La banalité, c’est la vie même
Journal d’un manche à couilles (billets d’humeur, comptes-rendus d’escapades nocturnes et d’histoires à la con)
J’ai loupé une fantastique photographie vendredi après-midi. Ce que j’ai vécu durant cette journée ensoleillée tandis que j’arpentais la rue des Archives, c’est un instant de vie, l’un de ces petits moments du quotidien chargés de sens, qu’ils en arrivent à te faire réfléchir sur ta propre existence.
J’avais la tête ailleurs lorsqu’il m’est apparu sur ce trottoir étroit. Le premier mot qui me vient à l’esprit, énergumène, oui, c’est ça. Petit homme aux cheveux blancs très courts et aux pommettes creusées, il avait la cinquantaine bien tapée. Sec comme une crevette, vêtu d’un t-shirt noir de crasse et d’un jean délavé par l’usure trop large pour lui, il était planté là, pâle comme un fantôme, hypnotisé par la bière bas-de-gamme qui se trouvait entre ses doigts. Après avoir délicatement ouvert la canette avec l’index de sa main droite, il l’amena d’un geste parfaitement contrôlé à son bec tout en penchant la tête en arrière pour se délecter du contenu. Une légère larme coulait de l’un de ses yeux bleus vitreux. J’avais face à moi un alcoolique qui rechargait les batteries après ce qui semblait avoir été une éternité. Un homme marqué par la vie et sa dépendance à l’alcool, acteur d’un moment d’une rare poésie. J’ai bien hésité à faire demi-tour, mais j’ai su en mon fort intérieur qu’il était trop tard, ce que mes yeux avaient capté quelques secondes plus tôt, jamais une photographie n’aurait pu le restituer.
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