Future of work & Future of school : vers une société et des entreprises apprenantes

Cet été, j’ai fait griller quelques neurones à l’Université d’Eté Ludovia 2017 — une sorte de Woodstock de l’éducation et du numérique (la formule est de Marcel Lebrun — kudos to him). Et si j’écris ce texte pour YOSS, c’est que j’ai perçu de nombreux parallèles entre la transformation en cours du monde du travail et celle du monde de l’éducation.

Avant/après : révolution téléphonique vs novolution scolaire

Petit exercice : mesurez l’évolution entre un téléphone des années 40 et un téléphone d’aujourd’hui. Faites la même chose avec une salle de classe. Ce qui a le plus changé à l’école, c’est la couleur de la photo (et le fait qu’il y ait des filles à l’école). Etonnant, non ? L’organisation de l’espace scolaire n’a pas changé, l’école janséniste et son approche pédagogique top-down ont peu évolué même si les voix proposant d’autres approches se font de plus en plus nombreuses.

L’éducation nationale est un gros vaisseau pas facile à faire dévier de sa course. Ce genre de phrase, j’en ai aussi entendu dans plusieurs grandes entreprises par lesquelles je suis passé. « Notre entreprise est une vieille dame pas facile à bouger » ou « on aimerait avoir un voilier au lieu d’un paquebot ». Pourtant la fameuse citation « ce ne sont plus les gros qui mangent les petits mais les rapides qui mangent les lents » d’Eberhardt Von Kuenheim n’a jamais été aussi vraie. Voyez la double élection présidentielle/législative française de 2017, remportée par un parti fondé… en 2016 au nez et à la barbe de formations politiques cinquantenaires. Rapidité d’adaptation à son environnement, rapidité d’exécution et apprentissage permanent sont des clés qui sont aujourd’hui indispensable aux entreprises qui veulent survivre — et à ceux qui veulent évoluer dans le nouveau monde du travail.

Dès lors, quand on parle d’éducation, il n’est plus question de penser « jeunes gens entre la maternelle et l’université ». L’éducation, l’apprentissage, doivent être pensés par et pour tous, tout au long de la vie et pas seulement pendant une formation initiale qui nous forgerait pour 40 ans de loyaux services.

Evoluer vers une société apprenante

#jakatali #bisounoursisme
Dans un rapport rendu en septembre 2015, François Taddei — aka le Pape de l’innovation en éducation — professe l’avènement d’une société apprenante. « Une société où tous les potentiels individuels et collectifs se réalisent grâce à une formation de qualité dès la petite enfance et tout au long de la vie. »

Outre les moyens concrets d’y parvenir, et nous y reviendrons, ce rapport note qu’« accompagner ces changements nécessite de construire, dès l’école, une culture de la confiance, de la liberté en responsabilité, du mentorat bienveillant et de la coopération. L’enjeu est donc plus culturel que matériel et structurel. » Et transverse à la société française.

Cette rupture sociétale nécessite confiance les uns en les autres, bienveillance et droit à l’erreur. Il nous faut accepter que c’est en faisant — et en se trompant — qu’on apprend et qu’on crée. Pour peu qu’on laisse une trace de ce qu’on a fait, on permet à ceux qui nous suivent de poursuivre le process un peu plus loin. Le concept développé par François Taddei est celui d’étudiant-chercheur, qui ne reproduit pas le savoir asséné par un professeur-sachant, mais expérimente en groupe et sous son mentorat. C’est une rupture importante dans le paradigme de l’éducation.

Et cette société apprenante, c’est donc tout au long de la vie que nous devons en faire partie — et ce n’est pas moi qui le dit mais cette fois c’est notre Jacques Attali national.

#jakatali #futur

S’il vous venait à penser que tout cela est le simple résultat d’un excès de bisounoursisme ou d’une soirée hippie trop imbibée de LSD (quoique j’aurais du mal à y voir Jacques Attali), soyons plus terre à terre et venons-en à la nécessité impérieuse de savoir apprendre, tous, et vite. Les chiffres divergent (c’est énorme) mais la tendance est la même :

L’apprentissage tout au long de la vie professionnelle est donc vital, car il nous faudra rapidement apprendre à travailler avec les machines et l’intelligence artificielle plutôt que contre elles.

