WRONG : LES JOURNALISTES FACE AUX FAKE NEWS

Mael Rousseau
Sep 6, 2018 · 4 min read

« Regardez ce qu’il s’est passé en Suède. En Suède ! ». Une attaque terroriste ? Pas que l’on sache. Le Président Donald Trump compte aujourd’hui une moyenne de 7 Fake News produites par jour. Il accuse même les médias traditionnels d’en être à l’origine. Dans ce contexte, quelle peut être la place des journalistes pour contrer ce phénomène alimenté par les réseaux sociaux ?

Pour répondre à cette question, penchons nous sur ce qu’en pense Eric Scherer, acteur majeur de la réflexion sur le journalisme de demain. Twittos aguerri, branché tech, médias et leur évolution, il est le directeur de l’Information chez France Télévision, une référence dans le monde du journalisme. 30 000 abonnés suivent son compte Twitter, très fourni, sur lequel on peut lire la bio suivante :

· Spying on the future @Francetele.

· Corporate hacker @AFP, @Reuters.

· Explorer of the digital revolution at the intersection of media, journalism and tech.

Des thématiques dont il parle sur le blog Méta Média, où il insiste sur le rôle plus que nécessaire des journalistes dans les médias sociaux.

COMMENT NAÎT UNE FAKE NEWS ?

Dans son article Fake News, et si la solution passait par un vaccin ? Eric Scherer parle de l’organisme Néerlandais DROG, qui éduque les publics face à ce phénomène. Il donne la recette d’une Fake News, littéralement une imitation d’information (qui utilise les codes des médias traditionnels) :

· Ecrire du contenu chargé émotionnellement

· Le pimenter pour bien diviser et polariser des communautés

· Assaisonner de théories complotistes

· Attendre l’arrivée d’un fact checker

· Apprendre à se défendre contre lui, soit en niant, soit en l’attaquant

DES PROFESSIONNELS DE L’INFORMATION PLUS QUE JAMAIS LEGITIMES

Le problème n’est pas tant l’existence des Fake New portée par la viralité des réseaux sociaux. Il y aura toujours des détournements, des rumeurs, chacun pouvant comme Donald Trump faire des raccourcis basés sur des informations plus ou moins vraies, des vidéos, des photos, etc.

Le problème, c’est le doute que les Fake News instillent dans l’opinion publique. L’important n’est plus le contenu mais l’effet qu’il provoque sur l’internaute, explique Michel Eltchaninoff, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, lors d’une interview

Même si elle est absurde, les journalistes se doivent de démentir une rumeur pour éviter qu’elle ne prenne de l’ampleur.

Face aux Fake News, la solution réside dans l’éducation des publics : avoir le réflexe de démêler le vrai du faux. Le travail du journaliste se révèle plus que jamais nécessaire. Grâce à son travail d’investigation, de croisement des sources fiables, de vulgarisation de propos complexes, ce que va écrire le journaliste va tout de suite être contextualité et compréhensible pour l’internaute.

Si l’indice de confiance envers la profession diminue, le public continue à privilégier les informations provenant des médias traditionnels. Le métier de journaliste a donc toute sa légitimité.

DATA JOURNALISME

Eric Scherer, lors d’une table ronde à Paris sur a-t-on encore besoin des journalistes ? explique que « le cœur du journalisme qui doit rester est de donner du sens, décrypter, hiérarchiser, mettre en perspective, aller sur le terrain. C’est ce qui constitue la « valeur ajoutée éditoriale ».

A ceci doivent s’ajouter des compétences numériques, prévient-il : « Il faut être au plus proche de la technologie sinon les journalistes sont hors course ».

D’ailleurs, de plus en plus les journalistes utilisent la data pour mettre en lumière des faits. C’est ce qu’on appelle le data journalisme. Les données jouent un rôle important dans le contrôle de la véracité des informations. De nombreux projets de fact-checking existent pour prouver la transparence et la fiabilité des interlocuteurs. Rien qu’en Europe, il en existerait 52 selon Reporter’s Lab, qui peuvent servir aux journalistes dans leurs recherches. Malheureusement, ils sont souvent éphémères (quelques années) et périodiques, car créés lors d’élections.

DES MESURES CONTROVERSEES

Les députés de la République en marche souhaitent eux aussi s’engager contre les Fake News en proposant de passer par le juge pour retirer une information douteuse. Une proposition de loi vivement critiquée par le Syndicat National des Journalistes qui craint une entrave à la liberté d’expression dans la presse. Rejetée en juillet, la proposition sera réétudiée cet automne.

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