Le harcèlement scolaire quotidien: une expérience constructive ?

Souvent on me pose les questions suivantes : Pourquoi es tu passionné par tes engagements dans l’économie solidaire et sociale ? Pourquoi tu es heureux dans ce que tu fais ? Pourquoi es tu aussi déterminé dans les projets que tu mènes ?

Je me suis posé ces questions depuis le début de mon engagement associatif à 12 ans. Et 11 ans plus tard, j’ai enfin une réponse que je vais vous dévoiler et expliquer.

Durant ma période d’école primaire (de la grande section jusqu’en 5ème), c’est-à-dire 8 ans. J’ai subi ce que de nombreux enfants subissent à cet âge là: le harcèlement scolaire quotidien. Pour quelles raisons ? J’ai été un peu plus “gros” que les autres. Comment cela se manifestait? Des insultes quotidiennes comme par exemple “gros porc, gros con, sale gros….”, des passages à tabac tous les 4 mois environ et une pression continue. Qui le faisait? La plupart de mes “camarades” de classe, garçon et fille. L’entrée dans la société a été rude pour moi, j’ai détesté l’école primaire, je n’ai jamais été accepté dans le système scolaire. Chaque jour qui passait était un enfer.

Quelles ont été les conséquences pour moi ?

J’ai été détruit dans mon identité à petit feu, au point ou je me posais la question suivante “ A quoi cela sert d’être vivant dans ces conditions ? À quoi je sers dans cette société, un rôle de bouc émissaire ? ”. En conséquence, j’ai connu un extrême sentiment de solitude durant ces années, je n’avais qu’une personne qui me soutenait dans cette période. Quand vous êtes harcelé, vous êtes exclu à cause de votre différence, comme inexistant par rapport aux autres, personne ne vous parle : c’est un fait, c’est comme cela. Je ne cache pas que durant cette longue période, l’envie de quitter ce monde “pourri” définitivement m’a effleuré l’esprit de nombreuses fois. Je n’aurais pas été une grande perte pour tout le monde excepté pour ma famille.

Quelles ont été mes solutions et mon refuge pour me protéger de cela ?

Je donne toujours l’image d’avoir été mis dans un coffre, à 50 mètres sous terre, au sein d’une forêt de cactus dense de 4 km2. Et bon courage à vous pour me trouver. Durant cette période, cette protection m’a permis de tenir bon en attendant désespérément et patiemment que l’orage passe. J’avais accepté la situation. En terme de personnalité, j’en n’avais aucune, j’étais une machine sans âme, glaciale, sans émotion qui a appris à prendre les coups des “mots” qui sont beaucoup plus dur à encaisser que les coups physiques. Je me suis enfermé dans un mur de silence. C’était très compliqué pour mes proches de me faire parler.

De cette situation, j’ai voulu m’intéresser à tout ce qui se passait en dehors de l’école (politique, économique, histoire, social, société…) avec l’intention de répondre à la question “Pourquoi ? “. Cette soif de comprendre entraîne l’envie d’apprendre toujours quotidiennement par tous les moyens possibles, cette curiosité a été ma bouée de sauvetage durant ces 8 années de naufrage, je m’y suis accroché pour tenir durant cette période de souffrances personnelles.

Quel a été le déclic pour sortir de cette routine nauséabonde?

L’entrée dans un engagement associatif d’éducation populaire à l’âge de 12 ans. Ce fut pour moi la première fois de ma vie ou j’ai pu échanger avec une personne en toute sincérité, authenticité, respect et confiance. Cela été une sorte de libération, une seconde naissance avec comme fil rouge : “Je peux avoir une relation saine avec une personne”. Grâce à ce mouvement d’éducation populaire : la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, j’ai appris que j’étais capable de faire des choses avec d’autres différentes visions. C’est grâce à ces six années de bénévolat que j’ai pu réussir à me décloisonner et à m’intégrer dans la société. Mes rencontres avec ces personnes m’ont permis de me confronter à des points de vue différents et de me forger un esprit critique. C’est aussi grâce à la JOC ou j’ai appris non pas le “vivre ensemble” mais l’agir ensemble.

Cet engagement associatif à été la 1ère étape de la connaissance de soi et de ma résilience.

Résilience qu’est-ce que cela veut dire?

“ La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l’événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression et se reconstruire” Source Wikipédia

J’ai découvert ce concept de résilience quand j’étais en Arménie l’an passé en volontariat et j’ai eu la chance de pouvoir prendre le temps de réfléchir sur moi et de mieux me connaitre. Après avoir passé 10 ans dans le monde associatif puis dans l’entrepreneuriat social avec Makesense, j’ai pu enfin prendre conscience que je n’étais pas vraiment moi-même, que je n’arrivais pas à me libérer de mes émotions, que j’étais dans l’attente d’un retour et d’une reconnaissance de l’autre.

