Les pépins d’un voyeur 3/3

3.1 Gaétane endormie

Crédit photographique : Brooke Winters — Unsplash

Plus qu’agacé par ma déconvenue avec cette Élia, je lance mon 4x4 flambant neuf sur la rocade. Dans un flot de heavy métal, je zigzague entre les voitures, fais crisser mes pneus, pour enfin presser l’accélérateur à fond de course sur la route un instant dégagée. Tout à coup, un texto garni d’émoticônes en forme de cœurs rouge vif s’affiche sur mon smartphone. Gaétane, ma copine. « J’ai envie de toi. »

Ah tout de même, après deux semaines de silence !

« Viens me chercher, je suis chez des copains. »

Soudain, tous les espoirs sont permis. Je songe déjà au bas-ventre de Gaétane que je vais sous peu dénuder. La vie est belle.

Je poireaute dans les embouteillages et tous les feux sont au rouge. J’arrive très tard.

Je dois sonner maintes fois pour qu’un inconnu vienne m’ouvrir. « Gaétane ? Oui, c’est par là. » fait-il en m’indiquant la porte d’une chambre au fond du couloir avant de s’éloigner dans la direction opposée.

Je trouve Gaétane endormie. Nue. Sexe et seins exposés. Pour seul vêtement, son chemisier grand ouvert, froissé sous son dos. Je la contemple un instant, elle est terriblement sexy, avant de la réveiller en douceur.

— Ah c’est toi, tu as mis le temps !

— Oui, mais dis, j’ignorais que tu dormais nue chez tes copains.

— Tu n’arrivais pas, je me suis assoupie.

— Toute nue ?

— Mais non.

— Alors ?

— Un garçon est rentré quand je somnolais. On avait un peu bu, il a tiré mes vêtements…

J’avise sa fente entrouverte ; mon doigt, possessif, s’y introduit avec une étrange facilité.

— Tu viens tout juste de te faire baiser ! bondis-je, soudain hors de moi.

Gaétane reste coite.

— Par qui ?

— Je ne sais même pas son nom, avoue-t-elle finalement.

— C’était bon ? fais-je d’un ton méprisant.

— Oublions cela, veux-tu ? dit-elle nonchalamment.

Elle prend mon visage entre ses mains et glisse sa langue dans ma bouche, mais j’interromps notre étreinte.

— J’ai déjà dû oublier beaucoup de choses avec toi !

— C’est ce qui fait ton charme, Gustave. Viens ! fait-elle en pressant ma face contre son sexe.

— Tout le monde te baise, n’importe qui, fais-je, condescendant.

— À ton tour maintenant ! m’intime-t-elle.

Et puis tiens, je m’en moque ! Mon désir reprend le dessus. Ma langue avide parcourt son intimité, l’absorbe en la pénètrant. Gaétane gémit. Sur mon palet, je crois déceler un goût de sperme. Elle a donc baisé sans capote !

— Encore, encore, m’implore-t-elle.

Je sens monter son orgasme, je n’ose pas l’interrompre.

Impatient pour la suite, les balles pleines, je bande désespérément.

Oui oublions, tu as raison, tu as toujours raison, Gaétane, pensé-je en me libérant enfin, au fond d’elle.


3.2 Parcours d’artistes

Crédit photographique : Volha Flaxecoon — Unsplash

Ma femme Tricia a de drôles d’idées. Voilà qu’elle fait son repassage nue en présence de ses invités !

— Voyons Tricia, habille-toi ! dis-je irrité par cette lubie.

Au-dessus de sa paire de seins ronds et pointus, Tricia me jette un œil mauvais. Devrais-je repasser à sa place ?

— Tu ne sais même pas qui sont ces amis, mes amis ! réplique-t-elle.

En effet, parmi les trois couples qui, vêtus de pied en cape, prennent le thé, je ne connais que Thérèse Morange, une accoutumée de la maison.

— Thérèse, dis-je, présente-moi, veux-tu, puisque Tricia n’est pas d’humeur.

— Pardonne-la, Gustave, elle prépare son exposition pour le Parcours d’artistes, la semaine prochaine. Nous sommes là pour l’aider.

— Tricia, exposer ? Mais quoi ?

— Ah, tu n’es pas au courant bien sûr, c’est une surprise. Une artiste se doit de surprendre, n’est-ce pas ? fait Thérèse, goguenarde.

Puis, à la cantonade :

— Que diriez-vous d’un sauna ? Tricia a grand besoin de se détendre.

Le groupe acquiesce joyeusement, « Excellente idée ! » à laquelle je ne peux décemment pas m’opposer.

Nous y voilà.

Ce n’est pas mon truc le sauna, ces vapeurs m’épuisent. Je sors et laisse la compagnie s’enfumer.

À mon retour, Tricia, jambes écartées, semble se livrer à un exercice d’assouplissement sur le banc face à nos amis qui l’observent d’un air convenu. « Il faut que Tricia soit en pleine forme », me glisse Thérèse Morange comme pour me rassurer. Sans doute a-t-elle senti la moutarde me monter au nez, mais c’est trop tard. Dans la vapeur brûlante, j’éclate :

— Assez, Tricia ! hurlé-je, assez maintenant !

