La thérapie de Vienne 1/2

Vienne, jeune épouse très active sexuellement, ne supporte plus l’écart qui se creuse entre elle et Paul, son époux.
Vienne, sur le conseil des personnes qui suivent son blog, consulte un sexologue, le docteur Utragier. Ce dernier lui propose une thérapie par l’écriture…

1. Bouteilles à la mer

Chers lecteurs et lectrices de mon blog, j’ai écouté votre conseil : je me suis résolue à consulter ! Voyez donc ce qui suit…

Le docteur Utargier se cale dans son gigantesque fauteuil, étend ses jambes sur son bureau et me fixe entre les pointes de ses chaussures de cuir beige clair.

— Reprenons. Vous contez donc vos frasques à votre compagnon ?

— J’ai souvent essayé.

— De fait, de fait, mais lui avez-vous dit que d’autres hommes vous pénétraient ?

— Oui.

— Et ?

— Il ne le supporte pas. Mais impossible de parler, il est sur une autre longueur d’ondes.

— Laquelle ?

— C’est pas son truc le sexe.

— Il ne vous fait pas bien l’amour ?

— Oh si !

— Voit-il d’autres femmes que vous ?

— Je ne crois pas.

— En êtes-vous sûre ?

— Je vous dis que ça ne l’intéresse pas, la notion d’objet sexuel lui est tout étrangère. Je sais, moi, ce que coucher veut dire tandis que mon mari, lui, mélange tout. Et il souffre : où je prends du plaisir, il ne trouve qu’infidélité.

Le regard du sexologue se perd dans le vide au-dessus de ses pieds de cuir beige à lacets courts. Il semble m’ignorer, mais j’ai la troublante impression de léviter sur un nuage, nue face à lui.

Puis il poursuit.

— Où est le problème ?

— Je ne supporte plus…

— De vous faire du bien ?

— Non, ce décalage entre nous. Je ne peux plus vivre de la sorte.

— Dans le mensonge ?

— Je ne mens pas.

— Vous baisez.

— Parfois, oui.

— Vous n’avez jamais rencontré d’homme comme vous ?

— J’aime Paul.

— Mais ?…

— Que faire quand on est trop différents ?

— Vous croyez que Paul ignore qui vous êtes vraiment ?

— L’écart entre nous se creuse, je suis à bout.

— En amour, la pitié ne produit aucun effet. Et je crois que vous le savez… Aimez-vous écrire ?

— Je tiens mon blog, Bouteilles à la mer.

— Bien. Prenez la plume et parlez-moi de vos amants. Contez-moi tout ce que vous voudriez dire à Paul. Qu’en votre encre coulent vos sucs les plus intimes ! M’accorderez-vous telle faveur ?

Sitôt rentrée, sans réfléchir, je me suis mise à écrire. J’ai en effet beaucoup à dire.

Pardonnez-moi, fidèles amis, de déserter mon blog pour quelques semaines. À très bientôt !

2. Je n’aurais pas dû ?

Nous étions sur le point de nous baigner dans le lac désert par cet après-midi brûlant.

Je retirai discrètement mes quelques vêtements et me penchai sur le ponton, fascinée par la pureté de l’eau bleue. Mon mouvement était anodin, mais je n’aurais pas dû me pencher de la sorte.

Sans doute n’avais-je pas songé au spectacle inattendu des mes fesses rondes légèrement entrouvertes sous les yeux de Delmar, mon compagnon de travail en train de se dévêtir derrière moi (nous avions fait une halte impromptue tant nous souhaitions goûter à la fraîcheur du lac bleu), à la blancheur de mes formes plaquées sur le rideau vert des arbres dans le lointain.

Je m’aperçus trop tard que j’étais soudain offerte à cet homme ! S’il me prenait, saurais-je me refuser ? Un étrange déclic se produisit alors en moi… Je me penchai davantage encore comme si mon visage voulait toucher cette eau délicieuse, bien consciente maintenant d’exposer le galbe de mes cuisses, la trace sombre de ma raie et, sans doute, la pulpe de mes lèvres semi-closes. Je me redressai et piquai un plongeon dans l’eau fraîche.

Delmar, également nu (qui aurait prévu un maillot de bain pour une morne journée de travail ?), ne tarda pas à me rejoindre. Nous nageâmes gaiement jusqu’au ponton de l’autre rive tout aussi déserte. Une course-poursuite s’amorça dans l’eau claire, mais Delmar me plaqua rapidement contre les pilotis. Tentant d’écarter son roseau qui frôlait mon ventre, il m’enlaça et je reposai ma tête contre la sienne. Joue contre joue, je sentis ses mains lisser mes rondeurs, puis, sans ambages, son doigt dans ma raie, son doigt entre mes lèvres, son doigt dans ma fente. S’en suivit un long baiser. Mon corps embrasé dans la fraîcheur du lac accueillit son membre avec délice. Nous ne formions plus qu’un, je serrai sa taille entre mes jambes.

J’ai joui très fort cet après-midi-là.

A SUIVRE

© Ji Bocis