Pas de géants

La Recrue
La Recrue
Sep 15, 2017 · 2 min read

Par Anthony Lacroix

Le livre Pas de géants de Gabriel Allaire est un grand plaisir de lecture, peut-être l’un des plus grands de la rentrée littéraire.

Le ton politique, drôle et tranchant du narrateur-enfant charme le lecteur dès le début du livre :

On est trente-deux ici; il y avait vingt-quatre bureaux le premier jour. Ça fait 1,3333333333333333333333333 personne par place. J’ai calculé. On m’a dit que l’école avait fait des coupures. Elle a hésité, je crois, l’école. Soit elle coupait les bureaux en deux, soit elle nous coupait nous. Pour recoudre la moitié de l’un avec la moitié de l’autre. (P. 11)

Olivier, le personnage principal semble toujours avoir des souliers trop grands pour lui, des souliers qui le forcent à prendre les devants s’il veut que sa vie sombre change un peu.

Mon quartier frôle la crise cardiaque. J’ai envie d’aller sauter sur les artères pour que du sang neuf circule. Tout est figé, jamais rien de nouveau. Les mêmes visages qui partent et reviennent aux mêmes heures. (P. 32)

Mais en plus du narrateur attachant, c’est le style d’écriture qui fait de ce premier livre, un grand livre.

Allaire réussit à se distancier de cet habituel ton des narrateurs-enfants que l’on pourrait qualifier comme ducharmien, pour rester dans une évocation poétique des évènements plutôt que d’utiliser les jeux de langage.

Grandpa préfère ses stores fermés et sa télé ouverte. Il est là, sur son divan, une bonbonne à sa gauche, deux tuyaux dans le nez. À ce qu’y paraît, il lui reste pas beaucoup de vie. Il l’économise. Il la garde précieusement. Il l’embonbonne, sa vie dure à en boucher les tuyaux. (P. 38)

Tous les mots semblent calculés avec minutie pour apporter juste assez d’images pour que l’on comprenne la scène, mais pas trop pour qu’on nous laisse le soin de nous l’illustrer dans notre tête.

Je rentre dans la salle de bain. Facile de savoir qui est là. Je connais personne d’autre avec dans le torse un accordéon à l’agonie. Je l’entends siler pas possible. Je m’avance. Je le vois sous la cabine, ses mains, ses genoux. Ses genoux…Ses genoux claquent, ses dents grincent, ses ongles grattent. Concerto de l’angoissé troisième mouvement. (P. 68)

Ceci est vraiment un premier coup de maître chez Leméac pour cette rentrée littéraire.


Bibliographie
Pas de Géants
GABRIEL ALLAIRE
Leméac, 2017
175 pages

La Recrue

Vitrine des premières œuvres littéraires québécoises

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