Une école qui permet de changer de monde, c’est possible.

Je vais vous raconter une journée que j’ai passé au sein de la Maison de l’enfant à Boulogne-Billancourt. Une école maternelle utilisant des pédagogies alternatives basées sur l’expression des émotions, le jeu, l’histoire, la bienveillance et l’amour. Une journée du mois de novembre 2016 d’une richesse exceptionnelle.

« Toute vie véritable est rencontre » Martin Buber

Cette aventure a commencé par une rencontre avec deux personnes extraordinaires : Judith Grumbach (réalisatrice) et Véronique de Tilly (directrice de La Maison de l’Enfant) au mois d’avril 2016. C’était dans le cadre d’une journée de l’association Noise sur l’éducation (association étudiante qui promeut l’entrepreneuriat social). Au menu de cette belle journée : des ateliers de co-construction sur la transformation de l’école, une conférence de Patrick Viveret, la présentation d’initiatives comme Passeport d’Avenir, Teach for France.

Mais le déclic est arrivé à la diffusion du documentaire « Ensemble, redessinons l’éducation ». Il montrait l’exemple de plusieurs écoles privées ou publiques ayant des pédagogies alternatives. Ce documentaire m’a profondément ému, il présentait des écoles que je rêvais d’avoir durant ma scolarité.

Grâce à ce film et à la rencontre de ces deux personnes, j’ai eu envie d’écrire un article sur mon chemin de résilience à cause du harcèlement scolaire.

Une relation de confiance s’est créé avec Véronique et Judith. Ces pédagogies alternatives m’intriguaient et avaient suscitées ma curiosité. Comment cela se passe concrètement dans ces écoles ? J’ai souhaité vivre l’expérience. Suite à une demande de ma part, Véronique a accepté que je passe toute une journée à La Maison de l’Enfant afin de témoigner mon expérience chaotique au sein de l’école primaire.

“Si vous voulez être libre de vos émotions il faut avoir la connaissance réelle, immédiate de vos émotions.” Arnaud Desjardins

Il faut savoir que La Maison de l’Enfant est une école maternelle bilingue, il y a environ 30 élèves (10 par section). Tous les âges sont mélangés, c’est une des clés pour chaque élève progresse. Cela permet un auto-apprentissage entre les plus anciens et les plus jeunes. Il y a une équipe de 5 personnes (4 enseignantes et 1 cuisinière) pour les 30 élèves.

De droite à gauche (Kasia, Lili, Véronique, Amy, Maria)

En cette journée de Novembre, à 8h30, la journée a commencé par l’accueil des enfants et des parents, j’ai senti une réelle confiance entre l’équipe pédagogique et les parents. Il y a une réelle implication collective des deux groupes de personnes pour faire perdurer le projet de cette école.

Une fois ce temps passé, j’étais avec Véronique et Amy, nous sommes mis en cercle avec les enfants. Véronique anime le temps et nous demande à chacun d’entre nous. « Comment vous- vous sentez ? Quelles sont les émotions que vous avez ? »

Avec une grande surprise, je vois chaque enfant expliquant leur émotion avec une explication claire. Quand mon tour est arrivé, j’avais une très grande appréhension. C’était la 1ère fois que je me retrouvais avec autant d’enfant de cet âge, comment trouvez les mots justes ? J’étais totalement en dehors de ma zone de confort, à la découverte de l’inconnu.

J’ai répondu le plus sincèrement possible :

« Je suis très heureux de passer cette journée avec chacun d’entre vous. Mais j’ai également très peur, c’est la 1ère fois que je me retrouve dans cette situation. ».

Puis vient le tour des présentations, chacun dit à son tour son prénom et âge. Deuxième appréhension, comment expliquer ce que je fais : être étudiant à l’université au Mans, en économie sociale et solidaire.

« Je suis Pierre, j’ai 24 ans, je viens du Mans. Une ville qui est loin de Paris. Je fais la même chose que vous, je suis à l’école. Mais dans une école beaucoup plus grande que la vôtre. Dans cette école, j’apprends beaucoup de choses sur l’humain et la solidarité ». Les enfants n’avaient jamais entendu ce mot, il y a eu une discussion et échange à la découverte du mot « solidarité ».

