Un / Salomé Assor

La Recrue
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Jan 15 · 2 min read
Un de Salomé Assor
Un de Salomé Assor

Attablée avec soi

Par Marise Belletête

Cela commence au restaurant ou ailleurs, dans une sorte de non-lieu qui prend parfois des airs de prison ou de désert, devant une table dressée pour une personne, seule avec soi-même. Au menu : un flot de pensées et de réflexions philosophiques accompagnées par un souffle poétique qui fait couler le tout, sans « point ni majuscule mais [avec des] virgules à volonté » (p.32).

Le livre de Salomé Assor s’intitule Un et inaugure la collection « Prose » de la maison d’édition Poètes de brousse. Décrit comme étant « insaisissable », ce poème qui n’est pas un poème s’invente lui-même d’autres catégories pour « désigner ce récit pittoresque de barbouillage désespéré » (p.53) prenant la forme d’une seule et très longue phrase. S’adressant à son lecteur, un « tendre anonyme », un inconnu dont on prévoit déjà l’absence, la jeune autrice nous fait goûter à la solitude, crue, amère, mais d’un très grand raffinement.

« ma solitude d’attendre ce qui ne vient pas, la lune, vous, l’objet absent lorsqu’on le cherche mais se faisant voir à l’improviste dans toute sa splendeur, et jaillissant du noir comme un rappel à la vie, la lune, vous, vous sur la lune, ma souvenance d’une grâce révolue depuis la nuit dernière »

— Salomé Assor, Un, Poètes de brousse, 2019, p.18

De la dédicace au mot final, on plonge dans l’engrenage de l’attente, mais aussi dans la beauté de ce « petit chagrin en prose » (p.13), de cette parole en suspens où se dépose le silence, de cette réflexion sur le besoin vain d’écrire, de raconter même si l’on parle souvent dans le vide.

Je dois avouer que cela m’a pris quelques pages avant de me laisser porter par le rythme qui s’impose, avec le vocabulaire soutenu qui nous rapproche de la déclamation lyrique, mais j’ai vite été touchée par la façon dont Salomé Assor « empoigne la plume » (p.54) avec acharnement et déclenche une véritable hémorragie de mots et d’images qui « dénonce[nt] le silence d’une vie » (p.18).

Un beau livre qui donne paradoxalement envie de l’emporter pour s’attabler seule au restaurant.

« je pense à vous qui êtes mon peuple sans être là,
ce doit être enfin la raison d’une chaise vide,
asseoir les absents,
leur proposer du thé,
et se taire devant eux »

— Salomé Assor, Un, Poètes de brousse, 2019

Un
Salomé Assor
Éditions Poètes de brousse, 2019

Vitrine des premières œuvres littéraires québécoises

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