Loin de Linden de Veronika Mabardi

On raconte souvent ce qu’on rate, et parfois on laisse la place au silence, comme seule excuse à l’existence de la parole. Un homme convoque ses deux grand-mères sur scène pour savoir ce qu’elles se sont dits, ou plutôt ce qu’elles ne se sont pas dits ce jour là à Linden, un hiver en 1960. Eugénie, flamande, est la fille du garde-chasse. Clairette, francophone, est la fille du Général de Witte. Et elles restent assises là, à se regarder sans se parler, comme pour préserver, avec pudeur, cette histoire qui cache quelque chose de trop douloureux pour être raconté.

Un huis clos intime, simple et sensible. Parler de sa vie, de son histoire, de ses souvenirs de guerre, des conflits linguistiques. Comme si il y avait quelque chose de profond et de grand à saisir dans la parole qui se dessine peu à peu entre les deux femmes. Une rencontre impossible, et pour savoir ce qu’il s’est passé, il faut raconter ce qu’il ne s’est pas dit à ce moment là. Deux origines sociales, deux cultures. Un tendre duel, entre Véronique Dumont et Valérie Bauchau. Une performance incroyable de deux grandes comédiennes, avec humour mais surtout beaucoup de pudeur et de subtilité. Le geste est précis, l’intensité est juste et le jeu est sincère. Véronique Dumont incarne une femme au coeur simple avec une vie qui tient dans une valise. Elle fouille dans nos souvenirs avec ses yeux d’enfant et nous bouleverse quand la colère l’envahit. Valérie Bauchau traverse la scène comme une source de lumière pure. Elle incarne une femme réservée qui se dévoile tout au long du texte. La lumière qu’elle dégage devient intense, si belle qu’elle continue à briller une fois la salle plongée dans le noir.


Veronika Mabardi nous livre à nouveau un texte sensible et intime. Elle relie le trajet de ces deux femmes qui n’ont fait que se croiser pendant vingt ans, sans jamais faire connaissance. Elle récupère le témoignage de ses deux grands-mères et touche au plus profond de notre histoire remplie de frustrations, nourries avec le temps. Elle remue nos émotions, dans ses pièces comme dans ses livres, et parvient à chaque fois à réveiller l’enfant que nous sommes toujours. Et si tous ses textes nous donnent des frissons, c’est parce qu’elle nous questionne à chaque fois sur nos histoires cachées comme de vieilles photos oubliées au fond d’un tiroir.

Loin de Linden de Veronika Mabardi. Mise en scène, scénographie et costumes de Giuseppe Lonobile. Avec Valérie Bauchau, Véronique Dumont et Giuseppe Lonobile.
Au Rideau de Bruxelles jusqu’au 17/02.
Au Théâtre l’Autre Rive le 18/02.
A la Salle Chez Nous le 20/02.
Au Centre culturel d’Engis le 23/02.
Au Centre Culturel de Sambreville le 26/02.
Au Manège Maubeuge Mons du 01/03 au 06/03.
Au Centre Culturel Régional de Dinant le 08/03.
A Wolubilis le 09/03.