A la fin de ce partage, toutes mes peurs et appréhensions avaient disparues. J’étais inclus dans cette belle maison. Les enfants et l’équipe m’ont vraiment mis en confiance et facilité l’intégration. J’ai pu vivre pleinement cette journée formidable.

Et si on s’amusait à apprendre, l’école devient un jeu.

Il faut savoir que les enfants à ces âges-là sont de vraies éponges. Ils absorbent tout ce qui se passe dans leur environnement. Tout l’enjeu pour l’équipe est de garantir un espace bienveillant.

Après ce temps de présentation, nous nous sommes détendus en dansant pendant une dizaine de minutes sur 2 chansons des Beatles. On s’amuse ensemble tout en provoquant la curiosité des enfants en leur permettant d’appréhender la musicalité de l’anglais. Sur l’apprentissage de la langue de Shakespeare, Amy anglophone, interagit en anglais avec l’ensemble de l’équipe et les enfants. Ils sont donc habitué à utiliser de manière courante l’anglais.

Nous sommes à l’opposé des cours que j’ai reçu à l’école primaire et maternelle.

Tout est un jeu, les enfants adorent cela, des choses incroyables se passent.

Après le temps de danse, il y a eu un rassemblement en grand groupe avec les petites, moyennes et grandes sections. L’autre partie du groupe (moyen et petit) avait travaillé durant 1h (environ) sur l’environnement des chouettes et des hiboux. Ils nous présentaient leurs découvertes de ces thématiques.

Une jeune de 4 ans alors se leva, le groupe assis fit silence. Elle présenta durant 5 minutes ce qu’elle avait appris sur les chouettes, son avis sur la nécessité pour les humains de protéger cet animal.

Elle a appris un savoir-être que peu d’adultes maîtrisent, parler en public.

Raconter des histoires, c’est bien plus cool que de suivre un cours magistral.

Nous arrivons bientôt à la fin de la matinée, après un temps de récréation bien mérité. Je rejoins le groupe de Véronique et de Amy, elles et les enfants souhaitent me partager une histoire. Bienvenue dans le temps philo de la journée. Cette histoire est celle du loup blanc et du loup noir.

« C’est l’histoire d’un enfant qui, comme tous les enfants, joue, rêve et se pose beaucoup de bonnes questions.

Un jour, il va voir son grand-père considéré comme le vieux sage du village.

Il lui demande « Dis-moi, Grand Père, qu’est-ce qu’un Homme ? »

Alors son grand-père, avec ses mots, l’emmène en voyage. Il lui parle de territoires immenses, connus et inconnus, des loups qu’on y trouve.
Il lui raconte le loup noir, sombre, manipulateur, envieux, colérique, hargneux et menaçant, qui hurle la nuit, se cache, se bat avec les uns et dévore les autres, terrifie, domine par la peur et tue.

Il lui raconte aussi le loup blanc, accueillant, équitable, joyeux, solidaire et fraternel. Pacifique, lucide, il protège les siens et soutient les autres, attentif, généreux et confiant.

Puis il lui dit : « Tu vois, l’Homme a ces deux loups en lui. Chacun de nous abrite en lui un loup noir et un loup blanc qui ne cessent de s’affronter. »

L’enfant réfléchit et lui demande : «… et c’est lequel qui gagne ? »

Alors, le vieux lui répond doucement : 
« Celui qui gagne, …… c’est celui que tu nourris. »

A la suite de la lecture de cette histoire, chaque enfant s’est exprimé sur ce qu’était leur loup blanc et loup noir. Ces deux loups sont matérialisés par deux peluches distinctes. L’ensemble des enfants essaye de nourrir le loup blanc mais parfois le loup noir arrive dans leurs esprits. Ils essayent de s’en débarrasser, les autres élèves peuvent aider leur camarade à le faire. Une fois que le loup noir est parti, l’enfant exprime avec ses mots ou son corps son soulagement et sa joie d’être avec les autres.

