Lion — Saison 3, Jour 1 : Bienvenue dans la jungle des start-ups !

Vivez la (dé)formation comme si vous y étiez

Temps de lecture estimé : 10 minutes

Samedi 14 janvier 2017.

Dans la rue du Petit Musc, plus de 150 personnes ont reçu l’invitation pour venir à TheFamily afin de faire leurs premiers pas dans la jungle des startups. Tous les samedis pendant deux mois, ils vont participer à Lion, un programme d’éducation gratuit dont l’objectif est de former des futurs employés de startups ambitieuses.

Parmi les 2 000 candidats, tous ont fait l’objet d’une sélection exigeante à travers trois étapes éliminatoires : un questionnaire en ligne, un entretien et une évaluation post-entretien afin d’assurer de la qualité des profils.

Que ce soit dans l’acquisition de l’état d’esprit, de la culture d’entreprise, des méthodes de travail, la pédagogie de Lion a été conçue par et avec des entrepreneurs (fondateurs, salariés passionnés, partenaires TheFamily). En France, une telle initiative de cette envergure est inédite.

Ayant été un Lion de la saison 2, c’est avec une certaine excitation que je reprends les cours avec une toute autre perspective : celle de vous raconter l’histoire de cette troisième saison.

Le programme de cette première journée est simple : se faire tirer le portrait, suivre deux cours avec Oussama Ammar, cofondateur de TheFamily, et faire plus ample connaissance entre participants.

Mégane Dreyfuss, CEO de Lion, accueille les lionceaux.

La réalité des startups

« Entendre parler un fondateur qui raconte son histoire, c’est comme écouter un gars dans un hôpital psychiatrique. » — Oussama Ammar

Elon Musk qui veut aller sur Mars, Mark Zuckerberg qui conçoit une intelligence artificielle, Larry Page qui désire devenir immortel. Comment opérer la distinction entre le storytelling de la réalité au quotidien ?

Dans l’inconscient collectif, les gens ont besoin de croire à quelque chose qui les dépasse, d’entendre que les superhéros existent, après tout les tribus ne se forment pas autour de causes médiocres. Les entreprises qui réussissent aujourd’hui forment des tribus autour de leur cause pour croître et plaider leurs idées et produits.

Ce genre d’illusion les startups les entretiennent par nécessité de survie, mais aussi pour se protéger de la réalité du monde extérieur, hostile à toute volonté de disruption ; c’est une jungle, un espace naturel peuplé d’animaux sauvages ou le plus fort impose sa volonté. Cela est une loi immuable qui se retrouve dans chaque tentative d’innovation.

Les entrepreneurs sont des hérétiques. Ils sont de ceux qui remettent en cause le statu quo et les dogmes existants. Ils agissent sans demander la permission, prennent position et font avancer les choses parce que leur foi inébranlable leur font prendre des risques parfois inconsidérés, mais toujours justifiés par la vision du monde qu’ils veulent voir.

Du côté de l’employé, la réalité est toute autre. S’il est bon, c’est un allié. S’il est mauvais, c’est le premier ennemi de l’entrepreneur. Les employés représentent une source de résistance, d’évolution et de croissance dans une boîte. C’est le rôle des fondateurs de s’assurer que son équipe soit alignée avec eux afin d’avancer le plus vite possible.

« Les startups sont l’endroit où les incompétents ont le plus d’avenir. Au début, t’as juste besoin des gens qui ont la foi et qui sont bienveillants pour faire avancer la boîte. »
Oussama Ammar

Une startup n’est pas une entreprise comme les autres, car elle n’a aucun business model établi, les réalités sont tout autres et l’état d’esprit différent. Elle est une organisation sociale en faillite permanente qui ne fait que repousser sa date de mort par la volonté de l’entrepreneur et de son équipe.

Il y a deux manières de réussir : travailler dur et savoir provoquer sa chance. Pour avoir de la chance, il faut être en position de la susciter et travailler deux fois plus que les autres. C’est dans cette volonté de discipline acharnée que les entrepreneurs s’entourent d’employés qui leur ressemblent.

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » — Sénèque

La valeur du réseau Lion

En France, la plupart des gens puisent leurs relations dans trois puits (l’école, le travail, les amis d’amis) et se contentent donc de vivre une vie par défaut. D’autres réaffirment leur souveraineté en décidant de reprendre le pouvoir de décision qu’un système leur aurait dérobé.

