Diviser par deux le nombre de logements passoires énergétiques, ça va changer quoi ?

Par Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot et Arnaud Leroy, député

Comment cet engagement pris par Emmanuel Macron peut-il contribuer à améliorer la vie des citoyen-nes ? Est-il à la hauteur des enjeux ? En quoi diffère-t-il de ceux des autres candidats ?

Quels sont les enjeux ?
Nous pourrons réduire nos factures de chauffage. Des millions de citoyens sortirons enfin de la précarité énergétique, qui est un fléau dangereux pour la santé. Les gains pour l’environnement seront aussi très importants : le chauffage des logements est l’un des principaux postes de consommation énergétique et d’émissions de gaz à effet de serre.
Depuis le Grenelle de l’environnement, la lutte contre la précarité énergétique a souvent été une priorité affichée, mais ce fléau progresse encore. En France, plus de 11 millions de personnes ne peuvent plus se chauffer correctement car leurs logements sont trop mal isolés et trop énergivores. Les conséquences sur la santé (maladies respiratoires aiguës et chroniques, physiques et psychologiques) sont souvent dramatiques. Pourtant des solutions existent et peuvent être mises en place rapidement !

Quel est l’engagement d’Emmanuel Macron ?
L’atout majeur du programme d’En Marche! est qu’il propose des mesures nouvelles, concrètes et ambitieuses, qui répondent aux difficultés actuellement rencontrées par les ménages qui n’ont pas forcément les moyens d’investir. Le crédit d’impôt transition énergétique était un frein pour certains car il fallait attendre plus d’un an après les travaux pour le toucher ; il sera remplacé par une prime dès la réalisation des travaux. Par ailleurs, pour aider les ménages à s’engager dans les travaux, un audit énergétique gratuit sera proposé à tous les propriétaires occupants en situation de précarité énergétique. Les locataires ne sont pas oubliés: dès 2025, il ne sera plus possible de mettre en location les logements les plus énergivores (ceux classés F ou G sur le diagnostics énergie). Le montant nécessaire aux travaux sera avancé aux propriétaires n’ayant pas les moyens d’investir, grâce à un nouveau fonds public de 4 milliards d’euros, et récupéré au moment de la vente du bien. En parallèle, l’Etat accompagnera la professionnalisation de la filière du bâtiment et en particulier des artisans des différents corps de métier pour garantir la qualité des travaux réalisés. Des appels d’offre publics massifs permettront de faire émerger des solutions innovantes et de faire baisser les coûts de la rénovation.
Grâce à ces nouvelles mesures, nous arriverons à diviser par deux le nombre de passoires énergétiques d’ici à 2022 et à les supprimer totalement en 10 ans. Les bénéfices seront aussi tangibles pour notre économie, et notamment pour le secteur du bâtiment : des centaines de milliers d’emplois seront ainsi créés chez nos artisans.

Quid des autres candidats ?
François Fillon n’évoque quasiment pas la rénovation énergétique dans son programme, mis à part par la poursuite de l’existant et un crédit d’impôt pour les éco-matériaux. Idem pour Marine Le Pen, qui se contente de citer l’isolation des logements comme une priorité, sans préciser comment elle compte s’y prendre. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon déclarent faire d’un grand plan d’investissement dans la rénovation énergétique une priorité, mais sans que ni les mesures favorisant le déclenchement des travaux par les particuliers, ni les modalités du soutien public à ce plan ne soient détaillées.

Crédit photo : Pays Bruche Mossig Piemont