La seconde histoire est l’apprentissage des lettres. Véronique a développé une pédagogie infaillible pour apprendre l’alphabet. Par exemple : pour les lettres majuscules, il y a 3 familles de lettres :

  • Les lettres en lignes droites : E,T,I,F,H,L,
  • Les lettres en diagonales : Z,Y,K,X,W,V,A,M,N
  • Les lettres en courbes : O,P,Q,D,J,B,C,G,R,S,U

Chaque lettre à une histoire spécifique en fonction de sa forme, Véronique raconte cette histoire avec l’aide de son tableau numérique. Ensuite, chaque élève écrit sur son cahier la lettre correspondant à l’histoire qu’il vient d’entendre. Enfin, l’enfant écrit sur le sol en grand avec des craies.

Cela permet, à chaque enfant, de stimuler leur imaginaire et d’être acteur de leur apprentissage. A la fin de la grande section, ils savent écrire et lire.

Après le déjeuner, c’était le moment que je raconte mon parcours d’écolier en primaire. Je me suis basé sur l’histoire du loup blanc et loup noir.

« Quand vous serez à l’école primaire, mais aussi tout le long de votre vie. Vous allez rencontrer des personnes qui développeront plus leur loup noir que leur loup blanc. Ils auront des paroles, des gestes et des actions qui peuvent blesser d’autres personnes. L’environnement de bienveillance et d’amour que vous avez ici n’est pas toujours présent ailleurs. C’est ce que j’ai subi durant toute mon école primaire, j’ai reçu des insultes car j’étais un peu plus gros que les autres. Cela a provoqué en moi des choses très négatives qui me suivent encore, par exemple : exprimer mes émotions devant une personne était impossible pour moi. Cela est encore très difficile actuellement. Je vous invite à faire attention aux mots que vous utilisés, ils peuvent être très blessants ou libérateurs pour les personnes qui les reçoivent. »

J’ai réussi à faire passer ce message, nous avons eu ensuite un bel échange avec les enfants sur mon expérience.

Comment se passe la résolution de conflits ?

Avec mon histoire, c’est un sujet à laquelle j’attache beaucoup d’attention. J’ai été très surpris par les méthodes utilisées très inspirées de la communication non violente.

Quand il y a un conflit entre les enfants, l’adulte est présent pour faciliter la communication des enfants. L’adulte ne prend pas parti et les enfants peuvent exprimer leur ressenti, l’expression ou la chose qui a provoqué la tension. Ils expliquent leurs raisons, leurs sentiments par rapport à la tension provoquée par l’action.

J’ai été très étonné par la sincérité et l’authenticité des échanges entre les enfants qui se terminent généralement par un geste d’attention et de pardon entre eux.

« Éduquer, c’est transformer le monde » Baden Powell

Voilà mes principales observations durant cette super journée de novembre 2016. J’ai été profondément touché par l’amour respectif qui règne dans cette école.

Martin Luther King disait « La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la violence, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour ».

Cette expérience m’a réconcilié avec l’école. Je peux désormais affirmer que la pédagogie de l’école basée sur la bienveillance, l’apprentissage des savoirs-être permet de favoriser la confiance de l’enfant. Au fond l’essentiel, ce qui nous fait grandir c’est :

  • La qualité des relations que nous avons avec les autres
  • La diversité des échanges et la coopération autour d’actions que nous menons ensemble.

Je voulais remercier chaleureusement toute l’équipe pédagogique de la Maison de l’enfant, un immense merci à Véronique pour la confiance que tu m’as donné. Un merci aussi à Maëva qui m’a invité lors de cette journée du Noise. Un merci à tous les enfants géniaux que j’ai rencontré durant cette journée. Un merci à Judith pour la qualité de son travail qui permet de si bien raconté ce qu’il se vit dans ces écoles.

Une idée folle pour changer de monde.

Si vous êtes intéressé par la thématique de l’éducation, de la bienveillance, de ces nouvelles pédagogies. Je vous recommande fortement de voir le dernier documentaire de Judith Grumbach : « Une idée folle ». Je vous invite à aller au avant-première et à organiser vous-même une projection dans votre ville.