Marketing genré en 2018 : état des lieux dans l’alimentaire

Toujours en veille sur les nouveautés qui fleurissent chaque année, la team It’s Wonderfood n’en oublie pas pour autant de suivre l’évolution de tendances de fond. Pour la peine, nous avons envoyé des émissaires dans les travées du SIAL 2018, afin de voir si l’agroalimentaire est toujours un espace propice au marketing “pour hommes” et “pour femmes”.

Leçon n°1 : les mentalités ont évolué depuis les années 2000

A notre grand étonnement, nous n’avons finalement croisé, en proportion, que très peu de cas flagrants de marketing ultra-genré. Que ce soit dans les messages, le choix des couleurs, ou des spécificités des produits mises en avant, nos envoyés spéciaux ont eu bien de la peine à spotter de quoi se mettre sous la dent.

Evidemment, certains packs issus d’un marketing d’une autre époque ornent encore les étals.

La crémière hollandaise, un classique indémodable.

Egalement, certains annonceurs ne font toujours pas attention à la sémantique de leurs noms de produits.

The Prodigy en seraient si fiers.

Néanmoins, on sent que des années de militantisme, de lutte contre le patriarcat et de victoires pour la reconnaissance des droits de la Femme, ont peu à peu supprimé les envies d’appel aux stéréotypes de genre dans l’agroalimentaire.

Nous commençons pourtant à peine à le comprendre en Europe, tandis que d’autres sont encore à la masse : disons-le, il n’y a aucune différence entre les systèmes sensoriel, digestif, ou métabolique des femmes et des hommes qui puisse justifier que les aliments soient genrés.

Leçon n°2 : le marketing genré au service de la responsabilité sociale

En 2018, pour se distinguer de la concurrence, il est de bon ton de mettre en avant les bienfaits sociaux de l’entreprise, et, par extension, de l’achat des produits de l’entreprise.

So Chips l’a très bien compris, et relie, à travers ses packs color-block, la qualité de leurs produits (matières premieres, valorisation de la chaine de production) à une esthétique chiadée ultra-genrée, ultra-lifestyle. Voyez plutôt :

Bienvenue dans le marketing post-genré.

De son côté, la startup Womup y va à fond dans le marketing “à maman”, avec une boisson qui sortira prochainement, conçue :

  • par des femmes : sourcing de matières premières chez des exploitantes et transformateuses de pays en voie de développement, formulation en France par des ingénieures et techniciennes de l’agroalimentaire,
  • pour des femmes, à travers la présentation genrée de la composition : “Evidemment zéro calorie, légèrement pétillante, infusée avec une plante (Hisbiscus, Roiboos, thé blanc…), colorée par le pigment antioxydant naturel d’un fruit (anthocyane de la grenade par exemple), bien sûr, quelques vitamines et des minéraux bien choisis tel le sélénium. Et pour booster le tout, on ajoute un principe actif anti-âge révolutionnaire issu de la recherche au Japon et récemment breveté.”
Recette d’un bon stéréotype de genre : des fleurs, de la légèreté, un appel à la magie de nature.

Et pour ne rien gâcher, la rumeur prétend qu’un kit “love” [make up + boisson] sera proposé pour le lancement du produit en grande distribution. Le combo parfait pour se rafraîchir à l’intérieur et à l’extérieur, en somme.

Leçon n°3 : au rayon boissons, on sirote toujours le marketing genré des 60's

Imaginez notre étonnement quand en se baladant entre ces stands nous étions arrêtés par des hôtes d’accueil aux gros bras musclés ou bien des hôtesses aux jambes longilignes ou au teint parfait. À se demander si le salon de l’auto ne s’était pas invité au SIAL !

Béni soit le marketing genré qui permet aux femmes de “se remplir de confiance” à l’aide des boissons Diva’s For Women pour faire le plein de Collagène ou de Coenzyme Q10. Des molécules qui ne seraient donc pas assimilées par les hommes ?

Cosmétique ou boisson ? C’est à s’y méprendre

Saviez-vous aussi que seuls les hommes virils ont besoin d’un coup de boost ? C’est du moins ce que semble prôner la marque vêtue d’un treillis Energy Drink Bazooka. Avec pourtant un avantage à ce marketing ravageur, pas besoin de grands discours pour décrire le produit et ses effets.