Duc Ha Duong
May 5 · 4 min read

Je rentre de 5 jours passés auprès de Boris et Émilie, leurs enfants, ainsi qu’une bonne partie de l’équipe d’encadrement des stages Etika Mondo de cet été. Si vous allez sur le site internet vous verrez que les stages proposés ne commencent officiellement qu’à partir du 24 juin, néanmoins je me suis dit que je devrais quand même pouvoir vivre le coeur de l’expérience en venant à d’autres dates puisque l’authenticité est un principe fondamental de l’éthique du lieu. Et je n’ai pas été déçu.

Car il est important de souligner, à propos de cette expérience, qu’il ne s’agit pas d’apprendre à maîtriser les techniques proposées. Toucher à 6 disciplines en 5 jours ne va faire de personne un expert accompli en aucune matière. Certains pourront choisir bien sûr de concentrer leurs 5 jours sur une seule discipline, pour se perfectionner, mais je m’attends à ce qu’ils soient peu nombreux.

Il s’agit plutôt de partir à la découverte d’un nouveau mode de vie complet, et de découvrir qu’il existe une alternative à notre société de consommation qui offre une belle qualité de vie, à la fois moderne et proche de la nature.

Cela m’a fait réfléchir à deux intuitions que nous sommes je pense nombreux à partager :

Idée reçue #1 : le progrès de la civilisation implique voire nécessite l’urbanisation et la distanciation à la nature.

C’est un constat indéniable au cours des derniers siècles. Quelle que soit la métrique que l’on choisisse (PIB, mortalité infantile, espérance de vie, bonheur intérieur brut), on observe que les pays les plus avancés sont de gros consommateurs d’énergie fossile. Entre l’épuisement de ces dernières et l’urgence climatique qui nous enjoint de ne plus les brûler dans l’atmosphère, se pose la question de savoir si cette corrélation est inéluctable (et donc nous sommes condamnés à trouver des manières drastiques de réduire la population mondiale, ou nous éteindre), ou s’il existe un moyen de maintenir un certain progrès tout en revenant plus près de la nature et se passant des énergies fossiles.
En absence de réponse rationnelle et scientifique, il faut s’en remettre à l’intuition ou la foi, et en l’occurrence à Etika Mondo, en bonne tradition barbare, on fait le pari de l’optimisme : que l’on peut créer un petit village entièrement autonome sur une parcelle de forêt de 6 hectares.

Idée reçue #2 : Un mode de vie écoresponsable implique des concession de confort et des efforts quotidiens importants

C’est un constat bien réel pour tous ceux qui s’y sont mis au cours des dernières années, ou décennies. Trier ses déchets, éviter le plastique, abandonner la voiture, voyager moins… la philosophie “un petit geste pour la planète” nous inculque une approche sacrificielle de la symbiose avec la Terre. Nous faisons tous des efforts, et on pourrait même défendre que nous faisons tous de notre mieux, avec chacun une capacité différente : certains cessent toute la viande, d’autres se contentent de choisir les plats les moins carbonés au restaurant. Certains pensent en toute bonne foi qu’ils ne font pas partie du problème…
Ce que j’ai découvert par ces quelques jours d’expérience c’est qu’il existe une sorte d’effet tunnel : il existe en fait une deuxième zone de confort, bas carbone, à laquelle on peut accéder non pas dans la continuité d’un effort quotidien, mais en sautant directement dans un nouveau mode de vie et de consommation. Exemple : passer du supermarché du coin à la supérette bio, c’est plus cher, plus compliqué, plus pénible... Par contre quand on bascule au potager du jardin, d’un coup plus de transport, plus de prise de tête, plus de dépenses !

Les déjeuners sont à mes yeux un moment emblématique de cette nouvelle zone de confort.

On est pas bien, là ?

Un énorme panier de fruits et légumes prend place au milieu de la table. Des couteaux économes et des râpes sont là pour ceux qui veulent éplucher, émincer, couper comme ils l’entendent. Il y a aussi un panier d’épices, l’huile d’olive, le beurre, le pain (fait maison), quelques fromages. Assis tout autour, on papote pendant que chacun se fait sa grande assiette de salade. Aucune ne se ressemble, tout le monde se régale, et demain, tout le monde mangera différemment, même si les ingrédients seront peu ou prou les mêmes. Rien de plus simple, de plus frais, de plus varié, et pourtant peu de préparation, pas d’emballages, aucune prise de tête. Voir sur la même table les aliments bruts, les assiettes préparées et le seau d’épluchure se remplir pour les poules, c’est un cycle de vie complet qui se déploie devant mes yeux, et nourrit mon sentiment de proximité avec la terre.

Tous les moments de la vie sont ainsi passé au filtre de la vie en symbiose avec la nature : on sent l’accumulation des 20 années d’expérience de vie écologique de Boris et Emilie dans leur posture quotidienne. Il ne s’agit pas de croire que le stage s’arrête aux quelques heures d’atelier quotidiens. C’est bien 24 heures sur 24 que nous sommes invités à repenser nos actions, depuis l’usage des produits d’hygiène en passant par la façon de se réveiller ou de communiquer. Sur ce dernier aspect j’ai pu observer que la bienveillance ambiante amène naturellement vers des techniques de communication non violentes, et de gestion “opale” de la vie commune sans que personne ne les ait formellement apprises dans le groupe. Une belle leçon d’humilité pour moi et tous les théoriciens des organisations “libérées” comme on dit.

Dans notre monde plein de tristes nouvelles, où si peu de récits positifs nous entourent pour nous encourager à bâtir un avenir meilleur, ces quelques jours en forme de parenthèse dans un présent meilleur m’ont rempli la tête et le coeur d’optimisme. J’espère qu’ils vous feront le même effet, et que bientôt pourra s’installer en ce lieu la première école d’écologie appliquée.

Pour en savoir plus sur les stages d’été 2019 : http://etikamondo.com ou sur Facebook https://www.facebook.com/EtikaMondo/

l’avenir appartient

Nous militons au sein du mouvement des Barbares pour accompagner l’Etat et les grandes entreprises françaises. Dans cette publication, l’Avenir Appartient, nous partageons nos expériences

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