Le programme économique d’Emmanuel Macron ? Vision, ambition et responsabilité.

En dévoilant l’ensemble de son programme économique Emmanuel Macron a fait beaucoup plus qu’ajouter de nouvelles mesures à d’autres déjà annoncées.

L’exercice prend trop souvent la forme de l’expertise technocratique, de la “bonne” gestion, dépourvue de sens et de souffle. Or un programme économique est dépourvu d’efficacité et d’utilité s’il ne parvient pas à articuler au plus près une vision avec des mesures qui doivent en être le prolongement cohérent et l’incarnation efficace.

Au cœur de la vision d’Emmanuel Macron se trouve le désir de mobiliser et de libérer toutes les énergies sans jamais perdre de vue les exigences de justice et de solidarité.

Cette mobilisation en faveur de l’activité passe notamment par un plan d’investissement public. Il s’agit de 50 milliards d’euros qui seront consacrés, sur la durée du quinquennat, à quelques grandes priorités identifiées : la formation (15 milliards), la transition écologique et énergétique (15 milliards), la santé (5 milliards), l’agriculture (5 milliards), la modernisation de l’action publique (notamment via le numérique, 5 milliards), les transports (5 milliards). Au niveau européen, la capacité d’investissement commune se trouvera considérablement renforcé à travers la création d’un budget européen, piloté par un ministre de l’Economie et des Finances de la zone euro.

Il s’agit de favoriser, à travers une action publique ciblée, une nouvelle croissance, durable et soutenable. Autrement dit, de substituer à l’approche quantitative du toujours plus, un modèle de développement fondé sur l’intégration de ses effets économiques, sociaux et environnementaux et sur le temps long. Ce qui justifie notamment la mise en place d’une fiscalité verte encourageant les mutations de notre système de production et les évolutions de nos habitudes de consommations (taxe carbone et fiscalité sur le diesel).

Parallèlement, la baisse des prélèvements obligatoires (50 milliards dont 40 pour les entreprises) et des mesures spécifiques favorables au pouvoir d’achat (suppression des cotisations salariales maladie et d’assurance chômage, hausse de la prime d’activité, exonération ciblée de la taxe d’habitation) permettront de stimuler l’ensemble des acteurs économiques sans perdre de vue l’exigence de justice. Ainsi toute hausse de la TVA est exclue et la hausse de la CSG, compensant ses moindres recettes, mobilisera les revenus du capital et épargnera les petites retraites.

L’encouragement de la prise de risque et de la dynamique entrepreneuriale supposent aussi de taxer davantage la rente et d’encourager l’investissement qui profite à l’activité économique et à l’emploi. C’est tout le sens de la réforme à venir de l’ISF qui se concentrera désormais sur la seule rente immobilière. De même, la fiscalité du capital (intérêts, loyers, dividendes, plus-values…) sera à la fois simplifiée et rendue compétitive avec la création d’un prélèvement forfaitaire unique au taux de l’ordre de 30%. Afin de stimuler l’activité de nos entreprises, et donc l’emploi, le taux de l’impôt sur les sociétés sera aligné sur la moyenne européenne de 25% et les cotisations patronales seront baissées de manière ciblées (avec un fort effet au niveau du Smic).

La lutte contre le chômage sera emblématique de la philosophie d’Emmanuel Macron puisqu’elle liera une nouvelle flexibilité à la création de nouvelles sécurités, sur fond d’une commune responsabilisation des employeurs comme des salariés.

Il s’agira concrètement de privilégier la négociation collective au plus près du terrain, d’assumer l’inversion des normes, de sécuriser pour l’employeur comme pour le salarié les conditions de licenciement. Mais aussi de créer une assurance chômage universelle étendue à ceux qui n’en bénéficiaient pas (et, sous conditions, aux salariés démissionnaires), à travers un service public de la formation professionnelle capable d’accompagner efficacement les nécessaires parcours de transition. Ce dispositif reposera sur un strict échange entre droit et devoir, entre les bénéfices de cette nouvelle sécurité sociale professionnelle et les nouvelles obligations de formation active et de reprise de l’emploi.

L’ambition de ce programme est donc tout autant économique que sociale. Elle travail à l’émancipation de tous, en donnant à chacun les moyens de sa liberté, en favorisant toutes les mobilités.

Ces mobilités ne concernent pas que les acteurs privés, puisqu’il s’agit aussi de redonner de l’agilité aux acteurs publics. A ce titre, les collectivités, avec lesquelles l’Etat doit entrer dans une logique souple et contractuelle, verront leurs liberté de gestion accrue en matière de recrutement et de gestion de leurs personnels.

Enfin, rien de tout cela ne serait possible si Emmanuel Macron n’appliquait pas à son programme un strict principe de responsabilité qui est aussi à la racine de son discours de vérité. Les nouvelles dépenses ne peuvent être ni financées par le recours trop commode à la dette (qui pèse, à rebours du développement durable, sur les générations futures) ni par la tentation populiste de la planche à billets qui créerait l’inflation de demain et diminuerait le pouvoir d’achat comme l’épargne.

La dépense publique devra donc être diminuée en sachant là aussi faire preuve de discernement au nom de l’efficacité et de l’équité. 60 milliards d’économies sont ainsi prévues.

L’Etat y contribuera à hauteur de 25 milliards à travers le non renouvellement de 50.000 postes de fonctionnaires partant à la retraite, l’adoption d’un mode de gouvernance plus souple (gestion de carrières, rémunération plus individualisées, recrutement hors du statut pour les fonctions d’encadrement) et le rétablissement d’un jour de carence. Les collectivités contribueront à hauteur de 10 milliards à travers, là aussi, le non renouvellement de 70.000 postes de fonctionnaires partant à la retraite, un gouvernance plus agile et le strict respect de la durée annuelle légale du temps de travail.

Par ailleurs, la réorganisation de notre système de soins, sans suppression de postes dans la fonction publique hospitalière, ainsi que la progression contenue des dépenses de l’assurance maladie (2,3% par an), permettront 15 milliards d’économie. La réforme de l’assurance structurelle de l’assurance-chômage et la diminution attendue du taux de chômage rendront aussi possible une économie de 10 milliard d’euros.

Ce choix du principe de responsabilité permettra à la France d’être fidèle à ses engagements européens (et ainsi d’alléger le poids de sa dette sur les marchés financiers) en restant à hauteur puis sous la barre des 3% de déficit.

La présentation par Emmanuel Macron de son programme économique constitue donc une étape importante de cette campagne présidentielle. Elle lui permet à la fois de déployer sa vision d’une société libérée et solidaire, émancipée et responsabilisée, et d’affirmer ses ambitions en matière de croissance durable à forte composante sociale et environnementale. C’est aussi une manière de valoriser la “politique par la preuve” en étant capable de “designer” des propositions qui, nées du contact avec le réel, y retournent pour mieux le transformer.

La révolution Macron est En Marche !

Jean-François PASCAL