L’ambition de Lion est de créer un réseau d’employés actifs pour faciliter les interconnexions dans l’écosystème des startups. Sur le long terme, cela contribuera à désintoxiquer le climat français qui n’est pas encore suffisamment mature pour faciliter la réussite entrepreneuriale. Mais 2017 annonce quelques signes de bon augure…

Station F : 34 000 m² pour accueillir 1 000 startups — Ouverture : le 1er avril 2017, ce n’est pas une blague.

La valeur d’un employé dans une startup

Dans une startup, on passe son temps à se tromper. Il faut avoir le courage d’exprimer ses opinions, sa singularité, ne serait-ce que pour prendre de la valeur en comprenant qui vous êtes et avec qui vous êtes compatibles.

Un fondateur finit toujours par avoir des employés à son image. Autrement dit, seules les personnes motivées et passionnées par la vision du projet sont en mesure de s’y investir suffisamment pour faire avancer la boîte. Les compétences ne sont pas négligées pour autant, mais elles ne suffisent plus.

Rejoindre une startup, c’est être aligné avec l’entrepreneur, c’est adhérer à une culture d’entreprise, c’est partager un ensemble de règles qui, dans un cadre donné, sont évidentes pour les initiés. C’est parler un langage commun et partager des hypothèses cachées.

Travailler pour une start-up est un investissement lourd : il y aura toujours de nouvelles choses à faire. La progression rapide et votre capacité d’apprentissage seront très largement sollicitées pour répondre sur tous les fronts opérationnels réinventés en permanence.

Les robots arrivent

Des emplois sont menacés par des robots, l’automatisation des tâches à faibles coûts à déjà commencé à s’imposer dans des caisses automatiques, des robots ménagers. Vous voulez savoir si vous êtes le prochain ? Très bien.

Nous faisons trois sortes de choses.

  1. Des tâches déductives, où on peut en principe appliquer des règles : faire une note de frais, émettre une carte d’embarquement.
  2. Des tâches inductives, où on part des faits pour aller vers les lois générales : décider d’accorder un prêt, trier des CV de candidats.
  3. Ce qui demande de la flexibilité, de la créativité, ou de l’improvisation : gérer une crise, écrire un article, répondre à des questions. Bref, tout ce qui s’apparente à l’exécution et l’expérience.

Combien de temps passez-vous chaque jour sur chaque catégorie ? Toutes les tâches déductives sont automatisables, les tâches inductives le seront pour bientôt avec l’intelligence artificielle.

Que vous reste-t-il ? Les tâches les plus intéressantes, et ça tombe bien, car l’écosystème startup favorise le développement de ces aptitudes.

« Les startups, c’est une fabrique à raison d’être. À la fin de la journée, ce qui compte, c’est le courage. »

Les startups, une destination à aller simple

« Tous ceux qui écoutent la génération au-dessus d’eux… finissent malheureux. Car ils vivent dans un monde qui n’existe plus. » — Oussama Ammar

Rejoindre une startup, c’est faire le choix de la piraterie. Comme toute aventure extrême, cela comporte des risques qu’il faut savoir mesurer en fonction de ce que vous êtes prêts à sacrifier afin de gagner en autonomie et en liberté.

Ce qui est vrai dans le monde des startups ne l’est pas forcément dans des grandes entreprises, et inversement. Un paquebot ne se manœuvre pas comme une petite embarcation de fortune.

Passer dans le monde des startups doit donc être un choix réfléchi et pris en toute connaissance de cause. Il faut être prêt à revoir en permanence sa copie parce que le marché ne cessera d’interroger ce que vous êtes et ce que vous proposez. L’échec n’est plus une fin en soi, mais un rite initiatique oblige.

Développer son antifragilité

« Ce qui ne me tue pas, me rend plus fort. » — Friedrich Nietzche

En France, la plupart des gens ont tendance à mal gérer leurs échecs et à les partager. Après tout, personne n’aime évoquer toute situation qui a suscité une remise en question profonde. Un employé de startup doit savoir échouer pour développer ce que Nassim Nicholas Taleb appelle l’antifragilité.

