Repas scolaire : et ça cantinue encore et encore

Drrriiiiiiing ! Il est midi, c’est l’heure de filer à la cantoche pour se vider la tête et se remplir le ventre. Moment de détente, de plaisir, autour du plateau où l’on retrouve ses copains (au sens étymologique du terme). Mais c’était sans compter sur les adultes : politiques et ONGs transforment peu à peu le réfectoire en champ de bataille. Explications.

1956 : l’alcool est interdit dans les cantines. C’est que le début, d’accord, d’accord

Du temps de nos parents, la cantine c’était l’école du goût. On y apprenait à se tenir à table, à manger de bonnes choses mais aussi à surmonter ses dégoûts. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les cantines françaises ont toujours eu une excellente réputation à l’étranger.

Les années 80 ont d’abord amené avec elle des considérations nutritionnelles. La cantine n’était plus seulement un espace d’expérience culinaire, mais aussi un objet de santé publique identifié comme tel, et les menus ont commencé à être préparés en accord avec des nutritionnistes, notamment via les services proposés par les acteurs de la restauration collective (qui ont, hélas, fini par remplacer derrière les fourneaux les cuisiniers par des réchauffeurs de grands plats, mais c’est une autre histoire). Pour autant, nutrition et culinarité n’ont jamais fait mauvais ménage, et la gastronomie, valeur phare de la France, a pu perdurer à travers les verres Duralex et les bancs bruyants du réfectoire.

J’ai 5 ans et demi aujourd’hui.

Le président Macron a même annoncé récemment qu’il faisait du repas scolaire à 1€ une priorité de son Plan Pauvreté, pour garantir à tous ce “droit fondamental” à manger correctement, dans un environnement optimal.

Pourtant, la cantine est aussi devenue la cible prioritaire de combats politico-écologiques, bien éloignés du plaisir au centre de l’éducation alimentaire française. Au contraire, même, tout semble entrepris pour que les parents aient peur d’y envoyer leurs gamin-e-s…

Mettre du bio dans les épinards

Les députés Verts ont tranché : un projet de loi impose qu’au moins 20% des aliments servis dans les cantines scolaires en 2022 seront issus de l’agriculture biologique. Une manière à peine déguisée de jeter l’opprobre sur l’agriculture conventionnelle française, qui reste pourtant un pilier fondamental de la ferme France. Il est évident que les produits conventionnels conviennent parfaitement aux enfants, et qu’ils peuvent manger autant de fruits et légumes qu’ils le souhaitent sans aucune crainte, comme l’indiquent les rapports successifs sur l’agriculture raisonnée pratiquée en France. De plus, la production bio nationale actuelle est loin de pouvoir couvrir cet objectif de 20% : il faudra donc massivement importer, surtout si on veut tendre vers le 100% bio..

Pas steak sans pépin

L’assemblée nationale a validé l’obligation pour les cantines françaises de proposer un repas végétarien par semaine aux écoliers. Proposer, ou imposer ? La “liberté de choix” prônée par notre ministre de l’Agriculture est donc reléguée derrière la volonté politique de “faire changer les mentalités” dès l’enfance. Pour un pays dont les problèmes de filière dans l’élevage font la une des actualités, pas certain que le message véhiculé fasse un effet boeuf dans toutes les chaumières.

Stop au gâchis parmentier

Les enfants devront également apprendre à ne pas gaspiller, ne pas prendre plus de nourriture qu’ils ne peuvent en manger, et faire le tri à la fin du repas entre les aliments qui peuvent être revalorisés ou non, ainsi que les autres déchets (emballages, etc.). Une excellente démarche qui a servi d’objectif pour signer des chartes municipales, mais une raison supplémentaire pour les enfants de ne pas manger leurs chou-fleurs.

Eh hop, la salade qui passe à l’as

Mettre les pieds dans le pla-stique

Le collectif Cantines Sans Plastique, sous couvert(s) de leur mission de lanceur d’alerte, a provoqué un véritable tollé en dénonçant les ustensiles (plateaux, barquettes, vaisselle) en plastique utilisés dans de nombreuses cantines. Pourtant, ces plastiques ont été longuement testés et autorisés pour l’usage alimentaire par diverses instances réglementaires européennes et nationales. Et surtout, ils permettent de diminuer le poids des charges à porter pour le personnel de la restauration, comme les risques de cassure et d’éclats dangereux…

Vous l’aurez compris, les assiettes de nos enfants font désormais l’objet de violents combats dans l’arrière-cuisine. Gageons seulement que cela ne nuira pas à l’éducation alimentaire et au plaisir de la pause du midi …