L’Euro 2016, vrai coup de pouce pour l’emploi ?

Un agent de sécurité escorte des supporters après un match en Angleterre ©Steve / Flickr CC

Une manifestation européenne qui mobilisera des millions d’amoureux du foot… mais aussi quelques milliers de travailleurs. Selon le rapport unique sur l’impact économique de l’Euro 2016 réalisé par le Centre de Droit et d’Economie du Sport (CDES), l‘Euro 2016 devrait générer 94.000 emplois. Un chiffre qui devrait mettre du baume au coeur à chacun. Et pourtant…

Précaires avant tout

Dans le détail, tout n’est pas si simple. Les opportunités d’emploi proposées par l’Euro 2016 ont beau être nombreuses et variées, elle s’apparentent bien plus à des “petits boulots” précaires qu’à des emplois stables. En témoignent, entre autres, les quelque 1.200 postes d’hôtes et hôtesses d’accueil proposés par l’agence City One : il s’agit en fait de missions ponctuelles de quelques jours, payées au SMIC, et qui nécessitent d’être mobile.

Capture d’écran d’une annonce pour être hôte ou hôtesse d’accueil lors des matches de l’Euro 2016.

Outre ces emplois directement liés au championnat, le rapport du CDES s’attend également à la création de 2400 emplois indirects, notamment dans le secteur du tourisme. Là encore, pas de quoi s’extasier selon Pierre Rondeau, économiste spécialiste du sport à l’Université Paris 1. “Si la France avait été une destination à l’origine moins touristique, des emplois dans le tourisme auraient probablement été créés avec l’événement. Mais en réalité, l’Euro ne ramènera globalement pas plus de touristes que les années précédentes”, affirme-t-il. Selon le spécialiste, certains touristes allergiques au foot préféreront même renoncer à un voyage pendant la compétition, et ainsi éviter l’affluence dans les villes françaises.

Des emplois durables au compte-gouttes

Pour travailler à l’occasion de l’Euro 2016, mieux vaut ravaler ses exigences salariales et ses perspectives d’évolution de carrière. Mais il existe cependant des exceptions : dans les secteurs liés au sport et à la construction des stades, les emplois pourraient bien perdurer après le championnat. En tout, 4000 postes devraient être conservés dans des emplois de gardiennage, de maintenance ou d’entretien des espaces verts.

Le Grand stade de Lyon en plein chantier ©Joanna1004 / Capture d’écran Instagram

L’impulsion timide du gouvernement

Alors que le chômage reste une des préoccupations majeures du gouvernement français, la question de l’emploi créé par l’Euro 2016 n’y a pourtant été abordée que du bout des lèvres, comme un combat perdu d’avance. Un accord de principe, signé en décembre 2015 par la ministre du Travail Myriam El Khomri, le secrétaire d’Etat au sport Thierry Braillard et les entreprises concernées par l’Euro 2016, engageait les signataires à profiter de l’événement sportif pour favoriser l’emploi des plus précaires. Mais comment espérer atteindre pleinement cet objectif, si les seuls postes offerts dans le cadre de l’Euro sont de simples missions ponctuelles ?

La “malédiction des gagnants”

Selon Pierre Rondeau, les fausses promesses d’un Euro 2016 coup de pouce pour l’emploi sont à l’image d’une autre illusion : croire que l’Euro 2016 sera forcément une manne économique pour le pays. “Il existe un effet que l’on nomme ‘la malédiction des gagnants’, et qui concerne tous les pays organisateurs d’événements sportifs de grande ampleur”, explique-t-il. Un phénomène qui mène chaque pays candidat à surenchérir ses capacités d’investissement pour avoir le meilleur dossier possible auprès de l’organisateur, “ à tel point que ses propositions de financement dépassent invariablement les gains économiques qu’il pourra tirer de l’événement”.

Seul moyen de rendre ce championnat réellement positif en termes économiques : “Que la France gagne !”, estime Pierre Rondeau. Le succès restant la meilleure façon de booster le moral et de relancer l’économie et l’emploi… Alors à vos écharpes, et vive les Bleus.