La traversée du Bosphore, de l’Artisan Parfumeur: promenade au coeur d’Istambul.

Cela faisait plusieurs mois que l’on attendait impatiemment ce nouvel Artisan parfumeur, tant les descriptions nous avaient mis l’eau à la bouche. Et c’est rien de le dire puisque cette Traversée du Bosphore surfe sur une vague à la fois gourmande et orientalisante, aux accents cuirés, plus ou moins affirmés selon les peaux.


Orientalisant, oui, tel était le pari à l’origine de cette nouveauté, censée évoquer une ballade à Istambul, la ville trait d’union entre orient et occident. Mais il s’agissait ici de ne pas faire un oriental avec les habituels codes vanillés. Ici c’est plutôt le cuir, évoquant les tanneries de la ville, les épices et les notes amandées pour rappelant ses gourmandises qui donnent le ton oriental au parfum.

Un parfum s’ouvrant d’abord sur un accord pomme verte, nous transporte sur les coussins d’un bar à chicha, pour fumer un narguilé arômatisé à la pomme. Celle-ci permet aussi de donner un peu de fraîcheur en tête au parfum, avant qu’il ne s’épanouisse sur des notes plus épicées, annoncées d’emblée par le piquant du gingembre, en tête, et joliment relevées par le safran. La grenade fait bien sûr aussi partie du paysage, au côté de la tulipe, présente dans la composition, même si elle n’est pas évidente à première vue.

L’iris pointe ensuite le bout de son nez, tandis que se développe doucement une subtile note de cuir, (loin de la reconstitution classique à l’aide du bois de bouleau que l’on peut connaître), ici c’est plutôt une note cuir un peu odeur de “peau”. Puis, et c’est là où réside entre autres l’attrait de ce parfum, cet effet cuir se retrouve équilibré, arrondi par un accord gourmand, qui va d’ailleurs s’affirmer de manière définitive sur ma peau.

En effet, La traversée du Bosphore varie beaucoup d’une peau à une autre, chose que j’adore. Sur certaines l’équilibre entre le cuir et l’esprit loukoum est divin, sur la mienne, ayant naturellement tendance à sucrer les parfums, malheureusement, l’aspect amandé est un peu trop présent, me donnant l’impression d’être un loukoum géant à la rose et à la pistache. Néanmoins, cela donne un charme poudré au parfum, ce qui n’est pas pour me déplaire.

L’effet loukoum est saisissant, on a vraiment l’image d’une patisserie orientale recouverte de sucre glace, et les notes pistaches, assez originales dans un parfum je trouve, semblent plus vraies que nature. Toujours pour évoquer les charmes d’Istambul, il s’agit bien sûr d’un loukoum à la rose, une rose de Damas, une rose turque, aux accents traditionnellement fruités en tête et qui s’accorde bien ici avec la construction du parfum. Cet aspect loukoum se prolonge longtemps sur ma peau… au point d’en éclipser un peu les autres subtilités de la Traversée du Bosphore mais que je vais quand même tenter d’évoquer.

Outre cet accord loukoum, l’idée était aussi de créer plusieurs couches de cuir, à différents stades du parfum, à chaque fois équilibrées par d’autres notes. Le cuir, en sourdine sur ma peau, est donc ici un cuir doux, un peu daim, un peu fumé aussi, symbolisant les tanneries d’Istambul. Les notes baumées qui viennent l’adoucir ajoutent d’ailleurs à sa délicatesse. Le parfum se fond enfin sur des notes plus boisées, et musquées, mais l’ensemble reste très sucré amandé sur ma peau, bien que l’on sente, une facette cuir, veloutée, un peu timide, cachée sous ces délices gourmands.

Depuis quelque temps, la tenue des parfums de cette belle maison semble s’être améliorée (je pense notamment à Havana vanille ou Nuit de tubéreuse), et c’est encore le cas ici de cette nouveauté. Sans être envahissant, lourd ou très enveloppant, le sillage est bien réel, les notes de fond restent sur la peau, et la tenue sur les vêtements est très bonne. Cette nouveauté, qui s’inscrit dans la collection des carnets de voyages de l’Artisan Parfumeur, brille donc par son originalité, celle d’un accord cuir-loukoum, pour le moins novateur. Pour vous faire un autre avis de cette Traversée du Bosphore, rendez-vous sur le site de Poivrebleu!

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 12, 2014.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated sophie normand’s story.