La Recrue
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May 15, 2017 · 3 min read

Par Anthony Lacroix

En lisant Petite laine d’Amélie Panneton, je n’ai pu m’empêcher de repenser au film Les ordres de Michel Brault. Ce film de 1974 qui revient sur les évènements de la Crise d’octobre, mais sous le couvert de la fiction.

En fait, ce livre m’a surtout fait penser à la première scène du film. Celle dans laquelle tous les acteurs disent, en regardant la caméra, leur nom, le nom du personnage qu’ils vont jouer et le rôle de ce personnage dans la société.

Ce premier roman d’Amélie Panneton fait un peu le même effet. Dans cette histoire, « qui n’attend pas sagement qu’on la déterre »( p.115) , la fiction et la réalité s’entremêlent de façon si serrée, qu’on en vient à se demander quel personnage représente la réalité et quel autre n’est purement que de la fiction.

Ce qui fait de Petite laine un excellent livre, ce sont les pointes de réalités disséminées dans l’ouvrage, d’abord celles sur les artistes issues de «la mouvance du craftivism, qui consiste à revaloriser des activités traditionnellement féminines. Le tricot, le crochet, le tissage, la broderie, toutes ces pratiques sortent des boules à mites où on aurait voulu les confiner » (p.68), mais aussi celle, plus importante encore, des « toutes petites choses souvent risibles, souvent tout à fait insignifiantes » (p.31–32) qui font partie d’une révolution.

Avec les 330 pages de cet ouvrage, nous lisons la vie de plusieurs femmes revendicatrices, par le biais de quatre narratrices différentes. Selon moi, le plus difficile avec une aussi grande charge narrative c’est d’arriver à différencier toutes les voix les unes des autres. Panneton y arrive très bien pour quelques-unes, mais malheureusement pas pour toutes. Par exemple, pour le personnage de Marie, elle utilise une forme narrative hachurée qui n’est jamais vraiment expliquée et qui dérange la lecture plus qu’autre chose :

« C’est passé dans les journaux, ce dont je voulais vous parler, que j’ai lu. Des articles, des entrefilets, il y en a eu toute une […] m’avait frappé […] presque montrés à Alex, je lui en avais presque parlé, mais finalement je me suis dit bon, Marie, à quoi ça servirait ? À la limite, ce serait même cruel, c’est ce que je me […] tout gardé pour moi […] continué à m’y intéresser, mais je n’en ai parlé à personne, personne qui comptait, personne pour qui ça voudrait vraiment dire quelque chose. » (P. 257)

Heureusement, la grande finesse d’écriture de Panneton rattrape le tout : « Ses pieds nus collent au plancher chaud. Le son qu’ils font lorsqu’elle marche suit Zina jusqu’en dehors de la pièce ». (P. 63)

De toute façon, «je pense que [nous n’aurions] pas d’histoire, » (p.173) si le livre n’aurait pas quelques cicatrices comme pour les plus grandes révolutions.


Biblographie
Petite laine
Amélie PANNETON
Les éditions de de ta mère, 2017

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Vitrine des premières œuvres littéraires québécoises

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