Échapper au jugement

Et si le feedback était une menace pour ta créativité ?

Je me suis posé cette question ce matin, en voyant mon compteur de vues et d’abonnés YouTube exploser.

https://www.youtube.com/c/antoinebm

J’aurais dû voir cela comme une bonne nouvelle. La stratégie que j’ai mise en place et dont je te parlais la semaine dernière paye. Tout se passe comme prévu.

Mais, au lieu de ça, j’ai ressenti une légère angoisse. L’angoisse d’imaginer de nouvelles personnes me découvrir et me juger.


En démarrant cette chaîne YouTube, j’ai pourtant fait le choix d’être constamment jugé. Chaque jour, 30.000 minutes de mes vidéos sont visionnées par des milliers de personnes. Ce qui correspond à 20 jours de visionnage en continu.

C’est à la fois grisant et flippant.

Je me mets parfois à la place d’un politicien ou d’une célébrité, en essayant d’imaginer ce que cela fait d’être adoré ou détesté en permanence par des milliers de personnes que tu ne connais pas.

Je me demande comment font ces gens pour continuer à croire en leurs valeurs, à poursuivre leur chemin, à garder le moral lorsque le monde entier semble s’être ligué contre eux.

C’est quelque chose qui m’a toujours fasciné, mais qui ne semble pas être compris par les gens qui pratiquent la chasse aux sorcière.

En y réfléchissant, je pense que l’important n’est pas la réalité, mais la perception que l’on en a.

Un politicien est préservé de la haine qui l’entoure par son environnement proche. Sa famille, ses amis, ses “groupies” qui le suivent dans tous ses déplacements… Sa vision de la réalité peut même s’en retrouvée déformée, au point de faire davantage confiance à son ressenti qu’aux sondages.

Je ne pense pas que cette perception biaisée soit nécessairement négative. C’est elle qui nous protège du conformisme.

On ne crée pas quelque chose d’ambitieux en essayant de satisfaire tout le monde. On ne construit pas un business disruptif sans se faire d’ennemis. On ne réalise pas de contenu inspirant sans s’attirer quelques haters.

On a besoin d’être jugé. Mais on n’a pas besoin de donner du crédit au jugement.


Le problème de YouTube, c’est l’omniprésence du jugement. On la retrouve dans les commentaires ouverts à tous, bien sûr, mais aussi dans la barre like/dislike.

J’ai toujours trouvé ce concept absurde, et je pense qu’il est en partie responsable du manque de diversité sur YouTube.

La peur du jugement pousse à créer du contenu qui va plaire à la masse.

Je préfère créer du contenu qui va vraiment enthousiasmer le coeur de mon audience. Quitte à déplaire à la majorité.


Je prends toujours du plaisir à rédiger cette lettre, parce que je sais que je n’aurai aucun feedback. Pas de likes/dislikes, pas de commentaire, pas de réponse. C’Est ce qui me pousse à en dire plus que dans mes vidéos.

C’est la même chose sur Snapchat. Pas de feedback, pas de réponse. C’est ce qui me pousse, malheureusement, à envoyer des snaps bourrés que je regrette le lendemain ;)

Si YouTube pouvait fonctionner de cette façon, ce ne serait peut-être pas plus mal.

Bien sûr, il est possible de désactiver les commentaires et les avis, mais cela marginalise la vidéo, et tu peux dire adieu à ton SEO.

Et que l’on ne me parle pas de liberté d’expression. Les commentaires réactionnaires et anonymes ne lui font pas honneur.

La meilleure façon de critiquer une vidéo, c’est de montrer que tu peux faire mieux.

À dimanche prochain,

Antoine BM

http://lalettre.co