Cerises de terre / Virginie Chaloux-Gendron

La Recrue
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Jan 14 · 3 min read
Cerises de terre / Virginie Chaloux-Gendron
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Jusqu’au bout des obsessions

Par Sebastián Ibarra-Gutiérrez

Cerises de terre, publié récemment dans la collection Initiale, aux éditions du Noroît, est un recueil marqué par une sorte d’obsession presque mélancolique, où la mort, omniprésente, joue un rôle principal. L’autrice, Virginie Chaloux-Gendron, nous en prévient dès les premières pages : « j’ai effectivement dû passer plusieurs jours sans songer à la mort, à un moment ou un autre, mais ce qui n’arrive pas résiste aux contours de la mémoire qui retient l’événement dans ses filets ».

Quelques secondes avant ma naissance
mon premier visage dégela
Nul ne le vit jamais

La figure que je porte depuis
est une traduction de mon visage réel

Elle a gardé les os, l’alignement
de la mâchoire
une posture de statue renversée

Ma langue récite l’histoire de l’effondrement
précédant le monde

— Virginie Chaloux-Gendron, Cerises de terre, Éditions du Noroît, p. 40

Cependant, bien que la poésie soit, comme mentionné précédemment, façonnée par l’idée de la mort, le lecteur doit chercher à aller au-delà d’un premier regard que l’on pourrait catégoriser à tort comme trop tragique. En effet, l’autrice, paraphrasant les vers du célèbre poème Lady Lazarus, de Sylvia Plath, tient à nous indiquer que, à différence de l’écrivaine états-unienne, elle ne posséderait pas le même don pour réussir à se réinventer dans sa propre mort littéraire — rappelons-nous que, pour Sylvia Plath, mourir est un art dans lequel elle s’y révèle exceptionnellement douée. Ainsi, dans ce livre, au lieu de représenter le simple concept de la disparition, la mort du personnage répondrait plutôt au désir, toujours inaccompli, d’établir un lien solide entre la narratrice et la terre, où elle pourrait enfin se ressourcer.

Partout je trébuche
sur tes cadavres de lumière

Les tas de feuilles
soutiennent la forêt

Le son de la mer me parvient

Comme deux vagues
nous ne réussissons jamais
à nous toucher

— Virginie Chaloux-Gendron, Cerises de terre, Éditions du Noroît, p. 66

Par ailleurs, le lecteur saura remarquer que, dans son œuvre, Virginie Chaloux-Gendron fait appel au tu, pour exprimer l’intranquillité, voire le défaut de conformité de la narratrice à l’égard de quelques conventions sociales qu’elle dénonce. On y découvre notamment des critiques contre la figure de la mère, évoquée à plusieurs reprises, ainsi que des questionnements relativement à l’autre dans une relation amoureuse.

J’occupe l’intérieur du silence
Tu te laisses glisser
au creux de mon bassin pâle

Je suis magnifique et tourmentée

Nous sommes partis depuis longtemps
fendre notre jeunesse

— Virginie Chaloux-Gendron, Cerises de terre, Éditions du Noroît, p. 72

Sans prétention, ces Cerises de terre nous proposent une lecture qui, malgré quelques vers un peu trop répétitifs qui alourdissent par moments le récit, nous fait non seulement réfléchir sur certaines contradictions du quotidien que l’on finit par normaliser, mais met également en évidence, en allant jusqu’au bout des obsessions, l’importance de savoir écouter sa voix la plus profonde, et ce, bien que « écrire ne sauve aucun meuble du déluge et ne rapatrie aucune âme des limbes ».

Même l’eau me refuse
Sous elle mes cris se transforment
en bulles décevantes

Disparaître ne doit pourtant pas
être compliqué

— Virginie Chaloux-Gendron, Cerises de terre, Éditions du Noroît, p. 16

Cerises de terre
Virginie Chaloux-Gendron
Éditions du Noroît, 2019
128 pages

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Vitrine des premières œuvres littéraires québécoises

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