— Un instant, j’ai presque fini, dit Tricia imperturbable.

— Toute occasion est bonne pour te montrer…

— C’est le propos de l’exposition, interrompt Thérèse.

Je ne comprends rien, je ne décolère pas.

— J’ignore ce que tu mijotes, Tricia : chez nous, ici au sauna, sans vergogne partout tu t’affiches ! Tu cherches un amant, ou quoi ?

— Désolée, j’ai déjà trouvé, réplique-t-elle persifleuse.

Une fois de retour, dépité, je téléphone à Raoul et lui conte mon après-midi mouvementé.

— Ben voilà ! fait-il simplement.

— Comment ça Ben voilà, ça te paraît normal à toi cette folie ?

— Oh, c’est une femme, faut pas chercher à comprendre.

— Et son histoire d’amant ?

— C’est des craques, laisse tomber.

Je raccroche déçu d’une telle indifférence. Raoul est un vulgaire machiste, je n’ai pas grand-chose à en attendre.

Pour le reste, soit, je veux bien croire à une mauvaise blague, sexe ouvert en public…

Le carton d’invitation au Parcours d’artistes m’informe sommairement du thème choisi par Tricia pour son exposition :

L’hypernudité à la lumière des grands maîtres,
Par Tricia Dombergue.
Musée municipal, Salle François Boucher.

— Qu’est-ce que cela signifie ? demandé-je perplexe à Tricia.

Elle consent enfin à me révéler son projet.

— C’est une œuvre live, je serai nue.

— Tu vas te montrer à la ville entière ? Mais tu es folle !

— Mon œuvre est mon corps.

Je me retire sans piper mot. J’ai beau m’assumer voyeur invétéré, il s’agit de ma femme. Rien ne va plus.

Le grand jour arrivé, Tricia s’apprête sous mes yeux. Je remarque d’abord ce tatouage factice, un signe cabalistique au-dessus de son poignet droit. Puis son piercing à deux perles fiché dans son nombril. Et ce sexe épilé à la perfection. S’est-elle jamais toilettée pour moi de la sorte ? J’émets un sifflement vulgaire.

— Tu m’accompagnes ou je prends un taxi ? dit-elle froidement.

Le parking du musée a été dégagé pour la circonstance. Seule la voiture de Tricia y est autorisée. Quelques dizaines de voyeurs (enfin, d’amateurs d’art…) attendent le happening. Tricia, tout sourire, sort du véhicule, salue brièvement et se met à courir dans le plus simple appareil en direction du musée. Tête basse, mon regard accompagne le mouvement de ses tongs bleu pastel sur l’esplanade de béton fissuré, le verni rose bonbon de ses ongles de pied. Les applaudissements crépitent. Je crois même sentir des relents de barbe à papa. Oui, bien sûr, un Parcours d’artistes est une fête populaire où l’on amène les enfants…

Tricia atteint l’entrée du musée où le conservateur l’accueille chaleureusement. Ah, celui-là aussi est de la partie ; c’est la première fois, m’a-t-on dit, qu’il ouvre son établissement au Parcours d’artistes !

Pressé dans la cohue, je parviens quelques minutes plus tard sur les lieux de l’exposition live. Tricia, chair parfaite, immobile et vivante, rivalise avec les tableaux du maître. Le conservateur prend la parole : « Nous avons choisi d’exposer l’hypernudité précisément dans la salle consacrée à François Boucher, peut-être le plus célèbre peintre et artiste décoratif du XVIIIe siècle, dont on a pu dire qu’il était l’un des génies les plus purs. Les œuvres d’art nous apprennent à regarder la nature sous un jour nouveau. Revenons à Boucher et célébrons aujourd’hui l’hypernudité : savourons Tricia Dombergue, plus nue que nue à la lumière du grand maître ! En cette exceptionnelle occasion, nous décernons officiellement à Tricia Dombergue le prix municipal de la féminité ! Tricia, bravo, mille fois bravo ! »

Nous sommes dans les jardins du musée. Les grands admirateurs pullulent autour ma vedette. J’aperçois Raoul et Marlène. Face à la presse locale, Tricia pose pieds nus dans l’herbe verte. Elle est aux anges, je reconnais son sourire des meilleurs jours. Son bonheur m’émeut. Le mateur est maté…

Emporté par la frénésie ambiante, il me vient une idée dont je m’ouvre à nos amis Raoul et Marlène. « Après tout, cela me donne envie de lui faire à mon tour une surprise ».

— Je vais lui offrir des vacances naturistes.

— Tu me rassures, dit Marlène, tu commençais à nous faire une dépression.

— Cela vous dirait de vous joindre à nous ? demandé-je.

— Qu’en penses-tu, Raoul ? Ça nous changerait ! fait Marlène, soudain séduite par ma proposition.

— Mouais… Pourquoi pas ? Avec ou sans culotte, on a tous besoin de vacances.

— Je connais un bel endroit, je m’occupe des réservations, dis-je d’un ton serein.

À SUIVRE. Ou bien… impatient(e) de connaître la suite ? LES PÉPINS D’UN VOYEUR est disponible sur Amazon | Kobo | Apple