Où apprendre ? Tiers-lieux physiques et numériques

#jakatali #moocs

Revenons au rapport de François Taddei sur la société apprenante. Dans les dix pistes concrètes proposées, j’en relève trois:

  • Aménager des tiers-lieux physiques
  • Déployer des tiers-lieux numériques
  • Promouvoir un carnet d’apprenant tout au long de la vie

Commençons par les tiers-lieux : ce sont ces endroits qui ne sont ni l’école (ou le lieu de travail), ni la maison, mais permettent de partager en un lieu des moyens, des connaissances, du savoir-faire. Nombre de freelances travaillent dans des espaces de co-working, pas seulement pour avoir un bureau et du wifi mais aussi pour confronter idées et pratiques avec d’autres freelances, et ainsi apprendre les uns des autres.

Le co-working est donc un tiers-lieu physique. Et quoi de mieux qu’une plateforme MOOC comme tiers-lieu numérique ? Pour ceux qui n’ont pas encore croisé l’acronyme MOOC, rappelons qu’il s’agit de Massive Online Open Courses, ou cours en ligne massifs et ouverts. Les modules de E-Learning existent depuis très longtemps mais les MOOC apportent autre chose : ils tournent par sessions limitées dans le temps et offrent la possibilité d’échanger avec l’équipe pédagogique du MOOC ou avec les autres inscrits sur le MOOC, voire participer à la mécanique de revue par les pairs. Le système de peer review, mis en œuvre dans de nombreux MOOCs, c’est le nirvana de l’apprentissage : chaque devoir rendu en fin de semaine du MOOC est évalué par d’autres élèves du MOOC. Et c’est là qu’on apprend parfois le plus : au moment de devoir évaluer le travail des autres.

Aujourd’hui, des milliers de MOOCs nous tendent les bras. Après avoir commencé par un MOOC dont l’ambition est… de vous apprendre à apprendre, vous pourrez vous perdre dans l’écosystème des MOOCs francophones, dont plus de 50% sont aujourd’hui disponibles sur la plateforme France Université Numérique ou FUN et sont proposés par de nombreuses universités de renom. Voire faire un tour sur Coursera pour des MOOCs dans toutes les langues.

MOOCs et entreprises : l’enjeu de la certification

Les entreprises commencent à comprendre ces enjeux et à s’engager dans des partenariats avec les plateformes MOOC. Il s’agit d’un élément important du business model de Coursera, principale plateforme mondiale de MOOCs et qui a signé des partenariats avec de grandes entreprises telles que L’Oréal, Air France ou Critéo.

Il y a dès lors fort à parier que les certificats obtenus en fin de MOOC, qui sont payants au contraire des attestations de suivi qui sont gratuites mais moins sécurisées, seront aussi de plus en plus valorisés par les entreprises comme de véritables preuves de savoir-faire. Certaines entreprises, par exemple Orange, Total et BNP Paribas, l’ont déjà inclus dans leur processus de recrutement.

Pour consigner et valoriser cet apprentissage, François Taddei propose la création d’un carnet de l’apprenant, qui nous suivrait tout au long de la vie comme notre carnet de santé. De telles solutions existent déjà, telle la démarche open source de Mozilla intitulée Mozilla Open Badges et qui permet d’agréger les certificats émis par tous les acteurs ayant adopté le standard.

Ces badges peuvent dès lors être émis aussi bien par des universités que par des entreprises elles-mêmes, pour attester de la compétence d’un salarié dans tel ou tel domaine. Il s’agit d’une source de motivation pour les salariés, et pourquoi pas demain pour les freelances : après avoir réalisé ma mission, plutôt qu’une note impersonnelle à 4 ou 5 étoiles, je recevrai demain un badge attestant d’une compétence mise en œuvre lors de la mission pour le client.

Si je résume, demain, se former consistera en:

  • Une démarche d’étudiant-chercheur et d’apprentissage en expérimentant
  • Un apprentissage dans des tiers-lieux, physiques ou numériques, au contact d’autres étudiants-chercheurs et sous la supervision de mentors bienveillants
  • La réalisation de mission certifiées numériquement par les entreprises, ou par des pairs

Il y a fort à parier que les freelances profiteront d’être de petits voiliers et non de gros paquebots pour être à la pointe de ces nouveaux modes d’apprentissage, tout comme ils sont à la pointe des nouvelles techniques de design d’expérience. Nous comptons sur eux, avec l’ambition de les accompagner dans cette transition qui dépasse celle du monde du travail.



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