Indépendant et chômeur, compatible?

Vous avez déjà été salarié? Touché le chômage? Vous êtes en freelance? Le projet du gouvernement sur la réforme du chômage pour les travailleurs indépendants ça vous parle? Savez-vous comment bénéficier d’une assurance chômage? Qu’est ce que l’assurance perte d’activité pour les indépendants? Comment définir une garantie chômage pour les freelances? Comment tenir compte des disparités de ce groupe hétérogène? Revenus? Patrimoines? Activité exercée? Risques face au chômage? Attentes à l’égard de la protection sociale?

Si toutes ces questions vous inspirent, vous êtes au bon endroit! Focus sur le #sujetbrûlant de ce début d’année 2018.

Indépendants, travailleurs hybrides, micro-entrepreneurs, professions libérales, artisans commerçants, chefs d’entreprises, artisans agricoles. Certains termes émergent : les travailleurs des plateformes, où encore travailleurs “ubérisés”. Une multitude de statuts juridiques qui représentent la toile d’actifs du nouveau monde du travail, émergente, au cœur de l’économie française.

C’est dans l’optique d’apporter notre pierre à l’édifice (où plutôt au gratte-ciel) du projet gouvernemental sur le chômage pour les indépendants, que YOSS a organisé au mois de février un mapping de cerveaux entre #freelances. Notre volonté? Mettre sur les rails une étude qualitative, en complément d’une étude quantitative à laquelle nous participons aux côtés des autres acteurs majeurs du secteur. Ensemble nous ouvrons un espace de discussion aux acteurs du travail indépendant pour les faire échanger et réfléchir à de nouveaux modes de réglementation. Notre objectif : les accompagner à formuler des propositions concrètes sur la protection sociale des travailleurs indépendants afin d’enrichir les travaux engagés par les pouvoirs publics #brainjuice. La démarche réunit dans un groupe de travail 7 freelances représentant une pluralité de métiers, d’expériences et de compétences. Qui sont-ils? Let me introduce…

Alexia Mendez, graphiste et illustratrice franco-espagnole en freelance depuis 5 ans. Spécialisée en branding et packaging beauté, elle aime se définir comme une théatrophile, expo-holic, working girl parisienne et one-woman-show. Pour ne citer que quelques uns de ces clients.. L’Oréal, Lancôme, Hermés, Sephora, Lacoste, Clarins, Givenchy, Repetto…

Nicolas Picand, le #king du SEO, l’expert du référencement. Consultant en webmarketing… Références? Certifié de la tête aux pieds (CESEO, Google Adword), il se situe à la croisée des mondes de l’informatique et du marketing #generationslasheur. Fort de plus de 5 ans d’expérience en tant que freelance, c’est le Jimmy Neutron des temps modernes, le geek aguerri du groupe de réflexion.

Michel Lechevallier, ingénieur en systèmes et consultant en conduite du changement. Ses expériences pros? Un parcours diversifié chez Alcatel, la DGA, Thales dans l’ingénierie des systèmes complexes du management, de la conduite de projet (y compris en agile) et de l’amélioration continue (CMMI). Actuellement freelance, il met ses compétences au service de missions de conseil de formation et d’accompagnement opérationnel dans les grands groupes et les PME.

Kelly Merran, CMO de YOSS. Freelance et chef d’entreprise depuis 5 ans, elle booste la croissance des startups par le biais de nouvelles techniques marketing et de communication. Reine de la productivité, personnalité engagée sur le thème du #futureofwork, shakeuse d’idées, globe trotteuse, œil critique. Un moto ? #doer. Comme l’indique purement et simplement le nom de sa boite: Keep Calm & Call Kelly!

Alexandre Moraitis, community manager événementiel depuis 2011, en freelance depuis 2 ans. Créatif, passionné, il intervient comme #misterdigital aussi bien auprès des agences que des particuliers. Fort d’une expérience dans de nombreux secteurs, automobile; food, technos, applications, il apprécie les nouvelles opportunités et fait preuve d’une curiosité insatiable.

Angel Ip, facilitatrice graphique, freelance depuis bientôt deux ans. En d’autres termes? Elle donne vie à vos idées à travers l’image : illustrations, live-sketching, reportage graphique… La seule limite est votre imagination ! Freelance depuis deux ans, elle travaille pour des grands groupes, PME et startups. Elle leur apporte un regard nouveau et créatif sur leurs produits et services.

