Idée reçue n°4 : Plus écologistes que leurs aînés, les Millennials sont soucieux de préserver leur environnement.

En 2015, Marshall Burke, Solomon M. Hsiang et Edward Miguel, chercheurs des universités de Berkeley et Stanford, démontraient que « la productivité économique d’un pays (main d’œuvre, productivité du travail et qualité des récoltes) […] diminue abruptement au-delà de la fourchette des 20–30 degrés ». S’il fait peser sur la vie sur terre un risque immédiat, le changement climatique n’est pas dépourvu de conséquences indirectes tout aussi inquiétantes. Aux États-Unis, c’est d’ailleurs sur la génération des Millennials que les effets économiques du changement climatique se feront le plus sentir ; leur manque à gagner du fait du réchauffement climatique est chiffré à 8,8 trillions de dollars (NextGen Climate, août 2016). Les pertes économiques liées au changement climatique devraient ainsi coûter à un jeune diplômé américain de 21 ans 126 000 dollars de revenus et 187 000 dollars de patrimoine au cours de sa vie.

Face à ce constat, les Millennials, génération au cadre de vie sacrifié par des Baby Boomers consommateurs à outrance, auraient développé une conscience aigüe de l’importance de la lutte contre le changement climatique, conviction qui se refléterait dans une consommation et des usages plus réfléchis. De fait, 75% des Millennials se déclarent prêts à payer davantage pour un produit respectueux de l’environnement (Nielsen, 2015), contre 51% des 50–64 ans.

Et pourtant … les jeunes d’aujourd’hui se montrent plus dispendieux, plus énergivores et moins conscients de l’impact environnemental de leurs actes que ne le laisserait penser l’image de « génération verte » dont ils sont si souvent auréolés. Ils se montrent simultanément sensibles à l’argument de vente du « durable » et du « vert » et ignorants du coût écologique de leurs usages et notamment de leur utilisation vorace des nouvelles technologies.

« ‘Surfer’ sur la toile suppose l’existence d’un réseau d’infrastructures très concrètes : l’immatérialité du web repose sur des équipements bien réels — ordinateur et box permettant l’accès à Internet, câbles de transmission (cuivre, fibre optique), routeurs, puis, au stade du traitement, serveurs, unités de stockage, équipements de télécommunications ou encore climatiseurs. Ainsi, une requête web représente 10 grammes en équivalent CO2 , 5,5 grammes équivalent fer et 2,7 grammes équivalent pétrole. Chacun des internautes français effectuant en moyenne 949 recherches par an, cela correspond à des émissions de CO2 équivalentes à 1,5 million de kilomètres parcourus en voiture. Une statistique résume elle seule les paradoxes des TIC entre matérialité et virtualité : un avatar sur le site Second Life consommait 1752 kWh à l’année… soit dix fois d’énergie qu’un « vrai » Camerounais, deux fois plus qu’un « vrai » Algérien ou à peu près autant qu’un Brésilien de chair et d’os ».

Si l’apparente posture écologiste des Millennials ne se reflète donc pas entièrement dans leurs actions, le discours lui-même n’est pas aussi écologiste que l’on ne le pense. Ainsi, Jean Twenge, auteur de Generation Me, relève que les « Millennials sont moins susceptibles [que les générations précédentes] de dire qu’ils font des efforts dans leur vie quotidienne pour économiser de l’énergie et préserver l’environnement ». De même, lorsque l’on demande aux membres de la génération Y de définir le type d’automobiliste qui leur correspond le plus, le qualificatif d’« eco-friendly » arrive à la même place que dans les réponses des autres générations.


Cet article s’inscrit dans la série “Factcheck : Les Millennials, une légende urbaine ?”, par laquelle La Fabrique de la Cité s’est attachée à déconstruire la figure du Millennial et de ses usages urbains. Retrouvez la version intégrale de ce “Factcheck” sur notre site.