Le vivre ensemble est mort, vivre le faire ensemble.

Photo : Arduino Day 2014 @MUSE Trento by MUSE FabLab

Nous vivons une période étrange, l’avenir paraît flou, des dogmes institués depuis des décennies peuvent tomber, mais un monde nouveau se construit en souterrain. Le “vivre ensemble” disparaît de plus en plus au profit de l’entre-soi, du repli sur soi et de la fermeture. Nous désignons un ou plusieurs boucs émissaires qui sont d’après certaines personnes la source de tous nos problèmes. La solution serait donc d’expulser celles-ci afin que l’on vive en paix. Dans ce cadre de peur et de tension, les organisations qui promeuvent le vivre ensemble sont inaudibles. Comment ce climat est apparu ? Le “faire ensemble” peut-il vraiment redonner espoir et si oui comment faire ? Qu’est-ce que l’on va devoir abandonner pour aller vers cela ?

Depuis plusieurs années, j’entends une majorité de nos politiques et des associations défendre le vivre ensemble, un beau message idéaliste. Mais cela ne prend plus depuis plusieurs années, il n’y a qu’à constater la montée des extrêmes dans nos villes et régions. Beaucoup de remarques de comptoir peuvent se résumer ainsi :“ le vivre ensemble ok mais l’étranger pas chez nous”.

Il serait judicieux de définir le vivre ensemble, selon wiktionnaire :cohabitation harmonieuse sur un même territoire de peuples et d’ethnies différentes.”

“La peur, sentiment qui empêche le vivre ensemble”

Ce sentiment se retrouve dans plusieurs facettes de la société, je vous en présente que 3.

Peur de l’inconnu : Nous vivons une situation économique très instable. Personne ne peut prévoir ce qui va se passer dans l’économie, le marché du travail dans les 6 mois. Aujourd’hui, les individus ont plus de difficultés à se projeter (ou à percevoir l’avenir) qu’il y a 30 ans, cette situation entraîne une grande perte de confiance collective.

Peur de la différence : Dans cette situation floue, nous avons tendance à se recroqueviller sur nous-même, à choisir les solutions de facilité et/ou de sécurité. Nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas, de ce qui est extérieur à nos modes de pensée ou à notre culture.

Peur du changement : Avec les révolutions silencieuses qui sont en cours grâce au numérique, c’est tout notre modèle de société basé sur la verticalité qui s’émiette avec une vitesse forte. Ce qui provoque une très forte tension de la part de personnes ancrées dans un certain conditionnement. Elles n’arrivent pas à imaginer une société basée sur l’horizontalité, sur la responsabilité de chaque individu. D’autre personnes avec l’aide de la révolution numérique ne comprennent pas cet ancien monde basé sur des liens de subordination, sur une représentation démocratique (des gens savent et décident pour nous).

“Dans ce moment de panique, je n’ai peur que de ceux qui ont peur.” Victor Hugo.

Être contre ou anti quelque chose, un paradoxe pour promouvoir le vivre ensemble

Une majorité des organisations qui prônent le vivre ensemble emploie une communication très paradoxale. Elles utilisent les termes suivants : anti et/ou contre : être contre une catégorie de personnes, être anti (personne ou religion), être contre une idéologie. Je trouve qu’en utilisant cette communication, on tue le vivre ensemble.

Comment peut-on faire infuser à nos concitoyens les valeurs de solidarité, de partage, de bienveillance qui composent le vivre ensemble quand on est anti ou contre quelque chose. L’exclusion de ces termes (anti et contre) nous empêche d’être dans une réelle explication, compréhension des choses complexes, de prise de conscience de l’interdépendance des sujets afin d’avoir un réel avis critique

Je pense que c’est très malsain d’avoir une telle communication. Il faut changer le terme de “Anti et contre” en “pour quelque chose”. C’est tout un état d’esprit à inventer. En tant que citoyen, j’aimerais voter pour quelque chose. J’ai été bénévole dans plusieurs associations pour être acteur de celles-ci.

« Il faut présupposer que toute bonne personne doit être plus enclin à sauver la proposition du prochain qu’à la condamner ; et s’il ne peut la sauver qu’il s’enquière de la manière dont il la comprend et, s’il la comprend mal, qu’on le corrige avec amour. Si cela ne suffit pas, qu’on cherche tous les moyens appropriés pour que, la comprenant bien, il se sauve. » La bienveillance selon Saint Ignace de Loyola.