Et… Moi, Clémentine. Freelance depuis deux ans & employée chez YOSS. Graphiste, growth marketer, communicante, créatrice de contenu et créative #couteausuisse, issue d’une double formation en communication et web design.

Qu’est ce que le chômage pour les salariés aujourd’hui?

Pour être éligible au chômage, en France, en tant que salarié, aujourd’hui, il faut remplir plusieurs conditions:

  • avoir perdu involontairement son emploi
  • avoir travaillé au moins 88 jours/ 610 heures au cours de 28 derniers mois
  • être inscrit comme demandeur d’emploi au Pôle emploi ou suivre une formation
  • être à la recherche effective et permanente d’un emploi
  • ne pas pouvoir prendre sa retraite à taux plein
Ça vous parle?

Moi non plus pas vraiment, Nicolas s’indigne même qu’on puisse toucher le chômage pendant deux ans pour seulement 88 jours consécutifs travaillés. Ces termes en gras, quand on est freelance, ils n’ont pas vraiment de sens. Qu’est ce que perdre involontairement son emploi quand on cumule des missions courtes et des missions longues? Qu’est ce que travailler 88 jours consécutifs?

Essayons alors de mettre en perspective le chômage des salariés et le chômage pour les intermittents du spectacle, qui ont une activité un peu plus proche de la nôtre. Ces derniers bénéficient de l’ARE, Aide au Retour à l’Emploi, communément appelée allocation chômage, fonction de la rémunération perçue lors des périodes d’activité et du nombre d’heures travaillées. L’intermittent qui souhaite bénéficier de cette aide doit justifier d’une période de travail de 507 heures sur la période de 12 mois précédent la fin de son contrat de travail. Sur la durée, on se rapproche déjà plus d’un scénario adapté au freelance. Comment le justifier ?

Moi ça me parle. Mais alors…

Que propose le gouvernement pour les freelances? #sujetbrûlant

Selon le CESE, 3,3M de travailleurs indépendants représentent aujourd’hui 12% de la population active en France. Les micro-entrepreneurs représentent 0,7 millions d’entre eux. Je me situe dans le dernier maillon, les “travailleurs des plateformes”, et pas des moindres, 500 000 #freelances qui trouvent leurs missions en ligne. Un iceberg d’autant plus grandissant que des plateformes comme YOSS développent des services attractifs visant à faire de notre quotidien, un monde plus paisible (mutuelle, formation, banque en ligne, MOOC, comptabilité). De quoi pousser certains salariés à rejoindre la toile bien tissée des travailleurs indépendants. *De quoi gagner le cœur des indépendants déçus par l’ubérisation de leur profession par les plateformes.

Face à l’émergence de ces nouvelles formes de travail, le gouvernement Macron met en cocotte minute le sujet de la protection sociale pour ces demandeurs d’emploi du #futureofwork. L’IGAS sortait en octobre 2017 un rapport sur l’ouverture de l’assurance chômage pour les travailleurs indépendants. Vous venez de cliquer sur rapport ? Oui, oui, vous avez bien lu le nombre de pages.. 482. La preuve que c’est un vrai sujet #surlefeu.

Ce qu’il faut retenir dans les propositions non exhaustives du gouvernement ? Un vrai Mah-jong. 10 scénarios envisageables selon les critères suivants:

  • Obligatoire/ facultatif
  • Plus ou moins fort pour les actifs fragiles
  • Modalités de financement et de gouvernance : qui finance ?

“Ce document extrêmement dense et très technique ne contient pas de solution toute faite : il expose les multiples aspects à prendre en considération pour fonder un tel régime, en attirant l’attention notamment sur les risques de « fraude », et ébauche un large éventail de scénarios possibles. Aucun chiffrage sur le coût des différentes options envisagées n’est communiqué.” Le Monde, 21/11/2107

De ce rapport de l’IGAS, voici ce que le gouvernement a finalement décidé de mettre en place :

  • Une allocation forfaitaire perçue sur une période de 6 mois, de 800 euros mensuels,
  • L’ouverture des droits se ferait à la condition que le dirigeant ait justifié d’un bénéfice annuel autour de 10 000€ et qu’il soit en situation de liquidation judiciaire.

