Découverte: EYE, le programme Erasmus pour jeunes entrepreneurs

Bien moins connu que son grand frère estudiantin, le programme EYE (Erasmus for Young Entrepreneurs) permet aux businessmen en herbe de travailler jusqu’à six mois aux côtés de chefs d’entreprise chevronnés. Découverte avec le co-fondateur de whitemilk studio, Jean-Vianney Philippe.

Après avoir officié pendant six ans pour le compte de différentes multinationales et institutions, Jean-Vianney Philippe, 30 ans, décide de monter sa propre entreprise.

“Ça m’avait toujours trotté dans la tête. J’avais envie d’avoir mon propre projet. C’est une autre dynamique, une autre motivation. C’est s’occuper de tout à la fois, sans hiérarchie. C’est une autre aventure, un autre style de vie aussi.”

Incertain du négoce qu’il souhaite lancer — il songe d’abord à importer des produits artisanaux de qualité, avant d’opter pour une agence spécialisée dans le vidéo branding— Jean-Vianney navigue des heures sur la toile à la recherche d’une aide pour développer son business modèle.

C’est alors qu’il découvre EYE, le programme Erasmus pour jeunes entrepreneurs.

Accompagner l’esprit d’entreprise en Europe

Lancé en 2009 par la Commission Européenne, le projet EYE est l’un des piliers du plan d’action “Entrepreneuriat 2020”, qui a pour objectif d’éveiller et d’accompagner l’esprit d’entreprise en Europe.

Concrètement, il permet à un entrepreneur débutant — quel que soit son âge ou le secteur de son activité — de se former auprès d’un chef d’entreprise aguerri, dans un autre pays de l’Union européenne.

En fonction du pays choisi, et pendant six mois maximum, l’apprenti perçoit une aide financière allant de 530 à 1.100€ par mois.

Convaincu, Jean-Vianney pose sa candidature et crée, en parallèle, whitemilk studio, une agence accompagnant les grandes entreprises dans leur stratégie vidéo.

Direction Berlin, métropole créative

Après un temps d’attente, et alors qu’il jouit déjà d’une petite clientèle en Belgique, la candidature de Jean-Vianney Philippe est acceptée.

“J’ai trouvé le ‘perfect match’ : quelqu’un qui bossait vraiment dans le même domaine que moi. C’était la personne idéale pour me coacher et me lancer sérieusement dans le business du vidéo branding.”
Berlin, nouveau terreau des start-ups

Pendant 4 mois, le jeune homme va ainsi se former à Berlin au sein d’AnimaticMedia, une agence spécialisée dans l’animatic (ou storyboard animé, technique permettant de présenter un spot publicitaire TV).

“L’Allemagne faisait partie de mes premiers choix, car je cherchais un pays dynamique d’un point de vue économique. De nombreuses sociétés quittent Londres, devenue très chère, pour s’installer à Berlin. La ville est devenue le nouveau berceau de la communication créative et ça me semblait l’endroit rêvé pour développer mon projet et faire du networking.”

Son coach — le directeur régional de la boîte et ex-producteur exécutif de MTV Networks — , va le guider et lui livrer de précieux conseils sur la direction artistique et le métier d’entrepreneur.

“20.000 échanges d’ici 2020”

De retour en Belgique, quatre mois plus tard, Jean-Vianney Philippe va mettre à profit ses nouvelles compétences et s’investir corps et âme dans le développement de whitemilk studio, société qu’il co-dirige avec deux associés.

Jean-Vianney Philippe, co-fondateur de whitemilk.
“Grâce au programme, j’ai appris énormément de choses sur la direction artistique, les démarches à suivre pour s’implanter sur un marché… J’ai également appris à travailler avec des agences. Et puis, ça m’a beaucoup apporté au niveau du voyage et des rencontres. Ça m’a mis le pied à l’étrier”, témoigne le jeune entrepreneur, qui vient d’embaucher son premier employé.
“On a également reçu le soutien d’un Business Angel. Le but aujourd’hui, c’est de nous concentrer sur notre croissance en Belgique. À terme évidemment, l’idée serait de retourner en Allemagne pour s’y développer.”

À ce jour, plus de 7.000 entrepreneurs en herbe et expérimentés ont participé au projet, et 87 % des jeunes pousses fondées à la suite du programme sont toujours en activité, indique la Commission européenne, qui précise que le taux de survie moyen d’une jeune entreprise en Europe n’est que de 57 %.

D’ici 2020, elle espère financer 20.000 échanges.

Et l’entrepreneur d’accueil, il y gagne quoi?

Le jeune tire profit de l’expérience d’un mentor… Et l’entrepreneur d’accueil?

Selon Nadine Bettens, coordinatrice du projet au sein d’impulse.brussels, c’est un échange tout bénef:

“L’entrepreneur d’accueil bénéficie d’un regard neuf sur son entreprise. C’est l’occasion pour lui de se familiariser avec de nouvelles pratiques, comme les réseaux sociaux, mais aussi d’en savoir plus sur de nouveaux marchés”.

Avec EYE, l’entrepreneur d’accueil peut ainsi développer ses contacts à l’international, et s’inspirer des idées innovantes de son poulain.

“C’est vraiment un échange win-win — un partenariat — et non un stage”, insiste Nadine Bettens.

Pendant l’échange, des organismes intermédiaires (comme Impulse.brussels ou BECI en Belgique) vérifient que tout se déroule convenablement entre les entrepreneurs et que chacun respecte les engagements prévus lors de la signature du contrat.

“Chaque mois, le jeune entrepreneur envoie un rapport qui explique ce qui a été effectivement réalisé par rapport au contrat et si les conditions sont bien respectées. Un suivi téléphonique ou une visite d’entreprise est également prévu avec les entrepreneurs. Si un problème surgit, l’organisme intermédiaire intervient afin de trouver une solution et de rectifier le tir.”, nous indique encore Nadine Bettens.

En résumé, le programme Erasmus pour jeunes entrepreneurs s’appuie sur des valeurs de partage des connaissances et de networking.

EYE, en quelques chiffres*

*Source

➮ La majorité des nouveaux entrepreneurs ont moins de 40 ans (89 %), tandis que les entrepreneurs chevronnés ont, pour la plupart, moins de 50 ans (74 %).

➮ Un tiers des participants sont des femmes.

➮ Le programme est ouvert à tous les aspirants entrepreneurs, qu’ils soient au chômage, employés ou encore étudiants, et aux entrepreneurs récemment installés. Seule condition : avoir un business plan.

➮ Les destinations les plus prisées sont l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Belgique.

Pour plus d’informations sur le programme et ses conditions d’accès, c’est par ici !


Océane Fégé | Kultivo