Oméga 3 et santé cardio-vasculaire : où en est-on ?

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Les oméga 3 sont aujourd’hui très étudiés dans l’alimentation humaine, notamment pour leurs apports potentiels à la prévention des pathologies cardio-vasculaires. Pour autant, plusieurs études récemment publiées semblent remettre en cause ces effets bénéfiques.

La team Wonderfood s’est lancée à l’assaut de ce sujet technique et qui nécessite de se plonger un peu dans les coulisses scientifiques du débat.

Les oméga 3, késako ?

Avant toute chose, petit rappel sur ce que sont les oméga 3. Ce terme vous dit certainement quelque chose, les oméga-3 font partie des acides gras poly-insaturés, essentiels pour l’homme (n’étant pas capable de les synthétiser lui-même). On les retrouve notamment en grandes quantités chez quelques poissons gras comme le saumon ou la sardine, mais également chez certains oléagineux comme le lin , le colza ou le soja.

Des origines polaires prometteuses

Tout commence chez certains peuples de l’Arctique après la constatation que ces populations esquimaudes semblent étrangement protégées du risque cardio-vasculaire et de l’athérosclérose. Bien que cette observation puisse être attribuée à de nombreux facteurs, les recherches s’orientent vers leur alimentation et leur consommation élevée de poissons gras, riches en oméga 3.

Les premières études observationnelles parues dans les années 1980, vont dans le sens d’un bénéfice de ces acides gras dans la prévention des maladies cardio-vasculaires. Dans ces essais, la consommation quotidienne de 40 à 60 g de poisson était alors associée à une réduction de 50% de la mortalité cardio-vasculaire.

Pour autant, les publications suivantes, des essais contrôlés et randomisés (plus adaptés et robustes pour démontrer un lien de cause à effet) présentent des résultats contradictoires, et remettent en question le rôle supposé de ces acides gras dans la prévention des maladies cardio-vasculaires.

L’intensification des recherches et le début d’un consensus

Afin de pouvoir progresser dans le débat, la communauté scientifique décide de renforcer les recherches et publie plusieurs études observant leurs impacts sur plusieurs pathologies cardio-vasculaires à plus grande échelle.

Parmi ces publications majeures, 3 ont animé récemment la communauté scientifique et médicale :

- L’étude ASCEND (A Study of Cardiovascular Events iN Diabetes) : cette étude réalisée chez près de 16.000 sujets atteints de diabète (donc à haut risque de développement de maladies cardio-vasculaires) entre 2005 et 2011 a observé l’impact d’une supplémentation en huile de poisson sur la survenue de pathologies cardio-vasculaires : l’étude pointe vers un rôle inefficace des oméga 3 sur la santé cardio-vasculaire.

- L’étude VITAL (Vitamin D and Omega­3 trial) : cette seconde publication publiée quelque mois plus tard et effectuée sur une population de 26.000 adultes en bonne santé tend là aussi vers l’absence de rôle protecteur des oméga-3 sur l’apparition de maladies cardio-vasculaires.

- L’étude REDUCE-IT (Reduction of Cardiovascular Events with Icosapent Ethyl–Intervention Trial): à l’inverse des deux premiers essais, cette étude réalisée auprès de 9.000 patients avec une pathologie cardio-vasculaire ou à haut risque cardio-vasculaire démontre une diminution du risque relatif de pathologies cardio-vasculaires de 25%. Cette étude randomisée et contrôlée devient alors la première à corroborer les premiers résultats observationnels obtenus au début de années 1990.

REDUCE-IT, nouvel espoir pour les oméga 3

Cette dernière publication vient donner un nouvel élan à la théorie du bénéfice des oméga 3. Pour autant, les origines précises de ces résultats, tranchant nettement avec ceux des études VITAL ou ASCEND ne sont pas aujourd’hui connues. En effet, les auteurs précisent que plusieurs facteurs peuvent expliquer ces différences comme la nature de la préparation administrée, sa dose, ou les paramètres physiologiques pris en compte. Plusieurs travaux sont en cours pour éclairer ces mécanismes d’actions, et plus particulièrement l’effet à plus haute dose des oméga 3.

L’impact de ces deux premières études se fait déjà sentir à l’échelle Européenne. En effet, le comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l’Agence européenne du médicament (EMA) qui recommandait jusqu’alors la consommation de médicaments contenant des oméga-3 pour la prévention d’infarctus du myocarde (accompagné des traitements standards) a modifié son avis en décembre 2018 en les déclarant finalement inefficaces.

La question du bénéfice des oméga 3 sur la santé cardio-vasculaire a donc récemment bénéficié de grandes avancées avec la publication de travaux d’envergure. Si la majorité des résultats tendent vers une absence d’effet, l’essai REDUCE-IT a relancé le débat et plusieurs études en cours comme comme STRENGTH, RESPECT­EPA et EVAPORATE sont chargées de progresser vers un consensus plus clair. De futurs résultats à suivre de près !