Mais, problème! Comment arrive-t-on en liquidation judiciaire quand on est freelance? Comment peut-on appliquer à un micro-entrepreneur les mêmes règles qu’à un chef d’entreprise? #tricky. Aujourd’hui, ce rapport ne définit pas le statut d’actif indépendant. Comme je l’ai dit précédemment, il existe une multitude de termes et plusieurs statuts juridiques pour définir le même indépendant finalement : le travailleur défini par l’absence de lien de subordination à un employeur. Et si on décloisonnait le terme “indépendant”? C’est la proposition qui émerge de notre groupe de réflexion.

“Peut-on représenter chaque indépendant par son corps de métier? Son statut? Nous n’avons pas les mêmes réalités. On ne peut pas confondre des indépendants qui n’ont ni les mêmes salaires, ni le même métier, ni les mêmes cibles.”

Le droit au chômage, rappelons-le, se déclenche pour le salarié dans le cas d’une perte involontaire d’emploi. Pour le freelance, hypothétiquement, l’application de l’assurance chômage interviendrait dans le cas d’un creux d’activité mettant sérieusement en péril l’équilibre financier de l’individu. Vous pensez bien que le freelance n’est pas un EGM (être génétiquement modifié). Comme tout le monde, il paye un loyer tous les mois, ne se nourrit pas que de pain et de Nutella (quoi que) et à une vie sociale. Ne serait-ce pas l’ombre d’une solution qui apparaît? Partir du creux d’activité pour définir à partir de quel moment le freelance doit percevoir une aide?

Ok #nice. Mais le creux d’activité pour un indép’ c’est quoi? Pour nos 7 fantastiques ⚡️, le creux d’activité c’est une absence totale d’activité pendant une période d’au moins trois mois. Aujourd’hui, les freelances couvrent leur creux d’activité avec leur marge. C’est leur objectif de fonctionnement.

Ok #fair. Mais pourquoi un tel creux d’activité? Non, je ne suis pas partie en vacances trop longtemps. Quand vous travaillez dans une entreprise, vous avez un salaire fixe, mensuel, avec des bonus? #chanceux. Les freelances ont des missions, et des objectifs mensuels, pas toujours atteints. On les a interrogés; plusieurs facteurs font varier leur CA:

  • Les cycles économiques #goodorbad
  • La saisonnalité d’activité #ohlebudget de fin d’année
  • Perte de clients #goodbye
  • La mise à jour des compétences, communément appelé formation. #learning

Et si on pouvait définir un statut d’actif indépendant n’incluant ni les travailleurs indépendants régulés par des ordres établis (comme les professions libérales), ni les indépendants organisés comme les artisans, commerçants & professions agricoles?

Mais alors, pourrait-on envisager les mêmes droits que les salariés pour les freelances ? #oupas

Avoir les mêmes droits que les salariés sur le papier, c’est un peu le Graal. Mais dans la réalité, pourquoi sommes-nous devenus indépendants? La réponse est dans la question: in-dé-pen-dant. Quand on devient indépendant, on est conscient des risques. On sait qu’on n’aura pas, ou plus, les avantages du salariat. À mettre en perspective, la question du chômage est en friche aujourd’hui mais jusqu’alors totalement inconnue des freelances. Quand on devient indépendant on est sensé être au courant des conséquences. L’adrénaline? La prise de risque? Un besoin de liberté, où tout ça à la fois. On adopte ce statut avec ses avantages et ses inconvénients. Alors, vous, freelances, si on vous demande si vous souhaitez les mêmes droits que les salariés, vous nous répondez quoi ?

Alexia: « Les tarifs plus élevés sont liés à l’insécurité. On facture plus, car on prend plus de risques. Moi je ne veux pas avoir les mêmes droits que les salariés. Si on a le droit à tout, mes tarifs vont baisser»

Pour autant, est-ce normal de n’avoir aucune protection liée au risque “perte d’emploi” aka “pas de mission”? Non, pas si on recherche activement des clients.

Pourrait-on par exemple imaginer des conditions telles que:

  • Je suis inscrit sur une plateforme de mise en relation
  • J’ai postule à x missions au cours des x derniers jours/ dernier mois.
  • J’ai rejoint le Pôle Emploi du futur #pôleemploifreelance

