« Je mange, donc je suis » au Musée de l’Homme : on y était et on vous en dit plus (mais pas trop)

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Nov 6 · 4 min read
Photo by Dan Gold on Unsplash

L’exposition proposée par Le Musée de l’Homme depuis le 16 octobre restitue au grand public le résultat des recherches menées par les scientifiques du Muséum National d’Histoire Naturelle sur un sujet plus que jamais au goût du jour : l’alimentation. L’occasion d’en savoir plus sur les aspects biologiques, culturels et écologiques de notre assiette, à travers diverses ambiances, qui toutes questionnent nos comportements à travers le prisme de la science, et grâce à une scénographie engageante et décalée.

Corps et nourritures

L’exposition démarre dans la pénombre, derrière des rideaux rouges évoquant une salle de théâtre. Le premier acte s’applique ainsi logiquement à mettre en scène les liens multiples existant entre corps et nourritures.

Les restes, sobrement exhibés, de nos ancêtres témoignent en effet des héritages de la longue histoire alimentaire de notre espèce sur notre anatomie actuelle, par l’innovation (outils, feu…) et l’adaptation physiologique progressive à la consommation variable de ressources végétales, aquatiques et carnées.

On y apprend que le goût (ou le dégoût) que nous éprouvons pour les aliments relèvent autant de l’inné que de l’acquis ; qu’au-delà du goût, nos préférences alimentaires sont également marquées par nos visions du monde et de la nature, et plus particulièrement par la façon dont nous nous situons par rapport aux animaux et aux végétaux.

De la même manière, les aliments “genrés”, c’est-à-dire les représentations liées à ce qu’il est bon de manger, ou non, pour une femme ou pour un homme, peuvent avoir des incidences jusque sur la forme des corps.

Cultures comestibles

Dans la salle suivante, le deuxième acte de l’exposition nous invite à explorer les dimensions religieuse, identitaire, patrimoniale, politique et artistique de notre alimentation.

Au-delà de l’impératif biologique de survie, manger crée du lien social au sein d’une famille, d’un groupe ou d’une société. C’est un acte qui peut parfois relever du sacré, liant les humains à leurs ancêtres et à leurs dieux, transformant les aliments en objets de “culte”, auxquels on prête parfois même des propriétés magiques…

On réalise ici l’immense diversité des manières de table, des ustensiles, des modes de préparation et de présentation des aliments, qui sont autant de preuves de la richesse de l’inventivité humaine.

Un Kaki Lima, chariot ambulant indonésien emblématique proposant des mets de rue tels que des Putu (petits gâteaux à la noix de coco)

Plats et recettes participent ainsi à la construction de l’identité d’un peuple et au sentiment d’appartenance à une communauté. Les us et coutumes, comme les manières de recevoir, illustrent également l’importance des relations internationales, jusqu’à parler de “gastrodiplomatie”. Et des arts de la table aux arts culinaires, les liens entre cuisine et beaux-arts s’expriment dans une recherche esthétique inspirante pour les chefs comme les artistes.

Consommer la nature

Lilian Bourgeat, Caddie, Acier galvanisé, roulettes et résine polyester, 210 x 230 x 150 cm, 2014 Galerie Lange + Pult, Zuric
Lilian Bourgeat, Caddie, Acier galvanisé, roulettes et résine polyester, 210 x 230 x 150 cm, 2014 Galerie Lange + Pult, Zuric
Lilian Bourgeat, Caddie, Acier galvanisé, roulettes et résine polyester, 210 x 230 x 150 cm, 2014 Galerie Lange + Pult, Zurich

Ancré dans le présent, le dernier volet de l’exposition interroge les nouveaux enjeux relatifs aux modes de consommation et de production alimentaires dans notre monde globalisé, passant en revue plus de 10 000 ans de transformation par l’Homme d’espèces animales et végétales.

Disposés telles des têtes de gondoles dans un hypermarché, différents pôles traitent des enjeux éthiques, sanitaires et nutritionnels comme l’eau, les aliments fermentés, le microbiote, la nourriture du futur…

On réalise ici à quel point l’alimentation est au cœur des liens que l’humanité entretient avec son milieu naturel : des communautés autochtones aux productions industrielles, les différents usages que nous faisons de la terre pour nous nourrir ont des impacts retentissants sur les écosystèmes.

Impossible de conclure la visite sans s’attarder sur les effets de “l’artificialisation” de la nature qui a démontré les limites de notre modèle : conditions d’élevage des animaux devenus des produits de consommation massive, extinction d’espèces marines, effets dévastateurs des circuits de distribution sur l’environnement …

Le doute quant au futur de notre alimentation subsiste bien après la sortie du musée : l’Homme parviendra-t-il à préserver la quantité, la qualité et la variété de son assiette ?

(A noter : de grands dîners thématiques commentés par des chefs et des chercheurs, ou encore des visites théâtralisées olfactives sont programmées tout au long de l’année en parallèle de l’exposition).

« Je mange donc je suis », du 16 octobre 2019 au 1er juin 2020 au Musée de l’Homme

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h
Fermé le 1e janvier, le 1er mai, le 14 juillet et le 25 décembre
Plein tarif : 12€ — Tarif réduit : 9€

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