Il y a différentes étapes dans ma résilience:

1)La révolte: dans mon cas cela était de me dire “personne ne peut me comprendre, personne n’a vécu ce que j’ai vécu, j’en parle pas”. Cela a duré six ans.

2)Le refoulement des souffrances que j’avais vécu: dans mon cas cela était de me dire “après tout ce n’est pas si grave, je suis vivant et tout le monde s’en fiche”. Cela a duré trois ans.

3) La reconnaissance des souffrances et le pardon des agresseurs : cette phase à duré deux ans et elle est toujours en cours.

Qu’est-ce que j’ai appris de ce long chemin sur la connaissance de soi?

J’ai découvert en moi une détermination et une force sans faille, savoir dire non avec le plus de bienveillance possible (c’est très compliqué) et surtout argumenté. C’est un parcours de chercheur ou l’on apprend toujours sans cesse sur soi grâce à l’aide des autres personnes que l’on rencontre en chemin. Je pourrais en citer des dizaines, je pense notamment à Sarah Zouak avec le Women Sense Tour, Maxime de Rostolan avec Fermes d’avenir, Marc de la Ménardière avec En quête de sens, Anne Sophie Novel avec Place to b. Comment fais-je pour réaliser cela? Le meilleur moyen est d’aller boire des verres dans les bars ou autour d’un bon repas chez soi.

C’est aussi la découverte de valeurs cardinales qui guident mon intuition et mes choix. Ces valeurs sont : la diversité, le partage, la solidarité. Une phrase résume cela : mettre l’humain au coeur et au centre des choses. J’ai découvert aussi que j’aspirais à une vie simple, un grand sage disait :

“Vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre”, Gandhi

La connaissance de soi implique une chose qui manque à beaucoup de personnes : le temps. Il faut savoir prendre le temps de prendre du temps pour soi. Cela nécessite de prendre du recul sur ce que l’on fait et prendre le temps nécessaire pour savoir pourquoi on le fait. Est-ce bien aligné avec mes valeurs ? Il existe plusieurs outils, depuis quelques semaines je pratique la méditation en pleine conscience avec Petit Bambou, c’est un pur bonheur.

J’ai découvert le lâcher prise sur soi, jouer avec les émotions et surtout dépasser mes peurs, sortir de ma zone de confort, aller vers l’inconnu. Je me sens tellement plus libre de ne plus contrôler ma vie mais d’être dans le lâcher prise. C’est un travail de longue haleine et difficile qui ne s’arrête jamais, mais ce chemin est passionnant, faite de rencontres avec des personnes authentiques et incroyables.

Une autre chose que j’ai apprise: c’est l’intuition et le feeling. C’est inexplicable avec des mots mais c’est super bien pratique pour reconnaître très rapidement les personnes malintentionnées. L’intuition se développe avec les expériences que nous faisons. Quand vous avez subi un choc psychologique, vous gagnez beaucoup de temps.

Une dernière chose que j’ai apprise, je n’arrive pas à comprendre qu’une association, qu’un groupe de personnes reste dans l’entre- soi. La puissance, la richesse de la diversité est tellement forte et inimaginable. C’est dans la diversité des autres que l’on s’enrichit soi même. Cela implique aussi une remise en question sur le “qui suis je”.

“Il y a une différence entre les personnes qui réussissent leur vie et qui réussissent dans la vie”

Enfin pour finir je citerai le plus grand philosophe de ce dernier siècle que tout le monde connaît :

Dans tous les cas, gardez le smile et soyez heureux dans ce que vous faites.

Le harcèlement scolaire : une expérience constructive ?

Ma réponse est oui. Bien sur je condamne fermement tous ces jeunes qui à cause de préjugés bidons agressent verbalement ou pire sur les réseaux sociaux d’autres jeunes. Je ne souhaite pas à mon pire ennemi ce que j’ai vécu durant tout ce temps. Le message que je voulais faire passer aux jeunes qui se font harceler “Tenez bon, vous allez-y arriver, la vie vaut vraiment la peine d’être vécue, commencez à faire votre résilience, vous allez un jour rencontrer la personne ou le moment qui sera votre déclic et vous allez sentir en vous une force et une détermination à toute épreuve, les leaders de demain c’est vous, suivez vos rêves!!”

Pierre Fournier, 23 ans, étudiant en économie solidaire et sociale.