Faire ensemble, c’est vivre en tant qu’acteur une expérience avec des personnes différentes

Faire ensemble, c’est vivre ensemble, l’inverse n’est pas toujours le cas. Il ne s’explique pas, il ne se théorise pas, il se vit avec le cœur avec les tripes.

“On peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en une année de conversation. » Platon

C’est par l’expérience du jeu tel que dit Platon que l’on va apprendre à mieux connaître l’autre. Quand nous jouons à un jeu, nous n’avons pas besoin de savoir les opinions ( religieuse, politique, sexuelle… ) des autres, nous ne connaissons pas leurs histoires. Mais nous devons apprendre à observer les manières, les comportements de chacun. Quand nous jouons avec des amis ou des personnes, nous faisons bien des actions, nous élaborons des stratégies pour gagner seul ou en groupe ou ne pas perdre. Nous faisons sans le savoir des choses complexes afin de relier différentes disciplines que nous avons acquises durant notre vie pour essayer de comprendre pourquoi l’autre joue ainsi. Dans le cadre d’un jeu, il y a des règles, mais il n’y a pas de chef, tout le monde est sur le même niveau. L’expérience du jeu permet à chacun de se réaliser du mieux qu’il le peut afin d’atteindre son objectif. Nous vivons ensemble avec des personnes différentes, nous jouons en plus avec plaisir, amusement. Il y a du stress, de l’émotion, des rires, de la joie….

C’est à travers nos actions comme le jeu mais aussi nos relations avec nos collègues de travail ou relation bénévoles/élus que nous montrons qui nous sommes. Nous apprenons bien plus sur l’autre en créant des projets qu’en discutant, car il est bien plus difficile de se contrôler pendant un temps que pendant un temps court d’une discussion.

Voici un projet dans la société qui anime des milliers de personnes à travers le monde. Repair café.

https://www.youtube.com/watch?v=PeE0tSKgl60

Faire ensemble, c’est faire avec les autres.

Une des qualités indispensables afin de faire ensemble est de se laisser bousculer par les avis et les parcours des autres. Cela implique une remise en question personnelle de qui on est.

Je me souviens dans mes responsabilités associatives, j’étais dans des situations compliquées, l’arrivée de personnes en responsabilités n’était pas simple. Je souhaitais qu’elle aille toujours dans mon sens. Je n’étais pas du tout à l’écoute de l’autre, j’avais un comportement inacceptable et désagréable avec les autres responsables associatifs. Je ne lâchais pas le contrôle que je souhaitais avoir sur les autres. Je faisais cela pour l’intérêt de l’association d’éducation populaire où j’étais, la cause primait sur les individus. C’était des relations malsaines qui impliquaient une relation de verticalité hiérarchique très forte qui allait bien au-delà du lien de subordination.

La principale raison de ces relations était un manque d’affection, une peur d’absence de lien social et de reconnaissance, c’est la peur de l’abandon. C’est l’une des 5 plus grandes blessures qui empêchent d’être sois même avec le rejet, l’humiliation, l’injustice, la trahison selon Lise Bourbeau.

Je me suis aperçu bien après que je mettais les autres en situation de souffrance. « Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais ». Ma position faisait qu’inconsciemment, je manipulais les autres pour qu’ils fassent ce que je voulais.

Le problème, ce n’était pas les autres, mais c’était moi. J’ai dû faire un travail introspectif (toujours en cours) qui a révélé des grandes peurs de mon passé pour comprendre les problèmes chez moi. Ce travail m’a permis de mieux lâcher prise et d’avoir un comportement moins autocratique vis-à-vis des autres et d’être plus à l’écoute.

Je vais vous raconter une petite anecdote que j’ai vécue durant le Sensecamp « Rêver grand, agir maintenant » qui a eu lieu au Mans en février 2016. Cet événement a rassemblé plus de 100 personnes de toute la France autour de l’innovation sociale. Avec ma sœur, nous avons travaillé sur cet événement pendant plusieurs mois sur un point principal : créer un environnement favorable qui permettrait de créer de la confiance entre les personnes qui viennent d’une dizaine de milieux différents, de 20 à 70 ans. Nous nous sommes concentrés là-dessus et le succès de cet événement a dépassé toutes nos espérances.

Pour moi, c’est la première étape du faire ensemble, c’est d’être à l’écoute de l’autre afin de créer un environnement favorable dans l’idée d’avoir une relation de confiance dans la structure. C’est un changement de culture total. Une fois que vous avez réussi à cela vous pouvez faire de réelles merveilles et vous êtes prêt à transformer le monde durant les 15 ou 20 prochaines années.