Prose d’un VC Optimiste

Spoiler Alert: Ca balance. Et je donne nos performances.

La semaine dernière, nous discutions avec un investisseur du marché des VCs. En France comme ailleurs, les investisseurs discutent beaucoup entre eux, ça nous rassure…

Rien de très original lors de notre discussion: Une pincée de gossips et beaucoup de phrases toutes faites du type “tout fout le camp”, “c’est la bulle avant la crise”, “il y a plus de saisons” ou encore “il y les bons et les mauvais VCs, la différence c’est que le mauvais VC il investit alors que le bon VC il investit, mais bon… C’est un bon VC quoi”…

Les banalités habillent notre “écosystème” depuis toujours, quelle que soit la saison. On adore parler des grosses levées, des grosses branlées (même si on est des petits joueurs à coté de Theranos, Fab ou Jawbone), des ventes à la casse à des industriels comme si Google venait de se coter en bourse ou des rachats pour quelques centaines de millions d’euros en disant que c’est dommage et qu’on aurait pu faire mieux…

Pendant qu’on fanfaronne, qu’on se plaint ou qu’on refait le monde sans se mouiller, il y a heureusement des entrepreneurs qui avancent vraiment, très concentrés sur leur mission, celle de servir des solutions exceptionnelles à leurs clients.

Et puis il y a les autres… Ceux qui peuplent les concours, les conférences sur l’intelligence artificielle ou qui répondent à des journalistes pour raconter l’histoire de leur POC avec la Compagnie Générale Des Eaux…

Du coté des investisseurs, c’est exactement la même chose. Nous sommes dans une industrie qui marche sur la tête depuis toujours à cause du manque de méritocratie qu’elle devrait pourtant véhiculer. Du coup, les signaux faibles se multiplient et dans la plus grande hypocrisie générale, il se chuchote que…

  • Idinvest sait pas quoi faire de tout son argent
  • Partech a un problème de réputation et de carried
  • 360 capital partners fait plus que des robots
  • Daphni fait des deals bizarres
  • Iris ?!?…
  • Serena se la joue VC à valeur ajoutée
  • Balderton a encore perdu contre Accel sur un deal SaaS
  • EQT et Atomico galèrent un peu à croquer le gateau
  • Elaia, Ventech et Isai se la racontent VCs responsables
  • Index pré-empte plus vite que son ombre et Martin a disparu
  • Kima ? (lâchez-vous en commentaire :))
  • Alven ils ont pas de filles dans l’équipe ?!…
  • Newfund cherche à se racheter une réputation
  • Il y a un mec qui lance Karot capital et tout le monde se marre alors que c’est pas une blague en fait…
  • Otium paye trop cher mais tout le monde voudrait leurs deals
  • Désolé pour ceux que j’ai oublié…

Rhooooooooo ! Il a quand même pas osé écrire tout ça… Ce ne sont pas des secrets, et c’est juste un antipasti donc j’ai été sympa quand même…

Dans l’investissement, les deux seules choses qui comptent sont la réputation et la performance, l’un étant souvent le moteur de l’autre et inversement, à condition d’être discipliné et consistant dans son travail… Et d’avoir un peu de talent.

On écrit seulement l’histoire à la fin et il faut au moins 10 ans pour commencer à faire les comptes…

▓▓▓▓░░░░░░░░░░░ 25% complete

En attendant, les légendes urbaines, les faux semblants et les plus values latentes meublent l’espace aux cotés de certains mémos malhonnêtes à destination de potentiels LPs (Ceux qui investissent dans les fonds).

J’en profite pour vous donner notre performance (En €) sur 2015, 2016 et 2017 avec Kima Ventures. Chiffres actualisés au Q4 2017.

