Véronique Sylvain : L’identité comme source d’inspiration

La Recrue
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Oct 23, 2019 · 4 min read
Véronique Sylvain @ Mathieu Girard
Véronique Sylvain @ Mathieu Girard

Par Mylène Viens

Travaillant dans le milieu de l’édition depuis plusieurs années, Véronique Sylvain a finalement sauté la clôture le 5 octobre dernier en lançant son tout premier recueil de poésie Premier quart publié aux Éditions Prise de parole.

« La littérature a toujours occupé une place importante dans ma vie », m’assure-t-elle d’emblée. « Quand j’étais jeune, ma mère disait toujours que je m’inventais des histoires. J’avais un intérêt pour raconter. Au primaire, j’écrivais des histoires avec mon meilleur ami », ajoute-t-elle, sourire dans la voix, en faisant allusion à ces souvenirs que ses parents conservent précieusement.

De la chanson à la poésie

C’est toutefois par la chanson que la poésie s’est infiltrée dans sa vie. « J’écoutais beaucoup de chansonniers, mon père écoutait Félix Leclerc et Gilles Vigneault. Avec la chanson, je suis tombée dans les paroles et, par la suite, dans la poésie. » Elle me raconte alors les moments passés en famille, plus précisément avec son frère, à écouter de la musique et à la commenter.

À l’adolescence, ce sont les mots d’un célèbre chanteur qui l’ont inspirée. « C’est par l’auteur-compositeur-interprète Kevin Parent que les mots ont pris leur importance », me confie-t-elle même si elle concède que ce n’est pas très littéraire. « Je me suis sentie interpellé par les paroles de ses chansons qui sont sensibles et qui parlent beaucoup d’amour. C’est certainement une de mes influences dans mon parcours. »

Elle a par la suite découvert avec grand enthousiasme les grands poètes franco-ontariens, tels Patrice Desbiens, Jean-Marc Dalpé, Michel Dallaire et Robert Dickson, qui lui ont permis de découvrir sa plume et surtout de s’imaginer un jour publié.

« Quand j’étais au secondaire, j’ai découvert la poésie de Patrice Desbiens. C’est là que j’ai réalisé qu’écrire et publier, c’était possible. On est intimidée d’écrire, surtout plus jeune, parce qu’on est dans un milieu éloigné, qu’on vit dans un milieu minoritaire… En voyant ces auteurs, c’est là que j’ai vu que c’était possible. »

Le Nord, un territoire de création

Fière femme du Nord, son identité a toujours teinté son écriture. Militante à ses heures, elle fait partie du collectif d’auteurs qui a voulu répondre aux nombreuses coupures du gouvernement Ford en publiant les Poèmes de la résistance et dans lequel elle signe un texte revendicateur.

Dans son recueil Premier quart, elle nous plonge plutôt dans ses souvenirs de jeunesse, dans le froid de son Nord natal pour rendre hommage aux réalités et aux paysages de ce riche territoire. Ce n’est ainsi pas par hasard que sur la page couverture du recueil nous retrouvons une photo prise par l’autrice, il y a de cela quelques années, sur laquelle figure la maison de sa grand-mère et de son oncle : un réel retour aux sources.

« Dans le recueil, il est beaucoup question de l’hiver, de l’introspection et de ce qui nous ramène à nous. » Les thèmes de la nature, de la quête et du voyage y sont abordés, mais l’autrice écrit aussi sur ce qu’elle n’arrive pas à s’expliquer. « J’écr[is] pour mettre un sens à ce que je v[is], pour essayer de m’expliquer certaines réalités, pour me mettre à la place de l’autre », m’explique-t-elle en me parlant notamment de son frère qui travaille dans une mine et qui risque sa vie tous les jours. Une situation qui la trouble régulièrement et sur laquelle elle a eu envie de mettre des mots pour, peut-être, un peu mieux la comprendre.

au travail
mon grand frère
est gambler

il mise sa
chemise
sous
la terre

du Nord
de l’Ontario

pour un salaire
plus intéressant
qu’une vie.

à Ottawa
je reste cette
crainte à l’autre
bout du téléphone

à l’autre bout
d’un crayon
à mine.

– Véronique Sylvain, Premier quart, Prise de parole, 2019, p. 17

Lectures marquantes

L’écriture d’un artiste est toujours teintée de ses lectures. Quand j’ai demandé celles de Véronique Sylvain, elle m’a aussitôt lancé : « J’ai vraiment beaucoup d’influences. » En voici donc, un bref échantillon :

Anne Hébert, Le Tombeau des rois

« J’ai découvert Anne Hébert au secondaire, grâce à une professeure de français, et son style m’a tout de suite interpellée. La nature est omniprésente dans ses œuvres et c’est important pour moi aussi, dans mes œuvres, de parler de la nature et des paysages.

Dans Le Tombeau des rois, c’est surtout sa sensibilité, son style, le côté lyrique de ses propos et son rapport à la vie et à la mort qui m’a touchée. J’ai réalisé qu’on peut parler de la mort et que ça peut être beau aussi. »

Gaston Miron, L’homme rapaillé

« J’adorais déjà cette œuvre où il est beaucoup question de nature et d’amour, mais quand ils ont sorti le projet des 12 hommes rapaillés, j’ai redécouvert l’œuvre de ce grand poète. En entendant la musique des chansons de ce collectif d’auteurs-compositeurs-interprètes, ça m’a apporté de nouvelles images. Une œuvre riche! »

Jean Marc Dalpé, Le chien

« C’est le premier livre que j’ai lu de cet auteur au baccalauréat et il m’a beaucoup plu. Même si ce n’est pas clairement dit dans le texte, on sent que ça se passe dans le Nord, même si ça pourrait être transposé ailleurs, et ça m’a interpellé. »

Cliquez pour lire notre article sur Premier quart :

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Vitrine des premières œuvres littéraires québécoises

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