La Grande Causerie, la conférence qui vous donne la parole

La conférence est un format qui existe depuis des centaines d’années. Les spectateurs sont condamnés à écouter un sachant pendant de longues minutes. Quelques fois, à la fin de l’intervention, les personnes ont le droit à une dizaine de questions maximum.

Il n’est pas facile d’intervenir en grand public quand on est plusieurs centaines de spectateurs. Quelle est l’utilité de cette exercice ? Maintenant on peut acquérir ce savoir sur le web en étant confortablement installé dans son canapé.

La conférence est le symbole même de la relation entre sachant et apprenants : moi je sais et vous vous m’écouter. C’est un format connu et confortable qui rend les personnes très passives.

Et si nous changions la conférence classique en des moments d’intelligence collective et de coopération entre les humains ?

Faire confiance à l’intelligence des personnes.

Le jeudi 21 décembre 2017, grâce à l’aide d’un ami, Claude Mousset, j’ai eu l’opportunité de préparer et d’animer ma toute première conférence sur un sujet qui m’est cher : le harcèlement scolaire.

J’avais trois challenges sur cette intervention pour 40 lycéens :

  • Changer le format conférence pour qu’il soit participatif et que les spectateurs deviennent acteurs ;
  • Permettre aux jeunes de pouvoir s’exprimer sur un sujet sensible et qu’ils soient forces de propositions ;
  • Parler ouvertement et casser le plus de clichés et de barrières possibles sur le harcèlement scolaire.

La préparation de cette conférence a été passionnante. Nous avons conçu un format répondant à ces 3 objectifs avec des amis de Paris et du Mans. Je partais du postulat suivant : les 40 jeunes présents en savaient plus que moi sur ce sujet.

Je n’allais pas enseigner quelque chose : nous allions co-construire ensemble durant ces 2h.

La posture que je devais prendre n’était pas celle du conférencier classique, plutôt celle d’un facilitateur, riche de son vécu, permettant à ces jeunes de pouvoir s’exprimer librement et ouvertement.

Partager l’expérience et faire ensemble

Contexte

Au lycée Saint Charles — Sainte Croix au Mans, chaque année depuis 10 ans, l’ensemble des élèves ont le choix de rencontrer une quarantaine d’acteurs de la société civile dans le cadre de la célébration de Noël. Ce sont des associations de solidarité mais aussi des personnes qui témoignent de leur parcours. C’est dans ce cadre là que je suis intervenu pour parler du harcèlement scolaire.

Les spectateurs deviennent acteurs.

Les élèves changent la disposition de la classe.

La première action proposée aux élèves a été de changer la disposition de la classe, en cercle avec les tables et les chaises. Afin de former des groupes plus facilement, chaque élève a reçu une carte couleur. En 15 minutes, nous passons d’une situation descendante et verticale à un environnement horizontale et en cercle.

Ensuite, une vingtaine de binôme ou de trinôme se sont formés par une méthode simple : faire équipe avec la personne qui était face à soi.

Chacun a pu exprimer en binôme leur définition du harcèlement et leur attente de cet atelier.

A la fin des échanges, j’ai demandé aux personnes ayant la carte couleur bleu de s’exprimer au grand groupe les réponses de leurs binômes. Certains étaient victimes de ce fléau, d’autres voulaient en savoir plus et mieux comprendre les mécanismes qui se cachent derrière ce phénomène.

Ce temps à permis deux choses:

  • Faire connaître les élèves entre eux ;
  • Adapter au mieux mon témoignage à leurs attentes.

Témoignage personnel

Intervention de Pierre sur son témoignage

Ensuite, le temps de la conférence classique arriva. J’ai pris la parole pendant une quinzaine de minutes. J’ai abordé mon expérience vécu, évoquer l’analyse que j’avais fait durant toutes ces années, des chiffres et des phrases permettant de toucher les élèves avec l’authenticité et émotion.

Voici quelques phrases clés :

  • Les mots tuent ;
  • En insultant les autres, vous les détruisez psychologiquement ;
  • Mettez vous à la place des personnes que vous insultez .

J’ai présenté mon parcours de résilience et les réflexions qui m’ont permis de passer d’un élève exclu, isolé, détruit socialement à un jeune adulte engagé dans l’économie sociale et solidaire.

Libérer la parole et agir ensemble grâce à l’intelligence collective

Imaginons ensemble des solutions

A la fin de ce témoignage, des groupes de 6 se formèrent grâce aux cartes couleurs. Les échanges ont duré 50 minutes, 3 questions les guidaient :

  • Qu’est-ce que je peux faire pour lutter contre le harcèlement au lycée ?
  • Qu’est-ce que le lycée peux faire pour lutter contre le harcèlement ?
  • Comment mon usage des médias sociaux peut faire reculer le harcèlement ?

Les objectifs de ce temps était de :

  • Permettre à chacun d’exprimer sur ce sujet.
  • Prendre conscience individuellement de l’existence du harcèlement scolaire
  • Trouver des solutions que chaque personne peut mettre en place.
Temps en groupes de 6 personnes

J’ai été très étonné et agréablement surpris de la qualité des échanges dans certains groupes. Un des groupes était composé de 4 personnes ayant vécu du harcèlement scolaire, c’était très riche. Leurs témoignages m’ont interpellé sur notre système scolaire qui agit peu pour aider les victimes. Cela concerne plus d’un élève sur dix en France.

A la fin de ce temps, chaque groupe égrène les solutions qu’ils ont eux-mêmes imaginés.

  • Dénoncer au CPE les harceleurs ;
  • Signaler les comptes (Facebook, Twitter, Snapchat) les personnes qui insultent ;
  • Créer une association “anonyme” sur le sujet au sein de l’école ;
  • Avoir plus d’interventions de personnes extérieurs sur ce sujet.

Conclusion

Durant cette conférence, les élèves ont construit du savoir collectif, chacun a pu apporter son expérience, son vécu, ses interrogations. Mon rôle en tant qu’intervenant était d’être à leur écoute, de faciliter la rencontre et d’apporter du fond sur ce sujet tabou à travers mes connaissances et mon expérience vécu.

Changer le format conférence, rendre les personnes co-créatrice du savoir, libérer la parole avec bienveillance, faire confiance à l’intelligence des gens, savoir écouter sans jugement, ces actions permettent de créer de la coopération entre les êtres humains. Il serait important de transformer la vision descendante des conférences pour que chacun puisse participer et devenir acteur de celles-ci.

Si vous vous sentez concerné par cette expérience de conférence participative pour votre entreprise ou association, contactez-moi pour en construire d’autres ensemble.

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