sachant qu’il y a déjà des tensions entre certaines marques, assureurs et bailleurs.

Le nouvel équilibre qui va se met en place permet aussi d’accélérer les transitions économiques, écologiques, sociales. Je ressens de l’optimisme et je pense que certaines valeurs vont prendre plus de place dans la société de demain, et permettre de reconsidérer le travail manuel, l’artisanat, la transparence, l’éthique des sociétés.

Il est important que la belle solidarité qui s’est mise en place ne cède pas à la défiance quand les choses retourneront à la normale. Sachant qu’il y a déjà des tensions entre certaines marques, assureurs et bailleurs.

Cela fait d’ailleurs plaisir de voir que d’autres marques de mode participent, elles-aussi, à des opérations caritatives, comme la collecte de fonds #tousuniscontrelevirus organisée par la Fondation de France, l’Institut Pasteur et l’AP-HP. Nous reversons pour notre part 10% de notre chiffre d’affaires durant toute la durée de l’opération, et certains de nos collaborateurs offrent leur temps, en préparant des repas pour des soignants par exemple.

En termes de réactivité, l’État, mais aussi Bpifrance, les banques de détail, les fédérations, les associations et les marques ont réagi extrêmement rapidement, et de manière très volontaire. Une communication s’est rapidement mise en place, et des élans de solidarité sont très vite apparus (partages d’informations, conseils, empathie). J’espère que ce respect et ce soutien entre acteurs d’un même secteur vont poser les bases d’une concurrence plus saine.

De manière plus personnelle, ce n’est pas la première crise que nous traversons en tant que jeune société en croissance : crises humaines, crises de trésorerie, crises d’outils informatiques. Et à chaque fois, nous en sommes ressortis avec un collectif plus soudé, un vécu, une envie plus forte de travailler ensemble. Je pense et j’espère que cette période difficile sera à nouveau le révélateur des belles personnes qui nous entourent.

Ce n’est pas la première crise que nous traversons en tant que jeune société en croissance. À chaque fois, nous en sommes ressortis avec un collectif plus soudé, un vécu, une envie plus forte de travailler ensemble. Je pense et j’espère que cette période difficile sera à nouveau le révélateur des belles personnes qui nous entourent.

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