Un système dit antifragile est un système qui se renforce et évolue positivement aux problèmes grâce au chaos. Notre corps en est un exemple flagrant, il n’est pas fragile, s’adapte à l’hostilité de son environnement, endure les coups, le froid, le stress. S’exposer à une dose équilibrée de souffrance avec un temps de récupération, lui permet de devenir plus fort, plus résistant, plus performant. Il en est de même dans l’écosystème startup.

Tout le monde n’est pas fait pour être entrepreneur. Il vaut mieux être un employé d’exception recherché par des boîtes qu’un entrepreneur médiocre dont personne ne veut. Tout en sachant qu’il est tout à fait possible d’être entreprenant sans être un entrepreneur.

Pourquoi travailler en startup ?

« À force de vivre la vie comme dans un film, la vie fera de moi une star. » 
Oussama Ammar
  1. Les compétences importent peu : un employé en startup est constamment amené à se surpasser. Ce qui compte, c’est la conviction que vous avez dans ce que vous faites pour pouvoir vous y investir plus et vivre des expériences extraordinaires.
  2. Acquérir une expérience unique : parce que les employés en startup font des choses qu’ils n’auraient jamais pu faire avant.
  3. Pour apporter de la valeur et avoir un impact : faire le choix d’une startup, c’est rejoindre un endroit qui grandit plus vite que vous et qui vous oblige à courir plus vite pour y rester. Il faut rester en état d’apprentissage constant pour s’adapter aux évolutions de son marché.
  4. Une véritable aventure humaine : choisir une entreprise en adéquation avec les valeurs que l’on peut apporter, soutenir une cause, s’enrichir au contact des autres, se dépasser et pousser encore plus loin la réussite de la startup. Ça en fait des histoires à raconter.
  5. Salaires, actions, stock options : on gagne bien sa vie dans une startup parce que la valeur d’un salarié est reconnue et en fonction de ses résultats. Tout travail méritant salaire, le faire à un haut niveau doit être justement récompensé. Prêtez attention à la façon dont les entrepreneurs paient leurs employés, car cela reflète la culture d’une boîte.

Comment savoir quelle startup rejoindre ?

« Heetch, ce qui était bien, c’est que dès le premier entretien, on savait tout ce qui allait foirer. On était comme des vikings prêts à aller au combat. » 
 — Oussama Ammar
  • Connaître ses motivations : un objectif est une formule qui clarifie et précise ce que vous voulez. Plus vous saurez ce que vous voudrez, plus vous serez motivé à faire ce qu’il faut pour l’atteindre.
  • Apprendre à juger une startup : à l’extérieur, le niveau d’informations sur une startup est souvent difficile à acquérir. Provoquez votre chance en allant dans des événements (meet-ups), faites quelques missions sur Side.co pour rencontrer des fondateurs, inscrivez-vous aux newsletters (Welcome to the Jungle, TheFamily, Station F, Daphni). Sortez !
  • Savoir ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas : en engageant une réflexion sur vos limites afin de gagner du temps. Être patient et avoir une vision à long terme de sa carrière permet de dégager plus de valeur parce que vous savez ce que vous voulez. Et si jamais votre travail ne vous plaît pas, n’ayez pas peur de changer jusqu’à trouver le bon.
  • Une volonté forte de résoudre des problèmes : comme dirait Alice Zagury, « en startup, l’échec est une norme, mais ce n’est pas pour autant que la médiocrité y est tolérée ». L’échec n’est qu’un futur qui a essayé de se manifester au mauvais moment. Échouer représente une opportunité de faire autrement.
  • Imaginer le pire scénario : de la startup qui vous intéresse pour penser aux solutions que vous pouvez apporter afin d’empêcher l’entreprise d’échouer. Si vous ne trouvez pas de raison pour laquelle la startup pourrait échouer, cela signifie que vous n’êtes pas compétent pour y travailler.
  • Ne pas attendre d’avoir toutes les informations pour prendre une décision : choisir, c’est renoncer à autant de possibles que vous pourriez explorer. Prendre une décision, c’est s’engager à suivre un plan d’action donné et cela restera toujours sous votre responsabilité.
« Il n’y a rien de pire que d’intellectualiser les décisions de ta vie, car tu vas passer beaucoup plus de temps à réfléchir qu’à vivre. »
Oussama Ammar