Clément d’Antibes : “La finale idéale de l’Euro 2016, c’est France-Pologne”

Le 29 février prochain, le plus célèbre supporter de l’équipe de France fêtera son 68e anniversaire au Musée de la FIFA à Zurich. D’ici là, Clément d’Antibes se prépare pour l’Euro 2016. Une compétition aux allures de tournée d’adieux pour Clément et son vieux coq Balthazar.

Crédit photo : Xavier NALTCHAYAN / Flickr

En 1984, la France a gagné l’Euro. Rebelote 16 ans plus tard avec l’Euro 2000. Un pronostic pour l’Euro 2016 ?

Ça dépend si on pose la question au supporter ou au citoyen. Le supporter dit : “Bien sûr qu’on va la gagner. Jamais deux sans trois !”. Maintenant, il y a quand même de belles équipes en face. L’Espagne, l’Allemagne, la Belgique… Et il va sûrement y avoir une équipe surprise. On devrait quand même aller en huitièmes sans trop de problèmes. Après…

L’idéal pour moi, ce serait qu’on termine deuxième du groupe. Parce que ça nous ferait jouer à Marseille, Lyon et Saint-Etienne. C’est à proximité, je pourais le faire en stop. Ou même à pieds ! J’ai fait 350 000 km en 224 matchs et 39 pays visités. Ce ne sont pas 3 ou 5 heures de route qui vont me faire peur.

Et la finale de rêve ?

France-Allemagne ou France-Espagne. Les Espagnols sont au même niveau que nous. Leur équipe est rajeunie. Puis il y a les Italiens, ce sont des accrocheurs. Et l’Allemagne, c’est toujours l’Allemagne ! Mais pour moi, la finale idéale c’est France-Pologne [le père de Clément était polonais, NDLR]. Pour finir en beauté.

C’est votre dernier Euro ?

Je pense. Aujourd’hui, il y a la fatigue, l’aspect financier et la famille. Ça devient difficile. Je ne suis qu’un infirmer à la retraite. Alors je fais du jardin, je fais livreur. C’est dur mais ça me permet de mettre des oeufs et des lardons dans mes épinards. Et à la prochaine Coupe du Monde, j’aurai 70 ans. Ça devient compliqué. Avant, je partais volontiers 5–6 jours. Parce que ma philosophie de supporter c’était de partir trois jours avant le coup d’envoi : les deux premiers jours, je faisais le touriste et après je devenais supporter. Mais j’ai des petites filles maintenant. Je les ai vues pour la dernière fois quand je suis parti à Paris pour le tragique France-Allemagne. J’y étais le 13 novembre. J’ai eu peur à la mi-temps. C’est vrai que ça manque un peu, la famille.

Vous n’avez jamais songé à arrêter de supporter l’équipe de France ?

J’ai failli arrêter à mon retour d’Afrique du Sud. Je m’étais saigné pour y aller avec mon fils. Sur le plan sportif, on est passé pour des charlots et avec leur grève, on est passé pour des guignols. J’en ai pleuré, j’ai voulu arrêter pour de bon. Pourquoi j’ai changé d’avis ? Laurent Blanc est arrivé. Puis j’ai été convaincu par des anciens comme Henri Émile.

En parlant de problèmes de comportements au sein de l’équipe de France, que pensez-vous de “l’affaire de la sextape” ?

C’est un peu couillon ce qui leur arrive, ça ternit l’image de l’équipe. Ce sont deux joueurs importants pour l’équipe de France. Mais, dans cette histoire, c’est Valbuena la victime. Le mec, il couche avec une gonzesse… C’est la vie ! Que Benzema se mette au milieu de tout ça, c’est vraiment pas beau !

Le supporter que je suis respectera ce que dira Deschamps et ce que dira la fédé. Mais, en tant que citoyen, pour moi c’est tout le monde dehors et on repart à zéro.

Vous pensez que Benzema jouera l’Euro ?

S’il n’y est pas, ce n’est pas grave. On peut gagner l’Euro sans Benzema. Il y a de quoi assurer la relève. Moi, j’ai vu arriver les Platini, Battiston, Cantona… Je les ai vus partir aussi. Puis j’ai vu Blanc, Deschamps. Pareil pour Ribéry. Et maintenant, Martial et les autres petits jeunes. Il y a du beau monde ! Mais je pense qu’il manque quand même un joueur de génie de la trempe de Platini ou de Zidane. C’est ce qui fait la différence.

Vous allez assister à tous les matchs ?

J’ai pris le pack des sept matchs. Ça m’a coûté 368 euros. Avec mon association, en tout, on a fait 64 demandes. Certains n’ont pas pu avoir de places. Il y a une bonne trentaine de membres de mon association qui étaient en Afrique du Sud ou au Brésil et qui ne pourront pas assister aux matchs de l’Euro en France. Je peux vous dire que ça grogne dans les chaumières ! Il y a une grosse déception. Je crains qu’après ça, les gens se désintéressent de l’équipe de France.

Comment vous organisez-vous ?

J’ai réservé mes billets de train très tôt, pour que ça me coûte moins cher. Et puis je pense que je vais opter pour le camping. On prendra une tente avec le coq et on mettra quelques guirlandes autour. Du moment qu’il y a un barbecue, c’est bon !

Depuis tout ce temps, c’est toujours le même coq ?

Oui, j’ai l’autorisation officielle de la FFF pour rentrer avec lui dans tous les stades de France. Balthazar, c’est mon sésame, ma moitié. Il m’a ouvert des portes. Grâce à lui, ce 28 février, je rentrerai dans l’histoire de la FIFA. J’honorerai mes 68 ans à Zurich au Musée de la FIFA. C’est faramineux pour moi.

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