Oeillet Bengale, la fleur ardente d’Aedes de Venustas

Epicée, ambrée, pourvue de nuances subtilement fleuries et solaires…. La dernière création d’Aedes de Venustas, Oeillet Bengale, a bien des choses à dire.

Mais avant de vous révéler tous ses secrets, quelques lignes pour re-situer le contexte autour de cet oeillet composé par Rodrigo Flores-Roux.

Aedes de Venustas est une boutique bien connue des perfumistas à New York: on l’aime autant pour son style baroque inimitable que pour sa sélection pointue de fragrances. Les propriétaires de ce “temple de la beauté” new-yorkais se sont déja aventurés dans le domaine de la création, à travers un partenariat avec L’Artisan Parfumeur. Ils ont par la suite décidé de créer leur marque, éponyme, avec deux premières créations très réussies: une rhubarbe fusante sur fond boisé, imaginée par Bertrand Duchafour, puis un iris carotte aux accents boisés presque cuirés, “Iris Nazarena”, façonné par Ralph Schwieger. Cet Oeillet Bengale, sorti l’été dernier, est donc le 3ème opus de la collection, et ne déroge pas à l’esprit de finesse et de qualité qui semble caractériser les parfums de la maison.

Notons, au passage, qu’il est assez risqué pour une marque de se lancer dans la création d’un oeillet de nos jours. Si cette fleur s’est invitée dans nombre de nos classiques (L’Heure Bleue, Tabac Blond, L’Air du Temps, Opium, Eternity…), elle est aujourd’hui souvent perçue comme surannée, mais surtout ses inflexions épicées aux notes de clou de girofle en font un défi créatif en raison des restrictions européennes: l’usage de l’eugénol, la molécule qui donne sa senteur particulière au clou de girofle et qui se trouve naturellement présente dans l’oeillet, est actuellement fortement limité par les lois. (Il semble d’ailleurs, qu’ici, le parfumeur ait contourné l’interdiction grâce à l’emploi de l’iso-eugénol, moins sévèrement réglementé si l’on en croit le blog Grain de Musc).

C’est d’abord une bouffée poivrée, bordée de notes solaires (salycilates), qui vous saute au nez à la première vaporisation de la fragrance. Un axe épicé, que forgent le poivre, la cardamome et la cannelle autour du clou de girofle tout au long de la composition. Une sensation que vient prolonger le safran avec ses tonalités épicées et orientalisantes. Pourtant, Oeillet Bengale m’inspirerait plutôt une sorte de “douceur piquante”, puisque ses atours corsés sont ponctués de notes florales. On retrouve ici un effet poudré qu’appuie la rose (l’autre composante olfactive de l’oeillet), mais aussi une langueur solaire, qui mêlée aux épices, pourrait rappeler celle d’un lys: à se demander si l’ylang-ylang ne s’est pas glissé subtilement dans la composition. La vanille vient adoucir de ses notes baumées les volutes pimentées du parfum dans un effet très suave, tandis que le labdanum y dépose ses lueurs ambrées, achevant de faire de cet oeillet une fleur chaude et brûlante, à l’image d’un “feu de Bengale”.

Pour autant, malgré ses contours détonants, cet Oeillet Bengale sait aussi se faire civilisé: son sillage subtil et sans lourdeur aucune permet de se délecter de son charme piquant sans provoquer d’incendie olfactif…. Sensuelle, jamais désuète, la composition de Rodrigo Flores-Roux vient habiller d’une vision moderne une fleur au look plutôt rétro, et nous confirme qu’Aedes de Venustas est une maison au souffle très créatif.

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