Et les freelances alors, ils en pensent quoi? #review

La vision portée par le gouvernement et les pouvoirs publics et les débats engagés sont perçus de manière positive et suscitent de nombreuses réactions. On en a sélectionné quelques unes.
Alexandre : “ C’est l’inconnu, il y a tout à penser et à construire. Mais on en a besoin, ce n’est pas normal que rien ne soit prévu pour nous en matière de protection sociale.”
Alexia : “ Ce qu’on nous propose est succinct, quelques organismes se proposent de se porter garant mais très peu/ inconnus du grand public. L’Etat ne nous représente pas, le peuple français ne connait pas le travailleur indépendant. Par exemple, un propriétaire refuse de louer/ vendre son bien à un indépendant en ne connaissant rien au statut d’indépendant. On sait que ça va prendre du temps, et on préfère ça au “tout, tout de suite, trop vite”. La révolution freelance est une révolution longue et lente. Si on voulait la sécurité, on aurait choisi d’être salariés, mais une garantie baisse de régime pendant quelques mois sans rentrée d’argent, on est pour.”
Michel: “C’est plutôt positif, la réflexion se met en place.”
Angel : “L’indépendance reste incomprise par la majorité des acteurs”.

Ce que proposent les freelances by @Agathelegal

  1. Définir un statut d’actif indépendant,
  2. Orienter les discussions de groupe principalement sur les enjeux techniques de financement et gestion du fond de mutualisation.
  3. Afin d’évier l’effet aubaine et la prolifération des micro-entreprises, les participants ont soumis l’idée de mettre en place une formation obligatoire à la création d’entreprise. Objectif: prise de conscience des risques et conséquences de cette création (paiement des cotisations, demande d’aide à la création d’entreprise, …)
  4. Analyser le modèle crée pour les intermittents du spectacle, le répliquer en l’améliorant aux travailleurs indépendants.
  5. Ils reconnaissent la difficulté de faire entendre leur voix dans le débat public du fait de l’absence d’instances représentatives dédiées aux travailleurs indépendants. Ils préconisent leur création par secteur d’activité afin de recenser, étoffer et partager les données et sources d’informations permettant d’appréhender la réalité de leur activité et de leurs conditions de travail”.
  6. Créer différents groupes de réflexion, porteurs de voix des indépendants, comprenant des plateformes de mise en relation, des travailleurs indépendants, des fondations, des associations, mais sectorisés par domaine d’activité.

Près de 3000 freelances ont participé à la réflexion générale https://www.chomage-independants.fr/organisée par tous les acteurs du secteur (plateformes, formation, compta, banque en ligne, médias et influences). Les résultats sont assez différents de ce que pensent les freelances que l’on a interrogé, notamment parce que nous avons pris le temps ensemble d’aller dans le fond et de retourner le sujet! Que dis le rapport ?Out les clichés qui circulent sur les travailleurs indépendants! 92% des participants se déclarent favorables à une garantie chômage et 80,5% affirment avoir déjà traversé des périodes de difficultés financières. La majorité se dit prête à accepter un niveau de cotisation élevée, à condition que les garanties mises en face soient solides (comme on pouvait s’y attendre, ils sont globalement assez insatisfaits du niveau de protection dont ils bénéficient aujourd’hui). Bref, il y a de la matière!


Le fait que le gouvernement se penche sincèrement sur la question est très bon signe. Avec une augmentation de +126% du nombre de freelances en seulement 10 ans, il est rassurant de sentir que cette pluralité de statuts et d’aspirations devient un véritable sujet politique. Ceci étant dit, face à ce qui émerge aujourd’hui, on est en droit de se poser la question de la pertinence des propositions. Sont-elles vraiment adaptées aux freelances ? Nous avons réalisé ce petit montage pour expliquer clairement à qui s’adressait la première mesure de Muriel Pénicaud.

Même si on salue l’effort du gouvernement sur cette proposition, la liquidation judiciaire est un sujet très “étrange” pour les freelances. La liquidation judiciaire est un moment beaucoup moins courant pour un solopreneur que pour un chef d’entreprise : leur quotidien ce sont des baisses d’activité. C’est ça, le vrai problème auquel il faut répondre, et c’est ça, le vrai fond du sujet du chômage.

Plus encore, on a senti chez YOSS à quel point la pluralité des métiers, des industries, des modes de facturation, des statuts et des rythmes de travail rendent la législation difficile et l’appropriation des réponses du gouvernement par les freelances hasardeuse.

Le long et passionnant chemin qu’il reste à faire pour proposer des solutions concrètes et adaptées aux freelances ne saura se faire sans eux, et c’est ce qui nous parait le plus crucial. Quoi qu’il en soit une chose est certaine, la seule chose qui ne changera pas c’est que les freelances sont des êtres libres et qu’ils feront tout pour le rester.