“Democracy is not about Trust, it’s about Effort.”

Comment faire face à la colonisation numérique des grandes plateformes qui défient notre souveraineté, s’interposant dans notre capacité, en tant que nation, à disposer de nous-même ? Il semble que l’on n’échappera pas à quelques changements dans l’organisation de notre société.

Mais d’abord, d’ou vient la force des GAFA ? Des alliances qu’elles ont forgées avec la Multitude, vous répondront de concert Henri et Nicolas (Grand merci à Autodisciple pour la synthèse en vidéo). La Multitude ? Mais c’est nous, ça ! Oui, c’est nous, les utilisateurs, les consomm’acteurs, les e-citoyens… Augmentés par ces grandes plateformes qui nous permettent de nous coaliser avec notre deuxième cercle de relations, nos “liens faibles”, nous déployons ainsi collectivement, et plus ou moins consciemment, une puissance à même de remettre en question le déséquilibre économique passé, qui favorisait tant les actionnaires. C’est cette force qu’essaient de dompter toutes les startups cherchant à devenir des plateformes, développant des expériences utilisateur hors du commun pour gagner, petit à petit, un capital confiance massif, qu’elles pourront monétiser une fois devenus indispensables, voire monopolistiques.

Mais comment la Multitude peut oeuvrer au service d’elle-même, sans être coordonnée par un acteur privé californien ?

Première option, déployer une plateforme dans laquelle la Multitude elle-même est aussi en position de contrôle. Candidat évident : l’Etat, puisque les citoyens ont, au travers du vote, ce rétrocontrôle. C’est la stratégie de l’Etat-Plateforme dont notre nouveau secrétaire d’Etat au numérique, Mounir Mahjoubi entend se saisir :

Parmi les priorités de Mounir Mahjoubi, le nouveau secrétaire d’Etat en charge du numérique, il y a la transformation numérique de l’Etat. Et l’idée d’un “Etat plateforme”. 20 mai 2017

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/le-numerique-et-nous/macron-et-le-numerique-vers-letat-plateforme

En évolution donc par rapport à Novembre 2015 lorsque Emmanuel Macron alors ministre déclarait “Ce n’est pas le rôle de l’Etat d’être une plateforme” :

EM répond aux citoyens sur Curious, #Noé, novembre 2015

C‘est la stratégie qu’applique l’ARCEP quand elle met en place une plate-forme où les clients des opérateurs mobiles peuvent remonter la qualité de leur expérience utilisateur, créant une transparence d’un genre nouveau car simultanément quali et quanti, mettant ces opérateurs en prise directe avec la multitude qui votera avec son portefeuille. On peut également penser à la plateforme d’Etat le.taxi qui centralise en temps réel la position de dizaine de milliers de taxis à travers toute la France, pour rendre possible la maraude électronique. Mais bien souvent, cette stratégie se heurte à notre angoisse de laisser l’Etat collecter trop de données personnelles sur nous. Nous n’avons pas inventé la CNIL pour rien !

Deuxième option, l’ouverture complète des données. Les plateformes tirent leur profit de l’asymétrie entre ce qu’elles savent sur nous et ce qui est publiquement accessible. Si tout est accessible elle n’ont plus cet avantage compétitif et alors le marché de la plateforme pourra devenir concurrentiel. Il y aura plein d’Appstores par exemple, qui se disputeront sur leur capacité à faire de meilleurs recommandations à chacun. A défaut de reprendre le contrôle sur nos vies, au moins, on affaiblit la situation dominante des GAFA. Le problème évidemment est que personne n’a envie d’avoir toute sa vie intégralement publiée et disponible sur internet…

Plateforme privée, Etat-plateforme, OpenData … Ces trois modèles vont coexister un bon moment dans le monde qui vient, et ensemble réguler nos vies. Notre gouvernement n’a que peu de moyens de pression sur les plateformes privées globales, qui n’ont parfois même pas d’établissement stable en France. Il a également un impact restreint sur les modèles ouverts, de par leur nature même. L’enjeu principal pour un gouvernement au 21ème siècle se trouve dans le second modèle. Il est vital qu’il parvienne à forger une alliance avec sa multitude, à savoir le peuple français, pour déployer une puissance de la même nature, et donc du même ordre de magnitude que celle des GAFA, et espérer leur résister. C’est dans cette perspective qu’il est crucial d‘injecter dans notre bonne vieille démocratie représentative des mécanismes de démocratie liquide, de moyens d’interactions directs, fréquents, à la fois quali et quanti avec les citoyens. Précisément ce que propose le mouvement #mavoix dans la fabrique de la loi.

Regardons maintenant d’un peu plus près la nature de ces interactions multitude-plateforme. Le travail que fournit la multitude, appelé le “digital labor”, peut être de trois types :

  1. Le travail inconscient : en cliquant sur la troisième réponse de ma page de résultat Google, je contribue à améliorer le moteur de recherche. Je ne perçois ni l’effort, ni le bénéfice. En likant tel post sur Facebook, je fais un effort mais, pour la majorité des utilisateurs, je n’ai pas conscience d‘en retirer un bénéfice.
    Une gouvernance se voulant démocratique ne saurait se satisfaire de citoyens privés de leur pleine conscience.
  2. Le travail conscient intéressé : en notant les chauffeurs Uber, je réalise que je travaille et que je contribue à améliorer un service, dont je bénéficie personellement puisque ces notations me servent également.
    Ceci ne fonctionne que si l’on est capable de transformer chaque problème de la société en une opportunité de bénéfice pour un ou des individus…
  3. Le travail conscient altruiste : lorsque je remplis une page wikipedia, ou que je signe une pétition en ligne. Au nom du bien commun, et peut-être aussi par amour propre.
    Il semble inéluctable que pour un bon moment encore, et même de manière croissante, nous ayons besoin de recourir à ce type de “digital labor”.

Autrement dit, pour sauver notre souveraineté, notre démocratie, il est inéluctable que chacun d’entre nous passe plus de temps consacré à la défense du bien commun, sciemment, au travers de sa participation à des plateformes… Oui, le bon fonctionnement de notre démocratie va nous réclamer à tous plus d’efforts individuels.

Précisément ce que propose le mouvement #mavoix pour la fabrique de la loi.

“Democracy is not about trust, it’s about effort” E. Snowden

Avis donc à ceux qui pensent que notre président et sa majorité parlementaire ont les pleins pouvoirs : ils restent en position délicate face aux enjeux globaux qui nous emportent, et n’ont en fait d’autre choix que d’utiliser la multitude pour résister. Ce que certains traduisent par “Le groupe LREM jouera aussi le rôle de l’opposition” mais que de manière constructive je décrirais plutôt comme “Macron ne pourra pas gouverner sans le peuple”, et le vrai, en direct, pas au travers de syndicats ou autres instance censées être représentatives. À ce titre, utiliser des députés “société civile” pour faire courroie de transmission, c’est plutôt malin. N’étant pas politiques de carrière, ils vont devoir rester soucieux de leur réputation, et donc de l’opinion publique, au-delà de quelques menus sondages.

A défaut d’un engagement ferme et continu de nous tous dans le processus démocratique (Oui, cela implique d’utiliser des outils numériques, mais allez, on peut arrêter de dire que Facebook c’est de la super high tech ? Deux milliards d’utilisateurs, zéro mode d’emploi…), Edward Snowden nous a très clairement prévenu sur ce qui nous attend…

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