Emmanuel Macron, pour une Europe de la souveraineté!

Etant très intéressé par les questions européennes, j’ai écouté avec attention le discours sur l’Europe prononcé par Emmanuel Macron à l’Université Humboldt de Berlin le 10 janvier en présence notamment de l’eurodéputée UDI Sylvie Goulard, de Daniel Cohn-Bendit et de l’ancien ministre des affaires étrangères allemand Joschka Fischer.

A titre personnel, je suis convaincu qu’il faut cesser de demander davantage d’Europe en général et je soutiens la volonté du président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, de recentrer l’attention de l’Union européenne (UE) sur les thématiques les plus importantes. En application du principe de subsidiarité, cette logique consiste à réserver l’intervention de l’Union européenne uniquement aux sphères dans lesquelles son action est plus efficace que celle des exécutifs nationaux ou locaux. Je suis cependant d’accord avec Emmanuel Macron quand il affirme qu’une plus grande grande intégration européenne est nécessaire dans certains domaines comme les questions migratoires, sécuritaires ou encore les politiques économiques.

Améliorer les instruments de Schengen plutôt que les abandonner

A Berlin, Emmanuel Macron a salué la politique d’acceuil des réfugiés menée par Angela Merkel en 2015 et en 2016. Le candidat à l’élection présidentielle a proposé une coopération européenne plus conséquente en matière migratoire qui passe tout particulièrement par un renforcement de l’espace Schengen en poursuivant l’accroissement des pouvoirs et des moyens de l’agence Frontex. Les effectifs de Frontex ont déjà beaucoup augmenté lors des derniers mois afin d’améliorer la surveillance des frontières extérieures. Depuis le mois d’octobre 2016, l’UE est dotée d’un corps de gardes-côtes et gardes-frontières commun et depuis quelques semaines l’Union dispose aussi d’un corps d’intervention rapide de 1 500 gardes-frontières. Emmanuel Macron a raison de vouloir développer ce corps de garde-frontières européen « en lui donnant compétence pour aider à la protection durable des frontières des Etats membres qui en ont besoin, sans limiter son action aux situations d’urgence ». Par ailleurs, il s’est dit prêt à revoir les règles européennes dites de Dublin qui laissent la prise en charge des demandeurs d’asile aux pays de première arrivée dans l’UE et qui ont montré leur limite depuis le début de la crise des réfugiés en faisant porter une charge excessive sur les pays du sud de l’Europe. Cette réforme est toutefois difficile à réaliser en raison de l’opposition de plusieurs Etats d’Europe centrale.

Des propositions pour une coopération militaire européenne renforcée

La relance de l’Union de la défense apparait également nécessaire aux yeux d’Emmanuel Macron. Il prône a cet égard la création d’un « Conseil de sécurité européen » et d’un Quartier Général européen permanent, chargé d’assurer une planification et un suivi des opérations militaires”. Le contexte géopolitique actuel accroit l’impératif d’un développement de l’Europe de la défense. L’élection de Donald Trump ainsi que le rapprochement entre la Russie et la Turquie créent de fortes incertitudes quant au devenir de l’OTAN. Depuis 2015, un mouvement de réarmement a été engagé au niveau mondial. Afin d’accroitre le budget de défense de l’UE, Emmanuel Macron est favorable au projet de la commission européenne de création d’un « fonds européen de défense, finançant à la fois des programmes de recherche et de capacités de défense communs ». Le départ programmé en 2019 du Royaume-Uni de l’Union européenne doit être l’occasion pour l’UE d’accroitre sa coopération en matière de défense; les britanniques ayant paralysé de nombreuses actions dans ce domaine au cours des dernières années.

Une indispensable réforme de la zone euro

Concernant les questions économiques, je partage le diagnostic d’Emmanuel Macron quand il affirme que « l’euro est incomplet et qu’il ne peut durablement fonctionner sans réforme majeure ». Le renouveau de la crise grecque lors de l’été 2015 a montré une nouvelle fois la nécessité d’une réforme de la zone euro. En 2010, la forte dégradation des finances publiques dans le contexte de la crise économique est l’élément déclencheur d’une crise des dettes souveraines européennes. Les pays de la zone euro entament alors une consolidation budgétaire qui entraine une chute de l’activité économique.

Les règles européennes en matière de finances publiques sont destructrices de l’esprit de solidarité. Or comme l’a souligné l’ancien ministre à Berlin: « dans une union monétaire, le succès d’un pays ne peut se faire durablement au détriment d’un autre ». Pour y faire face, Emmanuel Macron plaide pour davantage de solidarité économique dans la zone euro en mettant en oeuvre une capacité d’emprunt propre à la zone euro et en augmentant le budget de l’UE. Le candidat du mouvement politique « En Marche » a également renouvelé son appel pour un « New Deal » européen qui consiste en la réalisation d’importantes réformes de structure dans certains Etats européens comme la France en contrepartie d’une relance budgétaire dans les quelques Etats membres qui peuvent se le permettre comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Luxembourg.

La réforme de la zone euro doit être selon moi un enjeu majeur du prochain quinquennat et je suis satisfait de voir l’importance qu’Emmanuel Macron lui accorde. En 2016, les comptes de l’Etat fédéral allemand ont été excédentaires pour la troisième année consécutive. L’Allemagne est donc en mesure d’augmenter ses dépenses tout en respectant les critères de Maastricht en matière de déficit. Cette politique de relance peut lui bénéficier si elle choisit de combler son retard d’investissements dans ses propres infrastructures de transport. Ce sujet doit être impérativement abordé par le successeur de François Hollande dès le conseil européen de décembre 2017, qui sera le premier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se tenant après les élections fédérales allemandes de 2017. Les dirigeants européens doivent également s’atteler à homogénéiser l’assiette et les taux de l’impôt sur les sociétés en Europe.

A deux mois du 70ème anniversaire du traité de Rome, Emmanuel Macron apparait comme le candidat à l’élection présidentielle le plus favorable à l’Europe. Ses principales propositions sont d’après moi réalistes et opportunes pour relancer le couple franco-allemand et l’Union européenne.