À la rencontre de Jérémie, co-fondateur d’Agriloops

©Agriloops

Salut Jeremie, peux-tu nous en dire un peu plus sur Agriloops ?

L’objectif d’Agriloops est d’offrir aux consommateurs des produits de la mer plus sains, plus respectueux de l’environnement, et donc plus proches du consommateur.

Pour mener à bien cette mission, nous utilisons une technique agricole durable : l’aquaponie. Cette technique associe l’aquaculture à hydroponie, soit une production de poissons ou de crustacés couplée à une production de légumes.

L’aquaponie nous permet de diminuer de 90% notre utilisation d’eau en l’utilisant à la fois pour produire des poissons et des légumes. De plus, nous n’utilisons quasiment pas d’engrais puisque nous avons seulement besoin de nourrir nos poissons ou crustacés qui fertilisent à leur tour les plantes !

L’une de nos spécificités chez Agriloops, c’est de transposer pour la première fois ce système aquaponique en eau salée (cette dernière étant tout le temps utilisée en eau douce) et donc de pouvoir cultiver des espèces marines à haute valeur ajoutée, comme la crevette. La production d’espèces à haute valeur ajoutée nous permet notamment de rentabiliser l’infrastructure aquacole, financièrement lourde, et donc d’accroître la durabilité et la rentabilité de ce type de production.

Pourquoi la crevette ?

La crevette, c’est la première espèce élevée en milieu salé au niveau mondiale et elle fait face aujourd’hui à des problématiques cruciales. La majorité de ces crevettes sont produites en Asie du sud-est et en Amérique centrale avec un fort impact sur l’environnement : déforestation des écosystèmes côtiers, utilisation massive d’antibiotiques, etc. Ensuite, ces crevettes sont exportées congelées dans des containers réfrigérés sur plusieurs milliers de kilomètres avant de se retrouver dans nos assiettes.

Grâce à nos fermes, nous proposons une solution à ces enjeux tout en répondant à la demande des consommateurs. Nous pouvons leur proposer des crevettes plus durables, éthiques et locales mais aussi plus goûteuses, puisque garanties jamais congelées !!

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Quelles sont les étapes clés du développement d’Agriloops ?

Notre aventure commence lors de nos études en Ecole d’Ingénieur Agronome à Rennes. Romain (Romain Vandame, CTO & co-fondateur d’Agriloops) et moi (Jeremie Cognard, CEO & co-fondateur d’Agriloops) pensions déjà pas mal à créer notre propre système de production.

Lors de notre parcours, Romain s’est ensuite orienté dans des thématiques aquacoles avec plusieurs projets en Amérique centrale et moi plus du côté culture hors sol avec des expériences au Kenya et au Canada. Forts de nos différents apprentissages, nous décidons fin 2015 d’allier nos expertises pour créer Agriloops.

Après une première phase de recherche pour développer la base de notre projet, nous intégrons en septembre 2016, le Food Inn Lab, un incubateur orienté recherche localisé à Massy. Cette structure nous a permis d’accéder à nos premiers bureaux, et laboratoires pour développer notre preuve de concept. Un an plus tard, nous déménageons à Rennes pour disposer de plus de surface et ainsi mettre au point notre premier prototype pour se placer à un stade pré-industriel.

Nous faisons maintenant partie de l’incubateur Agoranov qui nous accompagne notamment sur l’ensemble de nos problématiques business. Cet incubateur public, axé R&D, permet également de créer de l’interaction et de l’entraide avec les autres Startup incubés.

Après plusieurs concours et levée de fonds, nous ouvrons à présent notre capital auprès d’investisseurs privés au travers de la plateforme Sowefund. Notre objectif à court terme : recruter des salariés pour développer la section R&D, développer notre prototype et ainsi avoir toutes les clefs en mains pour construire notre future ferme en 2020.

Quelle est ta vision du paysage des Start Up Agri/Food aujourd’hui ?

Dans l’univers Agtech (Start Up du secteur agricoles), plein d’initiatives se développent pour produire de manière plus durable, proposer de meilleurs produits mais aussi pour aider l’agriculteur.

De la robotique au service de l’agriculture avec Nayo Technologie à des techniques et circuits de production plus locales de fraises avec Agricool, la plupart des Start Up Agtech et Food tech vont dans le sens de ce que souhaite le consommateur et le producteur aujourd’hui, soit des produits qui respectent l’homme et la nature.

Avec le développement de toutes ces initiatives on assiste au développement de solutions complémentaires qui permettront à l’avenir de mettre en place une production durable et vertueuse à toutes les échelles et pour tous les produits.

Si je te dis « la madeleine de ton enfance », qu’est-ce que cela t’évoque ?

Ma madeleine de Proust est salée, c’est la charcuterie. Etant petit, mon 4h était très (trop ?) souvent constitué de charcuteries. D’ailleurs, Agriloops nous permettra peut-être bientôt d’agrémenter le traditionnel saucisson de crevette fraiches et locales pour l’apéro !