Le canal St Martin, la hippie et la prof de philo
Journal d’un manche à couilles (billets d’humeur, comptes-rendus d’escapades nocturnes et d’histoires à la con)

Rendez-vous sur le canal St Martin pour grignoter et picoler. « C’est l’anniversaire de tonton Charlie », me dit Tom via iMessage. On se décide à lui payer ses coups durant toute la soirée, ce qui ne changera pas grand chose, Charles fait partie de ces gens qui ont le don de vous faire raquer une fois les douze coups de minuit passés. Le genre de raclure qui sort uniquement avec un billet de 20 balles sur lui, prétextant d’avoir oublié sa carte bleue sur le coin de la table basse. Il y a foule sur le Canal ce soir, mais contrairement à mon aventure nocturne précédente, l’air est plus lourd. Les deux loustiques vident leur pack de Leffe, tandis que je tête le goulot de ma bouteille de Powerade coupée à la vodka : nous matons les petits culs comme trois darons à la plage pendant que leurs gosses font trempette et emmerdes leurs mères. La belle vie. Du trio, je suis l’unique célibataire, Tom est épanoui dans son couple onze mois sur douze, quant à Charles, c’est le wild one, il navigue en eau trouble. Ça gonzesse lui fait l’effet d’une épine dans le cul, une douleur vicieuse à laquelle tu t’habitues, et qui par moment te réveille en sursaut. Ici, rien d’hors norme, simplement les déboires de trois mecs qui nagent le crawl dans une mer qui s’avère par moment bleue azur, et qui en période d’intempéries se transforme en torrent de chiasse. Je profite de nos retrouvailles pour enrichir ma mythologie, et pitch ma rencontre fortuite avec une gonzesse qui aime bien les artistes mais ne supporte pas les gens prisonniers de leur zone de confort, appelons-la, la hippie.
Je fêtais — encore — un anniversaire le long du canal face au Cork And Cavan. Rien de bien marquant durant la soirée, si ce n’est un éthiopien bourré qui est allé emmerder une bande de jeunes, dont l’un d’entre eux proféra des menaces de représailles à l’abri de ses camarades qui le retenaient. Nous avons donc finit au niveau du Bizz’art, quai de Valmy, avec pour seule compagne une bouteille de rhum bas de gamme, jusqu’à l’arrivée de la hippie : 27 ans, 1m65, cheveux châtain, tâches de rousseurs, tête d’enfant, poitrine d’adolescente. Sasha étant lui aussi en couple, il ne restait donc en compétition qu’Antoine et moi. Je ne comprends toujours rien aux bonnes femmes, mais je sais comment m’y prendre pour tirer mon coup. Il suffit de lui donner ce qu’elle veut. Un peu d’écoute active, de réponses adaptées, et le tour est joué. Au bout de quelques heures, la hippie et moi étions devenus inséparables, nous nous prenions la main à la moindre occasion, il y avait de la magie dans l’air ; j’appréciais sa douceur, sa candeur, et m’imaginas déjà la perforer avec mon sexe, je pouvais même entendre ses gémissements. Manque de pot j’ai foiré, et la soirée se conclue par de suaves et langoureux baisés avant que chacun ne rentre chez soit. Ouais, la pauvre s’était mise à pleurer quémandant des câlins, comme si mon rôle fut d’expier tous ses pécher et autres mauvais souvenirs d’une relation passée. Ce que je fis sans broncher persuadé qu’aider son prochain engendrerai un retour de karma positif, et je n’entends pas par là : une branlette le long du canal. J’aurais pu me les prendre et me les mordre, mais j’ai préféré relativiser et trouver son alter égo sur les Tubes.
Ah, Faye Reagan mon amour.
Retour à l’anniversaire de Charles : comme d’hab’, je me retrouve seule à partir de trois heures du mat’. Cette fois j’atterris aux Petits Tonneaux, un bar situé face au Gibus qui se transforme en rade pour pochetrons une fois la nuit tombée. L’un des rares lieux du quartier à rester ouvert jusqu’à l’aube. Autant dire que ce n’est pas ici que tu vas trouver la femme de ta vie, mais pour tirer la charrette c’est la bonne adresse. Assise prêt de l’entrée du bar, je la rejoins après m’être commandé un demi de blanche. Je la regarde sans broncher, elle qui est au bord du coma éthylique. Aline est professeur de philosophie, Aline parce que je ne me rappelle guère de son prénom, Aline parce que j’ai toujours voulu coucher avec une Aline. L’échange est très limité, je n’ai rien dire, je me fous éperdument de ce qu’elle raconte, je n’ai qu’une envie, baiser. Rapidement Aline me fait part des épreuves qu’elle a traversé et de la philosophie qui en découle : carpe diem — le yolo des plus de 35 ans et des profs de philo. Je ne peux m’empêcher de sourire comme un con, j’ai bien saisi le message. Elle sort de sa léthargie et m’embrasse goulument, il n’en faut pas plus pour que mes mains baladeuses atterrissent sur sa poitrine et se faufilent sous sa robe. « Putain, faites en sorte que personne de ma connaissance ne passe devant nous, je sais bien qu’avec quelques verres dans le nez et deux doigts entre les jambes, n’importe qu’elle femme est une princesse, mais j’en ferais un infarctus si on me prenait la main dans le sac… »
Après quinze minutes à se donner en spectacle sur le trottoir nous nous décidons à filer pour terminer le travail. Elle hésite à m’amener chez elle prétextant un appart minable du côté de La Chapelle.
« Non mais t’as bien un matelas, dis-je en dégueulant ma phrase. Les sucs gastriques me brûlent la gorge et mon visage se déforme.
— Bah, ouai », répond t-elle avec un air con.
L’avantage de baiser chez l’habitante c’est de pouvoir détaler au petit matin, sans se retrouver coincer, et ça vaut son pesant de cacahuètes. Je suis pour la malice mais allergique au malaise. En effet, l’appartement est miteux. Situé sous les toits, il ressemble plus à une chambre de passes qu’à un logement : les toilettes et la douche sont sur le palier, une plaque chauffante est posée sur une chaise en bois, une petite table en plastique est disposée dans le coin, même un crackhead ne voudrait pas de ce taudis. Mais le matelas est à sa place. On a pour habitude de comparer une bonne suceuse à une joueuse de flûte, Aline, elle avait du jouer dans un groupe de Jazz. Bon dieu, une vraie trompettiste, j’ai bien cru qu’elle ne laisserait rien. J’aurais pas eu la queue plus humide en m’arrosant sous la douche. Pour le reste, c’était sale et bestial, un vrai combat de catch turc et le pire restait à venir… Nous avons remit ça le lendemain sans manger, ni s’laver.
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