Millésime: Montant Investi / TRI / NAV / Perf. Latente / Perf. Réalisée

2015: 8 627 993 / 32.02 % / 15 056 372 / 6 428 379 / 1 272 870
2016: 13 373 687 / 23.41 % / 16 672 556 / 3 298 869 / 1 274 383
2017: 13 778 533 / 28.30 % / 15 451 654 / 1 673 121 / 22 982

Sur les deals dont les montants sont plus importants (Zenly, Payfit, Side, Ibanfirst, Sourced, Doctrine, Forest, Alan, Openclassrooms, Dice), le TRI est de plus de 75% et la performance réalisée est supérieure au montant investi.

Merci Zenly. Et gardez le focus, on est hyper fiers avec Xavier :)

Kima Ventures est une formidable machine opérationnelle avec une importante vélocité naturelle grâce aux 30 à 50 deals que nous voyons tous les jours et aux 100 nouvelles startups dans lesquelles on investit chaque année. En plus de 600 que nous avons en portefeuille.

On essaye d’être rapide, bienveillant et d’agir comme un joker que les fondateurs ne regretteront jamais d’avoir dans leur main et qu’ils activeront peut être grâce à notre réseau, nos ressources ou notre bon sens.

Mais parce que la véritable vocation d’investisseur en capital risque provient de la volonté profonde de créer des relations intimes et singulières avec des fondateurs que nous trouvons exceptionnels pour leur clairvoyance, leur capacité d’apprentissage et leur force d’execution, nous avons pris des positions plus importantes dans les quelques deals que je cite plus haut, en espérant sincèrement pouvoir contribuer aux réalisations de ces entrepreneurs.

Notre thèse, lorsqu’on investit dans ces startups, c’est de prendre un risque significatif post adoption mais pré-accélération, alors que tout peut encore se jouer dans un sens ou dans l’autre. L’objectif de ces paris audacieux, c’est de libérer le potentiel d’exécution exceptionnelle des entrepreneurs et de leurs équipes. Et on a quelques postulats attachés à cette thèse d’investissement:

Le futur n’est pas une extrapolation du passé. Appuyer des théories sur les rationnels de valorisation en se basant sur le fait que la moyenne des sorties en capital risque est de 25M€ en France, c’est être pessimiste sur le futur. Or, le Venture Capital, c’est financer le futur, avec un optimisme clairvoyant. Et nous, on est carrément optimiste!

On ne transforme pas des cure-dents en Excalibur. Vouloir financer des startups en cherchant l’efficience du capital à tout prix, c’est oublier que le venture capital ne sert pas à financer le besoin en fonds de roulement, il sert à donner des pouvoirs de clairvoyance, de vélocité et d’excellence aux meilleurs entrepreneurs, à faire des choix éclairés par la stratégie et non l’argent en banque.

Un investisseur ne doit pas optimiser sa position, il doit maximiser le talent, la tête froide. On peut vite se laisser griser par les succès ou dépasser par les échecs. Pourtant, clairvoyance et bienveillance doivent toujours primer sur la peur ou l’euphorie, avec envie, ambition et intelligibilité. Une fois les questions posées et les interrogations soulevées, c’est à l’entrepreneur de saisir la responsabilité de la direction que prend l’entreprise. Seul lui peut décider d’optimiser les conditions ou de minimiser les risques.

Investir dans une startup, c’est comprendre que la probabilité d’échec est importante mais limitée à une fois le montant investi alors que la probabilité de réussite, même s’il est plus limitée et incertaine, peut générer des retours exceptionnels et au delà de tout autre classe d’actifs.

Les meilleures startups ne sont pas issues du consensus, des choix apparemment contre-intuitifs à priori peuvent se transformer en évidences stratégiques à postériori et le degré d’incertitudes est incroyablement élevé les premières années.

J’ai peut être trop regardé l’Histoire sans fin et mon optimisme ou ma folie à vouloir accompagner des entrepreneurs à créer des empires superbes à une échelle qui dépasse le périphérique parisien peut sembler arrogante ou déraisonnable, mais quitte à jouer le jeu, je préfère essayer de gagner au risque de perdre.

Think For Yourself.
Et partage :)